Cappadoce

Cappadoce

La Cappadoce constitue incontestablement un point fort de tout voyage en Turquie et mérite à lui seul 2 ou 3 jours de visite. Le circuit couvrant le triangle Ankara-Kayseri-Konya et retour à Ankara s’étend sur environ 750 km.

Le cadre naturel de la Cappadoce est sans équivalent dans le monde. Sur près de 10 000 km, l’érosion a façonné dans les roches volcaniques tendres des reliefs étranges, des cônes par milliers, des cheminées de fée, de profondes vallées, des formes torturées aux couleurs étonnantes, rose, jaune, blanc pur. Ces formes tellement inattendues, l’élégance des volumes, ont fait croire au premier voyageur occidental qu’elles avaient été façonnées par l’homme.

A la fin de l’ère tertiaire, il y a 25 millions d’années, l’activité tectonique provoqua la surrection du Taurus et de la chaîne pontique, ainsi qu’un début d’activité volcanique qui prit il y a un million d’années une ampleur considérable et se perpétua jusqu’au IIe millénaire av. J.-C. Les anciens volcans de la Cappadoce – les monts Erciyes et Hassan – projetèrent sur 400 à 500 m d’épaisseur du tuf, poussières volcaniques agglomérées, et de la lave. L’eau, le gel et le vent ont modelé, en fonction de la dureté variable de la roche ou de la pente, ces formes irréelles. La nature particulière de la roche a de tout temps incité les Cappadociens à construire des habitations et des lieux de culte troglodytes, en « creux », de préférence à la pierre. Ces lieux hors du commun attirèrent les mystiques et les contemplatifs. Dès le Ve siècle de notre ère, de nombreuses communautés monastiques s’y installèrent en creusant dans la roche tendre un millier d’églises et monastères, dont 250 environ portent encore des peintures et quelques dizaines demeurent bien conservées et présentent un intérêt pour le profane. L’accès le plus commode depuis Ankara à travers le plateau anatolien vers la Cappadoce, consiste à prendre l’autoroute E88 en direction de Sivas, puis à Kirikkale prendre à droite la 765 vers Kirsehir. A 6 km après Muzur, suivre la direction de Nevsehir.

Hasibektas

Au km 230 à partir d’Ankara, la petite bourgade agricole d’Hasibektas (6 000 hab.) possède un couvent derviche de l’ordre des Bektasi (tekke). Cette importante confrérie a été fondée au XIIIe siècle par un mystérieux personnage, Haci Bektasi Veli. Comme toutes les confréries musulmanes, elle représentait un islam populaire et mystique face à l’islam orthodoxe officiel. La confrérie Bektasi présentait un curieux syncrétisme tenant du chiisme, de la culture turque préislamique et du christianisme. Son importance politique devint très grande au XVIe siècle quand la fameuse troupe d’élite des Janissaires s’y affilia. La confrérie fut dissoute en 1925. Dans le jardin du tekke gît le tombeau d’Haci Bektasi. Le couvent possède une petite pièce réservée à l’initiation des novices. Une reconstitution de la cuisine des Janissaires y est présentée, ainsi que divers objets appartenant à l’ordre.

Nevsehir et ses environs

Nevsehir - Cappadoce

Nevsehir – Cappadoce

Sur la route de Nevsehir, à 5 km après Gülsehir (km 254), Açiksaray constitue l?un des plus vastes ensembles monastiques rupestres des Xe et XIe siècles. Au km 275, Nevsehir, chef-lieu de province (30 000 hab.), est la plus grande ville de la région mais ne présente guère d’intérêt sinon celle d’offrir une porte de la Cappadoce rupestre. La ville possède une importante station de bus et plusieurs hôtels et campings. Avanos, Ürgüp, Uçhisar ou Göreme constituent cependant des résidences plus pittoresques et plus centrales pour visiter la région.

