La culture cubaine contemporaine

Grave question : la Révolution a-t-elle changé la femme et l’homme cubains ? Votre voyage, et peut-être aussi ce guide au fil des pages, vous aideront à vous faire une opinion. 

– L’éducation, gratuite à tous les niveaux, est l’une des priorités du gouvernement. Les résultats, après l’immense campagne d’alphabétisation, menée au début de la Révolution, sont exceptionnels, et placent Cuba en tête des pays latino-américains et du tiers-monde. On parle de 3 millions d’enfants dans le primaire, 400 000 dans le secondaire et 60 000 à l’université. Les filles et les femmes sont désormais à égalité totale avec les hommes, ce qui a constitué l’une des bases d’évolution de la structure familiale et de l’ambiance au foyer ; car, après leurs études, elles travaillent, et le mari ‘ tout « machiste » qu’il soit ‘ doit coopérer aux tâches domestiques. 

– La littérature proprement cubaine a ses titres de gloire universelle, tel José Marti, Alejo Carpentier et Nicolas Guillén. La production largement aidée par le fait hispanique (350 millions d’hispanophones dans le monde) en a facilité la diffusion : la situation économique a réduit le nombre de volumes édités par an ; les ouvrages, de présentation modeste, sont très bon marché. L’un des « éditeurs » les plus importants dans ce domaine : La Casa de las Américas. 

– La poésie pure, comme celle des troubadours (la Trova), perdure, même si l’urbanisation galopante, la radio, la télévision et les autres moyens de communication ont un peu atténué la densité des veillées poétiques dans les campagnes avec « ce peuple de paysans-poètes ». Mentionnons les noms de Silvio Rodriguez, Pablo Milanés et Amaury Perez. Nous les retrouverons dans le présent guide à Santiago. 

– La musique cubaine depuis les années 1930 est bien connue en Europe, via l’Espagne, ou, directement. Certaines guarija (mélodies) ont fait le tour du monde, tel Guantanamera. Et, à moins d’être spécialiste, on ne sait pas toujours discerner l’origine de tel rythme ou de telle mélodie. Vous rencontrerez tous les jours danzon, rumba, son, cha cha cha, conga, salsa, guanguanco (afro), mozambique, guaracha, etc. Et vous verrez à tout moment les gens danser. Non par convention, mais comme par nécessité physique et culturelle. Pas de problème de protocole à ce sujet. Dans une soirée, même officielle, dès qu’il y a musique, il y a danse. Parmi les orchestres les plus fameux, le groupe Irakere et son chef Chucho Valdés, Van Van, N.G. la banda, Las Maravillas de Florida, Enrique Jorrin, Rumbavana. Dans des contextes plus touristiques, vous rencontrerez Pepin Vaillant, musicien d’origine haïtienne. Il semble que l’héritage africain soit en plein développement et sa présence plus visible ces toutes dernières années. Ne souligne-t-on pas à Cuba que l’île est comme un pays café au lait, avec 66 % de Blancs, 12 % de Noirs, 21,9 % de Mulâtres et 0,1 % d’Asiatiques’ La musique afro-cubaine est étroitement liée aux trois principales sectes religieuses ou religions que sont la santería, l’abakua et le palo monte. Les percussions y occupent toujours une place importante.

Les cinq éléments de la musique cubaine
Le son constitue l’un des éléments génériques les plus importants de la musique cubaine, en raison surtout de son influence sur la musique à danser. Ce genre naît dès le xviiie siècle au moment où commence à se former la nationalité cubaine. Sa structure en est vraiment très simple : c’est la répétition constante d’un refrain entrecoupé d’un chant par un chanteur soliste et par un petit ch’ur. Plus tard, il sera ajouté un morceau d’introduction chanté par le soliste qui expose le thème du chant, suivi ensuite par le refrain qui s’appelle alors le montuno. Alors que se développe le son, commencent à apparaître des instruments à percussion d’origine africaine qui étaient d’abord restés cantonnés dans les cases des Noirs. Tel est le cas du bongo désormais mondialement connu. De nouveaux aspects du son apparurent alors, en raison notamment de la liberté et de l’invention des instrumentistes qui enrichirent les anciens ou en créèrent d’autres. Tel est le cas du son montuno, de la guaracha, du changüi et du sucu-sucu, connus surtout dans les villes et notamment à La Havane. Des formats musicaux inconnus jusque-là firent leur apparition, de telle façon qu’on trouve en fait maintenant le son dans le jazz, dans la musique électronique ou synthétique, dans les orchestres symphoniques, pour le piano, la musique de chambre, etc. 

