Procession de dieux à Yazilikaya ,relief de dieu et roi

Procession de dieux à Yazilikaya ,relief de dieu et roi

L’itinéraire

La boucle Ankara – Bogazkale – Alacahöyük – Amasya – Samsun – Trabzon – Erzincan – Sivas – Yozgat – Ankara est longue de 1 800 km et suit le dessin du fleuve Kizilirmak. Cette contrée constitue le coeur de l’ancien pays hittite et de la grande civilisation du IIe millénaire av. J.-C. Hattousa, capitale de l’ancien royaume, renferme les plus beaux vestiges de cette civilisation. Ensuite, les côtes de la mer Noire ont un caractère tout à fait particulier. Coupée du reste du pays par la chaîne pontique, la région possède un climat doux et humide, d’épaisses forêts de sapins, des torrents à truites, des villages de pêcheurs bâtis de jolies maisons de bois, des plantations de noisetiers et même de thé dans la partie est. La Méditerranée paraît bien loin. En quittant Ankara, prendre la route en direction de Samsun, traverser les collines déboisées et les vallées, puis franchir le col Elmadagl et Kirikkale avant de prendre l’embranchement de Delice (130 km). Là, tourner à gauche en direction de Corum. Après 51 km, la route atteint Sungurlu, 4 km plus loin, tourner à droite vers Bogazkale (208 km), un gros village au pied de la colline sur laquelle s’élève le château d’Hattousa (connu jusqu’en 1937 sous le nom de Bogazköy).

Bogazkale

Au XVIIe siècle av. J.-C., les rois hittites installèrent leur capitale sur la colline d’Hattousa, habitée dès le troisième millénaire avant notre ère par un peuple appelé Hatti. Les fondations de leurs monuments demeurent visibles. Ce fut cependant avec l’avènement du « nouveau royaume » hittite (1480-1200 av. J.-C.) que le pays connut un développement prodigieux. La citadelle d’Hattousa devint le centre de la puissance de l’empire hittite. Ce dernier s’émietta pourtant à la suite des invasions de tribus de l’est de l’Europe qui envahirent l’Asie mineure. La ville et la citadelle furent détruites par le feu. Sur le chemin qui mène du village de Bogazkale à la colline de la citadelle, apparaissent, sur la droite, les fondations du Grand Temple. Dans les ruines, se trouvent des pierres munies de trous destinés à recevoir les gonds des portes. En passant la porte fortifiée, située sur la gauche, près de la pente, le chemin atteint l’actuelle citadelle (Büyükkale), point le plus élevé de la cité. L’ancienne cour pavée était entourée de bâtiments dont les fondations sont encore visibles. La partie la plus haute du mur était construite de briques et d’argile. Il y a 30 ans, la découverte des archives de l’Etat hittite gravées sur des tablettes d’argile permit d’avoir une idée des relations politiques qui existaient entre les pays du Proche Orient au milieu du second millénaire avant J.-C.

De la citadelle, la route mène vers le sud à Nisantas où se trouve une inscription gravée en caractères hiéroglyphiques sur un rocher. Cette inscription donne la généalogie du roi hittite contemporain du pharaon Aménophis IV. Après le tournant du chemin vers l’ouest, se tient la Porte royale, voûtée au moyen de blocs disposés en encorbellement. Plus loin, le passage souterrain de Yerkapi constituait une poterne. Enfin, la Porte des lions et ses deux énormes statues des XVe et XIVe siècles av. J.-C. constituent l’un des vestiges les mieux conservés de Bogazkale.

Depuis Bogazkale, il est possible de visiter, 3 km plus loin, les fameux reliefs hittites de Yazilikaya (à ne pas confondre avec le site du même nom près d’Eskisehir où se trouve le tombeau de Midas). Ce relief, sculpté dans le rocher, représente le mariage du grand dieu et de la grande déesse sur un panneau central qu’encadrent, à gauche et à droite, deux autres panneaux où sont sculptés des dieux faisant une procession rituelle. Ce sanctuaire rupestre remonte au XIIIe siècle av. J.-C. A 36 km au nord-est de Bogazkale se trouve le site d’Alaca Höyük où des fouilles ont mis à jour les tombes royales des souverains Hatti qui précédèrent les Hittites. Ces tombes de l’âge du bronze (2500 av. J.-C.) contenaient un mobilier funéraire et des bijoux dignes des tombeaux pharaoniques. La plupart sont conservés au Musée hittite d’Ankara. Cependant le musée d’Alaca Höyük (en face de l’hôtel) offre au visiteur quelques collections intéressantes d’objets trouvés au cours des fouilles par les archéologues allemands. La porte d’entrée d’Alaca Höyük est gardée par des sphinx.