Aux environs de Nevsehir, Kaymakli et Derinkuyu, à respectivement 24 à 34 km vers le sud en direction de Nigde, sont deux petits villages plantés sur les plateaux et sous lesquels ont été creusées d’impressionnantes villes souterraines. La date de ces percements demeurent méconnue mais semble remonter à la plus haute antiquité. Il en existe une trentaine en Cappadoce dont Kaymakli et Derinkuyu sont les plus importantes par leurs dimensions. Les visites, payantes, sont fléchées et éclairées. Ces galeries permirent aux habitants de trouver refuge pendant les razzias et invasions perses, macédoniennes et, surtout, arabes. Ces derniers organisèrent quasi annuellement, pendant près de deux siècles (mi-VIIe à mi-IXe), des pillages en Anatolie centrale, franchissant les passes du Taurus au début de l’été. Plus que de simples refuges, les percements constituaient de véritables villes (Derinkuyu aurait pu accueillir 1 000 personnes) à l’organisation et à la structure très complexes, sur huit à dix étages. Près de la surface des étables se trouvent des couloirs et escaliers menant à des quartiers d’habitations, puis des silos creusés dans le sol pour les réserves, et enfin des lieux de culte (2 chapelles à Derinkuyu) et de réunion. Un vaste puits de 60 m de profondeur permettait l’aération de toute la ville et des canalisations servaient à évacuer des eaux usées. La visite des autres sites de la Cappadoce peut se faire de façon aléatoire, tant ils sont nombreux et peu éloignés les uns des autres.

Avanos

A 15 km au nord de Nevsehir, Avanos (10 000 hab.) se tient aux pieds de l’Idis dag, à cheval sur le Kizilirmak, « le fleuve rouge », qui tire son nom de la couleur de ses eaux chargées d’oxydes de fer. La ville fut peut-être l’ancienne Zuwinassa, fondée par les Hittites au IIe millénaire, et la Vénassa de l’époque gréco-romaine. Cité importante du royaume de Cappadoce (332 av. J.-C.-17 apr. J.-C.), centre religieux voué au culte de Zeus et Ouranos, la ville déclina à l’époque byzantine et jusqu’au XVIIIe siècle. A cette époque, de belles maisons ottomanes furent érigées, dont on peut encore voir quelques exemples.

L’intérêt d’Avanos réside dans son architecture traditionnelle (le vieux Avanos se trouve sur la rive nord du fleuve) et dans son artisanat réputé qui attire nombre de visiteurs : tissage de kilims et poterie. Une douzaine d’ateliers du centre-ville proposent de regarder travailler les potiers et même de s’essayer à cet art délicat.

Aux environs d’Avanos, Sarihan, à 6 km en direction d’Ürgüp, bifurcation à gauche après le pont à la sortie d’Avanos, est un beau caravansérail construit en 1241 par les sultans Seldjoukides de Rûm, alors à leur apogée. Comme une quinzaine de ses semblables en Cappadoce, il se situe sur l’Ulu yol, la grande route caravanière qui reliait Konya, capitale des sultans, à Kayseri, puis menait à la Perse. Les restaurations récentes permettent de visualiser le bâtiment original. Son aspect extérieur évoque une forteresse dont seuls les porches d’entrée et de la grande salle intérieure sont décorés. Cette vaste salle voûtée, semblable à une basilique, servait au logement des voyageurs et des animaux de bât. Les bâtiments autour de la cour abritaient les différents services du caravansérail : écuries, bourreliers, entrepôts, boutiques, etc. Une petite mosquée est visible au-dessus de la porte d’entrée.

Zelve

Cappadoce

Cappadoce

A partir d’Avanos en direction d’Urgup, puis 3 km plus loin à droite en prenant la bifurcation vers Yeni Zelve, la route arrive à Zelve. Ce lieu fut un centre monastique important dès le Ve siècle. Il se compose de plusieurs églises creusées dans les flancs des trois vallées que des villageois agrandirent pour former des habitations. Dans les années 1950, le site devint dangereux en raison des risques d’éboulements et de la fragilité de la roche. Les habitants furent relogés dans un nouveau village, Yeni Zelve. Cette étrange cité fantôme offre aujourd’hui la vision d’anciennes maisons troglodytes, d’ermitages parfois perchés très haut dans la falaise et accessibles par d’incroyables couloirs creusés dans la montagne, d’une petite mosquée ottomane et d’un moulin.

A 1 km de Zelve vers Çavusin et la route Avanos-Üçhisar, la Vallée des moines, possède les plus belles cheminées de fée. Elles se composent d’un cône de tuf coiffé d’un capuchon de basalte. Les coulées de basalte se sont craquelées sous l’action du gel et l’eau a érodé le tuf en s’infiltrant dans les fissures, le tout a modelé un cône en laissant au sommet un bloc de basalte. Un kilomètre plus loin, au croisement de la route Avanos-Uçhisar, juste à gauche, à l’entrée du village de Cavusin, se trouve, à flanc de falaise et accessible par une échelle de fer, l’église de Nicéphore Phocas. L’empereur byzantin est représenté dans une niche à gauche de l’abside, entre son frère et l’impératrice Théophano. Cette statue permet de dater précisément la construction, chose rare en Cappadoce. L’empereur vint dans la région avec ses armées en 964-965 combattre les Arabes.