L’importance du son a été telle dans le développement de la musique salsa que même certains spécialistes en sont venus les confondre. La salsa est devenue un nom commercial qui est synonyme de musique latino-américaine de forte ascendance africaine et qui inclut des genres musicaux de pays de langue espagnole ayant une côte caraïbe, tels que la Colombie, le Venezuela, Panama, Puerto Rico et Cuba. C’est ainsi qu’apparaissent dans ce contexte général de salsa, la cumbia colombienne ou vénézuélienne, le tamborito panaméen, la plena portoricaine, le son et la rumba cubaines ou encore le bolero de plusieurs pays des Caraïbes.

La rumba est le deuxième genre fondamental de la musique cubaine. Elle a désormais quitté son berceau de base pour irriguer tout le pays. La rumba était essentiellement le symbole de la fête pour quelques secteurs de la population, les marginaux des grandes villes. Rappelons en effet que le mot rumba fait partie d’un ensemble de vocables d’origine africaine, tels que tumba, macumba ou encore tambo qui signifient fêtes ou groupements festifs et conviviaux. En même temps que le genre musical rumba se développait, apparaissaient des formats musicaux spécifiques, voire des instruments de musique spécifiques, tels que la tumbadora qui a fait le tour du monde. La rumba constitue une bonne preuve du processus de transculturation et démontre la transformation qui se produit à Cuba entre les éléments africains et ceux du pays. Parmi les genres musicaux nés de la rumba, nous pourrions mentionner parmi les plus connus : le guaguanco, la columbia et le yambu. Le guaguanco, dansé en couple, provient de la culture bantu. La columbia est une danse d’hommes comportant des aspects acrobatiques. Quant au yambu, c’est un type de rumba mimétique qui raconte une histoire et qui est plus lente que le guaguanco. À ces trois danses s’ajoute la comparsa, qui se déroule dans les rues et fait partie des festivités du Carnaval.

La chanson couvre tant les zones urbaines que les zones rurales. Elle comprend des formes à danser et des formes de musiques de concert. Passés de la chanson folklorique à la chanson professionnelle, ce sont les habaneras, les guajiras, les criollas, les chansons lyriques, la cancion trovadoresca (« chansons des troubadours »), les boléros, etc. La habanera naît comme la forme urbaine du chant de musique de concert. Les guajiras et les criollas représentent en général des variations urbaines des chants de paysans ou dédiés au paysan. La forme particulière prise à Cuba par la chanson associée à un individu qui s’accompagne à la guitare en déambulant dans les rues en chantant ce qu’il sait ou ce que les gens lui demandent s’appelle la cancion trovadoresca (« chanson de troubadour ») et celui qui chante ainsi le trovador (« troubadour »). Il s’établit ainsi un lien curieux avec l’époque médiévale européenne. Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, c’est de cette façon que s’est développée la « chanson sociale », la « chanson politique » ou encore la cancion protesta (« chanson engagée »). À Cuba, depuis une trentaine d’années, ce type de chanson populaire a créé tout un mouvement appelé la Nueva Trova, la « nouvelle chanson de troubadour ». Le danzon. Au XVIIIe siècle eurent lieu vers Cuba de fortes migrations de Français et de Haïtiens ayant adopté les coutumes françaises. C’est vers la même époque que commençaient à prendre forme des éléments constitutifs musicaux nationaux cubains. S’est alors constitué un quatrième genre complexe cubain appelé danzon, qui vient de la contredanse française ou quadrille, et qui s’épanouit vers le milieu du xxe siècle sous la forme universellement connue de « cha-cha-cha » qu’a inventé Enrique Jorrin. Dérivés du danzon, citons encore le danzonete et le mambo.