L’époque de Nicéphore Phocas et de ses successeurs correspond à une période de renaissance et de reconquête pour l’Empire byzantin. La frontière avec les Arabes est repoussée loin vers le sud, au-delà du Taurus. La Cappadoce, qui n’était plus menacée, retrouva une certaine prospérité. Le contexte guerrier de l’époque est indiqué par l’importance des saints représentés en costumes militaires au registre inférieur de l’église. Sur la voûte, la vie du Christ s’affiche comme une bande dessinée sur des registres superposés : l’enfance, la vie publique et la Passion. Au sommet de la voûte se trouve une très belle représentation de l’Ascension et de la Bénédiction des Apôtres.

Dans le village de Çavusin, un peu plus loin, l’église Saint-Jean-Baptiste, creusée au sommet de la falaise, domine le village. De dimensions très importantes, elle fut sans doute percée dès le Ve siècle. Elle possède de très belles décorations sculptées. Plus loin encore, avec l’aide d’un guide du village, il est possible de visiter les vallées de Güllüdere (églises des Ve et VIe siècles) et de Kizilçukur (église Sainte-Anne-et-Joachim du VIIe siècle).

Göreme

3 km plus loin, le pittoresque village de Göreme, l’antique Korama romaine, possède d’anciens tombeaux romains transformés en habitations troglodytes. Les environs de Göreme virent l’éclosion de centres monastiques au VIe siècle, et, plus encore, au début du XIe siècle. Dans l’un d’eux se trouve le fameux Musée de plein air de Göreme, à 1,5 km du village en direction d’Ürgüp. A une centaine de mètres du musée, sur la gauche de la route, l’église de Tokali (qui se visite avec le même ticket d’entrée que le musée) est la plus vaste et sans doute la plus belle des églises rupestres de Cappadoce. Elle réunit en réalité deux églises, l’une formant le prolongement de l’autre. La première se compose d’une nef unique, datée du début du Xe siècle, d’un style semblable à celui de l’église de Phocas. La voûte relate la vie du Christ sur trois registres et les murs présentent des images de saints. La deuxième église, postérieure de quelques dizaines d’années, a la forme d’une nef perpendiculaire percée de trois absides. Le récit christologique est beaucoup plus complet – des épisodes des Actes des Apôtres y figurent – et occupe toutes les surfaces. La qualité des peintures, chefs-d’oeuvre de l’art byzantin, est exceptionnelle.

Le Musée en plein air (ouvert tous les jours de 8 h 30 à 18 h) est un ancien centre monastique, composé de plusieurs églises et monastères du XIe siècle au coeur d’un vaste cirque rocheux surplombant une vallée. En partant sur la droite à une centaine de mètres de l’entrée, se présente l’église d’Elmali (église « à la pomme »), une des quatre églises à colonnes de Göreme. En creusant, les constructeurs ont réservé quatre colonnes que coiffe une coupole sur pendentifs, à l’imitation des églises bâties à l’époque. Un Christ pantocrator (en gloire) est peint sur la coupole centrale, des archanges décorent les autres petites coupoles. Les évangélistes sont représentés sur les pendentifs. Les scènes de l’Evangile (la vie publique du Christ et la Passion), les saints et les prophètes occupent les autres surfaces.

Göreme - Cappadoce

Göreme – Cappadoce

A proximité, l’église Sainte-Barbe présente le même type d’architecture, mais ses décorations rappellent la période iconoclaste (VIIe et VIIIe siècles) qui bannissait les représentations figurées. Hormis une image de sainte Barbe et de saint Georges et saint Théodore terrassant le dragon, tous les sujets figurés ont été remplacés par des symboles tracés à la peinture rouge.

En face, la Yilanli kilise (église au serpent) est une église populaire qui offre de simples icônes : saint Georges terrassant le dragon, saints Constantin et sainte Irène tenant la Sainte Croix, saint Onaphrius, ermite égyptien, nu. La Karanlik kilise (l’église sombre) se tient plus loin. Construite à flanc de rocher, elle n’est accessible que par un escalier taillé dans la roche. En dessous, plusieurs bâtiments conventuels, également rupestres, se visitent. Dans le réfectoire des moines, une énorme table est taillée d’un seul bloc. La dernière église – Carikli kilise (l’église à la sandale) – possède deux colonnes aux peintures moins sophistiquées que celles de l’église à la pomme. Les portraits des trois donateurs sont exposés sur le mur face à l’abside.