Enfin, le punto guajiro constitue pour nous le cinquième élément fondamental de la musique cubaine. C’est essentiellement une danse d’origine paysanne et folklorique mais qui, fusionnée avec le son, a débordé vers toute la société cubaine. C’est dans ce contexte que le zapateo (danse avec claquement de pieds) est devenu une forme de danse. On trouve des variantes comme le punto fijo, le punto libre ou encore la seguidilla. D’après Olavio Alen Rodriguez, Congrès mondial de la Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Tourisme (FIJET), La Havane, octobre 1986 

– Cuba dispose d’une troupe nationale de ballet, domiciliée à La Havane, au Grand Théâtre National Garcia Lorca, fondée et animée par Alicia Alonso ; très âgée et fragile, elle y travaille toujours quotidiennement, et’ elle y danse. C’est une véritable institution dans le pays et pour la famille si universelle de la danse. Plusieurs capitales régionales de l’île possèdent aussi des troupes permanentes du plus haut niveau, comme à Camagüey, ainsi que des écoles, fort fréquentées.

Art de rue à Camaguey, Cuba © Nigel Walker

Art de rue à Camaguey, Cuba © Nigel Walker

– Le cinéma cubain était pratiquement inexistant avant la Révolution. Dès mars 1959, le gouvernement décida la création de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC). L’année suivante était constituée la Cinémathèque de Cuba, pour acquérir, conserver et classer tout le matériel concernant l’histoire du cinéma. Deux ans plus tard, en 1961, l’ICAIC faisait circuler son premier camion de cinéma ambulant dans la Province de La Havane et organisait des projections publiques dans les villages. Aujourd’hui, la Cinémathèque dispose d’une salle de 1 500 places à La Havane. En octobre 1996, le gouvernement espagnol a décidé le principe d’une importante donation aux fins de préserver son patrimoine sérieusement mis en péril en raison de la difficile situation économique du pays. Dans les premières années qui suivirent la Révolution, le pays développa surtout le film documentaire et sociologique. C’est ainsi que Santiago Alvarez, l’un des meilleurs réalisateurs de notre époque, acquit une notoriété universelle avec Hanoi, Martes 13 (Mardi 13) en 1967, Hasta la victoria siempre (Jusqu’à la victoire toujours) également en 1967, ainsi que 79 Primaveras (79 Printemps) en 1969. D’autres jeunes réalisateurs se firent rapidement connaître, notamment José Massip, Tomas Gutierrez Alea, Humberto Solas avec Lucia en 1968, Sara Gomez, Octavio Cortazar, Oscar Valdes, Juan Padron, Melchio Casals et Bernabé Hernandez. Influencé au départ par le néo-réalisme italien, le cinéma cubain évolua progressivement vers son propre caractère.
Actuellement, Cuba est l’un des quatre ou cinq pays d’Amérique latine qui peuvent sans crainte se présenter aux festivals internationaux du cinéma et remporter plusieurs fois de grands prix. Et ce, malgré la situation économique qui limite la production et la création. C’est ainsi que La Ultima Cena de Tomas Gutierrez Alea remporta en 1979 le Grand Prix du Festival du Film ibérique et latino-américain de Biarritz. Jusqu’à un certain point, du même réalisateur, remporta le Grand Prix Coral du Festival du Cinéma latino-américain de La Havane en 1983. 
La mort du grand cinéaste Tomas Gutierrez Alea, en 1996, peu de temps après son succès avec Fraise et Chocolat (1994) qu’il a tourné avec Juan Carlos Tabio, a été pleurée dans le monde entier. En 1995, sortait Guantanamera, filmé par les deux mêmes, et son univers kafkaien dans le système des pompes funèbres à Cuba et était présenté au Festival de Venise. L’acteur cubain Jorge Perrugoria était propulsé sur les scènes internationales. On pourra utilement lire Le Cinéma Cubain, de Paulo Antonio Paranagua, paru aux Éditions du Centre Pompidou, Paris.