Aux environs de Göreme, Üçhisar, à 3 km en direction de Nevsehir, possède belle une architecture traditionnelle. Le village est dominé par un piton rocheux, creusé et aménagé en citadelle probablement par les Byzantins. A 300 m d’altitude, la citadelle offre la plus belle vue de la Cappadoce. Üçhisar possède un magnifique hôtel, le Kaya, et de nombreuses et sympathiques petites pensions. La route de Göreme vers Ürgüp rejoint la route principale Urgüp-Nevsehir. Peu après, un embranchement sur la droite indique, à 1 km, le petit village d’Ortahisar. Comme Uçhisar, il est dominé par une forteresse creusée dans un piton rocheux, peut-être plus spectaculaire encore que le précédent. 4 km plus loin, Urgüp (9 000 hab.) n’a d’intérêt que par sa belle architecture de l’ancienne époque ottomane et par sa vie touristique intense qui en fait un point central pour les visites.

Kayserii

Les premiers habitants de Kayseri (130 000 hab.) s’installèrent au sud de la ville. Le site actuel de Kayseri ne fut habité qu’au IVe siècle av. J.-C. Pendant la période romaine, la ville fut la capitale de la Cappadoce (Césarée de Cappadoce), avant de devenir un centre chrétien important d’où partaient des missionnaires pour l’Arménie. Sous les Turcs Seldjoukides, Kayseri joua un grand rôle.

De nombreux édifices datent de cette époque (XIIIe siècle). Parmi eux, la citadelle qui s’élève au centre de la ville. A l’intérieur de ses murs se tient le marché. En face se trouve le mausolée de Huant Hatun, bâtiment à toit conique encastré dans une medrese où se trouve également une mosquée. Cet ensemble fut édifié en 1237 sur l’ordre de Huant Hatun, l’épouse du souverain Alaeddin Kaykobad. Le musée occupe la place d’une medrese et expose les objets découverts lors de fouilles du site hittite de Kültepe, à côté d’autres objets, romains et byzantins. Kayseri possède encore un nombre considérable de mosquées, medrese et mausolées, comme le Oöner Künbet (mausolée tournant) de 1275. Son nom vient de sa toiture conique qui semble tourner sur son axe.

Mosquée Hunat - Kayseri

Mosquée Hunat – Kayseri

A partir de Kayseri, la route passe par un très beau caravansérail seldjoukide de 1232, puis rejoint Saganli, centre monastique d’une ampleur comparable à Göreme, à 45 km d’Ürgüp en direction de Yesilhisar. La route traverse les pittoresques villages de Mustafapasa, Cemil, Güzeloz, et longe le lac de barrage de Damsa. Le site est un peu à l’écart de la route, dans un cul-de-sac. Après avoir franchi le guichet, la route se sépare, remontant vers deux profondes vallées. Celle de droite présente le plus d’intérêt. A quelques centaines de mètres, la Karabas kilise (église aux têtes noires), de 1060, présente de belles peintures d’un style réaliste, représentant la Nativité, la Passion et l’Anastasis (résurrection des morts après le Jugement dernier). Au bout de la route, la Yilanli kilise (église au serpent) possède, sur la droite, des bâtiments conventuels. L’église tire son nom d’une représentation de saint Georges terrassant le dragon dans une petite chapelle attenante. La nef principale est décorée d’une vaste fresque représentant le Jugement dernier.

Sur l’autre rive de la vallée, accessible à pied ou à mulet, Kubeli kilise (église à la coupole) regroupe trois églises, les seules de la Cappadoce aménagées dans des cônes de tuf, dont l’extérieur a été sculpté en forme de tour ronde coiffée d’une couverture conique.

Nigde

En repartant de Saganli, la route rejoint ensuite Yesilhisar (24 km) puis, à 66 km, Nigde (35 000 hab.). Sur la Colline de la citadelle de Nigde s’élève la mosquée seldjoukide d’Alaeddin (1303) et, au nord de cette dernière, la citadelle du XIe siècle. Non loin de la colline, la mosquée de Sungur Bey, érigée au XIVe siècle, est due à un prince mongol. Le musée de la ville occupe un édifice du XVe siècle, l’Ak medrese. Les mausolées seldjoukides et surtout Hudavent Türbesi, de 1312, méritent la visite. Ce dernier possède un relief sculpté représentant des oiseaux, symboles de l’âme du défunt dans la mythologie turque. Ce type de construction, spécifique à l’art seldjoukide et appelé türbe, se retrouve dans tout l’est de la Turquie. De forme cylindrique, coiffé d’un toit conique, il rappelle la tente des nomades turcs d’Asie centrale où se déroulaient les rites funéraires préislamiques.

A 8 km de Nigde, l’église d’Eskigümüs renferme d’intéressantes fresques récemment restaurées. En quittant Nigde par la route 805 jusqu’à Ulukisla, la route longe les montagnes du Taurus (Toros Daglari). Puis la E90, après un itinéraire de 178 km, rejoint Tarsus. A travers les vallées bordées de ravins, la route passe par Pozanti et par le col Gülek (1 050 m), la partie la plus étroite du Taurus connue sous le nom de Portes de Cilicie. S’élevant à gauche sur un rocher solitaire, une stèle évoque le souvenir des nombreux rois et généraux qui empruntèrent ce passage avec leur armée.

Aksaray

Depuis Nevsehir, la route 300 mène à Aksaray. Au km 335, sur la gauche, se dresse Agzikarahan, l’un des plus beaux caravansérails seldjoukides de Turquie. Construit vers 1237, il possède, comme les autres caravansérails de son époque, le caractère massif d’une forteresse. Les décorations sculptées du porche d’entrée et de la salle principale sont de véritables chefs-d’oeuvre. Au milieu de la cour s’élève un petit édifice sur quatre piliers qui abrite la mosquée. Au km 350, Aksaray (39 000 hab.), aujourd’hui ville moderne et étape commode, n’est autre que l’ancienne Archelais, jadis ville caravanière prospère de l’époque seldjoukide.

A 44 km d’Aksaray, la vallée d’Ihlara, ou de la Peristrema, se présente comme un profond canyon de 30 km de long bordé de falaises parfaitement verticales. Une petite rivière, la Melendiz, coule entre arbres, champs et pâturages, depuis le massif du Hassan Dag. De nombreuses communautés monastiques s’installèrent là du IVe au XIIIe siècle, comme en témoignent la trentaine d’églises. Ces communautés isolées ont survécu aux raids arabes et ont reçu dans le même temps l’influence des chrétiens de Syrie, d’Egypte, de Mésopotamie. Ainsi les peintures d’Ihlara sont-elles très proches de l’Orient et profondément originales.

Avant d’arriver au village proprement dit, une petite route sur la gauche permet l’accès au site (entrée payante, parking et restaurant). Un escalier à flanc de falaise descend au fond de la vallée. Peu avant le fond, sur la droite, se trouve Agaç alti kilise (l’église sous l’arbre), dédiée à Daniel. Le décor est riche d’éléments floraux et d’entrelacs, mais la représentation des personnages semble maladroite. Le Christ est peint au sommet de la coupole au-dessus des Rois, des Prophètes, des Apôtres et des pères de l’Eglise.

En descendant la vallée sur la droite, se trouvent deux églises embusquées : Pürenli seki kilise (l’église à la terrasse), dont les fresques sont assez endommagées, et Kokar kilise (l’église odorante), du IXe-Xe siècle, qui présente des peintures de l’enfance et de la Passion du Christ. Au sommet de sa voûte, une étrange croix peinte comporte en son centre la main de Dieu. Sur la même rive mais à gauche en bas des escaliers, a été creusée Sümbullü kilise (l’église au Lys), des Xe et XIe siècles. Il s’agit d’un important monastère de deux étages. Sa petite chapelle est décorée de peintures de saints et d’épisodes de la liturgie grecque. La plus intéressante des églises d’Ihlara se trouve de l’autre côté d’un pont de bois qui enjambe la rivière. Yilanli kilise (l’église au serpent) occupe une position haute sur la falaise. L’immense narthex (vestibule) présente une vaste composition du Jugement dernier, très rare dans la peinture byzantine. Sur la voûte sont alignés les 40 martyrs de Sébaste (Sivas), très populaires en Asie mineure. Au-dessus siègent les 24 vieillards de l’Apocalypse. Sur le sommet du mur, à gauche de l’entrée, trône le Christ Juge.