Présence française à Cuba 

Rappelons tout d’abord que Cuba a été une terre d’asile pour les Français à partir du xviiie siècle après les événements de la révolution haïtienne. Ils s’y sont installés dès 1791 à travers tout le pays. Ce sont eux qui ont transformé Santiago en une ville élégante et raffinée, qui ont planté des caféiers dans les montagnes de l’est du pays, qui ont fondé la ville de Cienfuegos, qui ont développé le commerce à Matanzas ou encore qui ont fait bâtir des villas splendides dans les plantations de café, notamment dans les régions de La Havane et de la Sierra del Rosario, près de Pinar del Rio. On a dénombré à ce jour plus d’une centaine de ces plantations, la plupart en ruines.

Voici quelques exemples de ce qui pourrait constituer la « Route française » à Cuba : ‘ À Santiago, les esclaves noirs qui vinrent de Haïti à Cuba avec leurs maîtres apportèrent avec eux leurs musiques, leurs chants et leurs danses. Ils ont ainsi créé les tumbas françaises, où l’on dansait en imitant les dames et les messieurs de France. Ces manifestations folkloriques authentiques survivent toujours à Santiago et à Guantanamo. Le port de Santiago était relié à la France par des navires qui y débarquaient leurs marchandises variées, telles que vins (Saint-Émilion, Sancerre, Château-Laffitte, Château-Margaux, etc.) et liqueurs comme la Bénédictine et la Chartreuse. Bien des familles santiagaises d’origine française conservent vivantes certaines traditions et en tous cas de nombreux souvenirs de famille. 

– À La Havane, le musée des Arts Décoratifs occupe les salons d’un splendide hôtel particulier, propriété d’une famille de l’aristocratie cubaine qui la fit entièrement décorer par la maison Jansen de Paris. On peut y voir l’élégant mobilier réalisé par de prestigieux ébénistes français du xviie siècle tels Boudin, Chevalier, Riesener, Simoneau, ou encore des pièces exceptionnelles des manufactures de Sèvres et de Chantilly, ainsi que des peintures de Hubert Robert, Nicolas de Largillière, François Boucher et Louis Tocqué. Il y a lieu de mentionner encore le musée Napoléon de La Havane, qui présente la plus grande collection existante hors de France d’objets et de documents appartenant ou liés à l’empereur. 

– À Matanzas, la pharmacie Triolet fondée en 1882 par le Dr Ernest Triolet, originaire de Nancy et transformée en musée en 1964. Voir une très belle collection de flacons dont la plupart provient des manufactures de porcelaine de Sèvres. L’activité de la pharmacie était telle que le Dr Triolet exportait ses médicaments vers la France, l’Espagne et les États-Unis. Parmi le mobilier, fait de bois précieux cubains et inspirés de modèles français, mentionnons la table dispensaire qui a remporté la médaille de bronze de l’Exposition internationale de Paris de 1900.

– Cienfuegos a été fondée en 1819 par des colons français venus de Bordeaux, de la Floride voisine et de la Nouvelle-Orléans. On peut toujours voir leur empreinte dans les rues bordées d’arbres, dans le drapeau de la ville, inspiré du drapeau français, dans de nombreux édifices, aux décors Art Nouveau, dont le théâtre Terry. Abondants souvenirs et tombes au cimetière de la Reina. 

Quelques témoignages français sur Cuba
Dominique Serres, qui relata avec une grande minutie le siège et la prise de La Havane par les Anglais en 1762. Frédéric Mialhe a laissé de magnifiques lithographies sur l’île, ses paysages et ses gens : arrivé vers 1830, il dirigea à partir de 1850 l’académie des Beaux-Arts San Alejandro qu’un autre Français, Jean-Baptiste Vermay de Beaume, élève de David, avait fondée. Edouard Laplante se consacra au cours du XIXe siècle à peindre des moulins à sucre cubains et il a laissé le plus beau livre d’illustrations sur ce thème. Un descendant de Français, Esteban Chartrand Dubois, est l’un des paysagistes cubains les plus importants du xixe siècle ; il s’inspira en grande partie du regard des paysagistes français de la nature sous l’influence de l’École de Barbizon. (D’après la brochure de Publicitur, « L’empreinte de la présence française à Cuba » ; La Havane, 1996). 