Indépendamment de la visite des églises, la vallée d’Ihlara constitue une très agréable promenade de fin d’après-midi. En continuant la route 300 d’Aksaray vers Konya, la route, plate et morne, traverse une partie du plateau anatolien. Au km 394 se trouve Sultanhani, un caravansérail construit par le sultan seldjoukide Kaykoubad en 1229. Récemment restauré, il est entouré d’une puissante muraille défendue par des tours engagées de formes diverses. Le Sultanhani, de dimensions très impressionnantes, dispose d’une salle principale qui affecte la forme d’une nef et rappelle, tant par son architecture que sa taille, une cathédrale.

Konya

Musée de Mevlana - Konya

Musée de Mevlana – Konya

Au km 494, la route parvient à Konya (450 000 hab.), une des villes les plus originales de Turquie et dont les édifices seldjoukides attirent de nombreux touristes. Après avoir subi la domination de Pergame, puis la domination romaine, Konya connut son âge d’or au XIIIe siècle en devenant capitale de l’empire seldjoukide de Rûm. La plupart des monuments intéressants de la ville datent de cette époque. Le bureau du tourisme se situe sur Mevlana Cad. Konya, qui possède un aéroport et est reliée par train à Ankara et Izmir, n’offre que des hôtels de confort moyen.

La plus grande attraction de Konya est le musée de Mevlana, ancien monastère des derviches tourneurs fondé au XIIIe siècle par le célèbre mystique Celaleddin Rumi. L’édifice fut transformé en 1927 en musée pour l’art seldjoukide et ottoman. Il présente quelques chambres et le mausolée de Celaleddin. Manuscrits et livres sont conservés dans la première salle. Un vaste corridor abrite les sarcophages des disciples de Celaleddin. Puis dans le türbe proprement dit reposent le mevlana (poète mystique) et son fils. Le sarcophage de marbre est recouvert d’un épais brocard vert et brodé d’or. L’ancienne salle de danse des derviches propose une collection de vêtements.

Au centre-ville, se dresse la place Hükümet Meydani, puis la Colline de la citadelle et le parc Alaeddin. Sur le côté est de la colline se trouve la mosquée d’Alaeddin, commencée par le sultan Mesud Ier et achevée en 1221 par Alaeddin Kayqubad. A l’intérieur, un mausolée renferme les sarcophages de huit sultans seldjoukides. A l’ouest de la colline, la mosquée lnce Minare (1267) possède, avec son entrée principale et son minaret, des chefs-d’oeuvre de maçonnerie et de céramique seldjoukides. La petite mosquée de Sahlp Ata, la mosquée lplikçi et la medrese Sirçali se visitent également.

Au nord de la colline, après avoir passé les vestiges de l’ancien palais des sultans seldjoukides, la büyük Karatay medrese est une ancienne école coranique, bâtie en 1251 par l’émir Karatav. Transformée en musée, elle compte un somptueux portail en marbre sculpté, un bassin coiffé d’une coupole et une salle centrale qui s’ouvre sur un iwan, élément typique de l’architecture iranienne introduit en Asie mineure par les Seldjoukides. Sa décoration de faïence est remarquable. La medrese possède aussi des collections de vaisselles ottomanes et des carreaux décoratifs (animaux et personnages) d’époque seldjoukide.

A 8 km au sud-est de Konya, le site de Çatal Hüyük ramène 9 000 ans en arrière, à la première organisation urbaine conçue par l’homme et découverte par hasard en 1958. Sans rue, la cité se présentait comme un ensemble de deux mille maisons accessibles par les toits. Les 10 000 habitants pratiquaient l’élevage et la culture du blé. Le Musée des civilisations anatoliennes d’Ankara présente une maison du site reconstituée.

A partir de Konya, il est possible de rejoindre la côte ou d’autres itinéraires. A l’ouest, la route traverse un paysage de montagnes volcaniques jusqu’à Beysehir (90 km) et son lac. Au-delà du lac, la route s’engage dans de romantiques vallées de montagnes puis franchit une série de cols pour traverser les monts du Taurus avant de redescendre, à partir du village d’Akseki, vers la plaine côtière, entre Antalya et Alanya. Au nord, la route vers Ankara quitte l’oasis fertile de Konya et remonte à travers une région de steppe exploitée en partie par des cultures de céréales. Sur la droite, près de la petite localité de Cimhanbeyli (km 587), se trouve le lac salé Tuz gölü, vestige de la mer emprisonnée au moment de la surrection du Taurus et quatre fois grand comme le Léman. Trop salé (330 g par litre), il n’offre à aucune vie la possibilité de se développer. Peu profond, il s’assèche l’été et ses berges se transforment en une banquise de sel. En continuant, la route grimpe à travers des collines pelées jusqu’à Ankara.

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