Hemingway à Cuba

Étrange bonhomme qu’Ernest Hemingway ! Journaliste, écrivain, Prix Nobel de Littérature en 1954, grand voyageur dans les Caraïbes, dont on retrouve la trace tant à la pointe la plus au sud des États-Unis, dans la minuscule Key West, que dans la grande île des Caraïbes, Cuba. À Cuba, on pourrait dire qu’il règne une grande et authentique fidélité à son souvenir. Il semble qu’Ernest Hemingway résida officiellement à Cuba à partir du 27 décembre 1939. Les années antérieures, il descendait d’abord à l’Hôtel Ambos Mundos (chambre 511), à La Havane, entièrement restauré et réouvert en janvier 1997, puis finit par acquérir une propriété dans la banlieue de la Capitale. Les principaux endroits à évoquer son souvenir sont :

Son domaine, La Vigia (La Vigie), se trouve dans le quartier de San-Francisco-de-Paula. Sa maison, transformée depuis lors en musée-mémorial, avait été léguée par lui par testament quelques mois avant sa mort, le 2 juillet 1961, au peuple cubain. Hemingway y habita plus de 20 ans (de 1939 à 1960). C’est un peu compliqué pour y aller par vos propres moyens. Des visites organisées régulières vous y emmènent automatiquement et tous les chauffeurs de taxi connaissent bien l’endroit. Une grande maison quasi seigneuriale vous attend. Tout est resté intact. L’atmosphère y est très émouvante : on dirait que le maître des lieux est seulement absent ou en train de faire la sieste dans une pièce voisine. De la tourette qui domine le parc, il voyait arriver les visiteurs sans être vu lui-même. S’il n’était pas d’humeur à recevoir l’intrus, il faisait dire qu’il n’était pas là. On dit que c’est dans cette pièce au deuxième étage qu’il a écrit Le Vieil Homme et la Mer. Sa machine à écrire l’attend toujours. Ainsi que tous ses documents et des tonnes d’ouvrages et de trophées de chasse : d’Afrique, du Pacifique ou d’ailleurs. Les siens propres ou des hommages. Aux murs, plusieurs affiches de corridas, rappelant sa « période espagnole » que symbolise une céramique signée de son ami Picasso. Dans le jardin, près de la piscine, repose son bateau le Pilar. (Musée-Mémorial Hemingway : Finca La Vígia, San Francisco de Paula, fermé le mardi).

Le Floridita : un restaurant agréable, que nous oserions qualifier de « bourgeois », si cet adjectif n’avait pas pris une dimension trop forte dans la Cuba d’aujourd’hui. Un peu sombre, comme en Espagne, où les consommateurs autour du bar ont presque l’air de comploter. On aime raconter qu’un beau jour Hemingway y vint et y resta. Il est vrai qu’il buvait beaucoup, mais sans jamais être ivre, selon le témoignage d’un des serveurs, « maître es-cocktails », Antonio Meilan, qui l’a bien connu. Sur les murs, des photos, des coupures de presse vous parlent du grand homme. Cette force de la nature avait été blessée en 1918 sur le front austro-italien. La douleur lancinante qu’il subissait dans son corps et dans son âme se calmait un peu avec l’aide du rhum et du whisky. Il paraît qu’il se faisait amener là des gens de la rue que lui « rabattait » un compère. Si l’homme l’inspirait pour un personnage, il le gardait ; ils bavardaient, ils buvaient. Jusqu’à l’aube. Si aucun courant ne passait entre eux, à un signe convenu, le compère emmenait l’homme ; heureux au moins d’avoir bu un bon coup avec cet étrange « gringo ». La légende dit qu’il consommait beaucoup de mojito, daïquiri et le fameux Papa’s Special, un daïquiri avec double ration de rhum’ et sans sucre.

Lire la suite du guide