La route de Çorum vers l’est se prolonge jusqu’à Amasya (50 000 hab.), une ville située dans la vallée du Yesilirmak. A Amasya, la citadelle dont les tours s’élèvent au-dessus de la ville, la mosquée Gök Medrese (1276), la Turumtay Türbesi (1266) et plusieurs autres mausolées valent la visite. Le palais du roi du Pont et trois chambres funéraires datant de l’époque hellénistique (IIIe et IIe siècles av. J.-C.) se situent sur une falaise, au-dessus d’une terrasse.

Autour de Samsun

Samsun - Statue de pêcheur

Samsun – Statue de pêcheur

Vers Samsun, au nord-est, la route passe à Havza et rejoint la route côtière du Pont. De cette hauteur, la vue embrasse la mer Noire et le port de Samsun (338 000 hab.), une ville moderne qui ne présente pas d’intérêt. C’est ici qu’en 1919 Atatürk débarqua et lança son appel à la résistance en Anatolie. De Samsun une excursion à l’ouest jusqu’à Sinop, la ville la plus au nord de la Turquie, présente un intérêt. Fondée au VIIIe siècle av. J.-C. par les Milésiens, la ville a vu naître le cynique philosophe Diogène (413 av. J.-C.). La citadelle byzantine à l’ouest de la ville se visite.

En continuant le long de la baie de Samsun, la route se dirige vers l’est, tourne en direction de l’intérieur du pays à travers champs fertiles et vergers, puis traverse le Yesilirmak et retrouve de nouveau le bord de mer à Terme. Le long d’une jolie route côtière se trouve Unye (à 91 km), petite ville pittoresque au fond d’une baie. De là, la route s’étend le long de la mer près de plages et des baies. De nombreux ponts traversent les cours d’eau qui descendent des montagnes. 157 km plus loin, la route arrive à Ordu (40 000 hab.), centre d’une région agricole fertile.

L’itinéraire se poursuit le long d’une charmante côte bordant la mer Noire jusqu’à Giresun (40 000 hab.). Fondée par le roi du Pont au IIe siècle avant notre ère, la ville reçut plus tard le nom de Cerasos (cerise). Vers 69 av. J.-C. le général Lucullus s’en empara et transporta en Italie un premier cerisier. Aujourd’hui, Giresun est le centre de la culture du noisetier. A l’extrémité de la péninsule, gisent les ruines d’un château byzantin. Des bus relient Giresun à Trabzon et Samsun. Il existe également un service de bateaux à vapeur qui dessert les villes de la côte.

Trabzon

Le circuit poursuit sa route le long de la côte dans une région pittoresque, traverse le petit port de Görele où se trouvent les ruines d’une forteresse byzantine et atteint Trabzon (182 000 hab.). L’ancienne Trapezos fut fondée au Ve siècle av. J.-C. par les Grecs. Les 10 000 mercenaires grecs qui servirent comme auxiliaires des forces de Cyrus le Jeune dans son combat contre Artaxerxès II l’atteignirent, après mille aventures, en mars 400. Ce fut l’occasion pour leur chef Xénophon de lancer son fameux « Thalassa !Thalassa ! ». Vers 100 av. J.-C., Trabzon appartenait au roi du Pont. Plus tard, elle devint romaine puis byzantine. Après la prise de Constantinople par les Croisés en 1204, les deux fils de l’empereur gagnèrent Trabzon qui devint ainsi le fief byzantin des Comnène et le resta jusqu’en 1461, date où les Ottomans se rendirent maîtres de toute l’Anatolie.

Les principaux monuments à visiter sont les mosquées Yeni Cuma Camii (ancienne église Saint-Eugène) et Ortahisar Camii (ancienne église byzantine de la Panaghia Chrisocéphalos, église de la Vierge à la tête d’or). Il faut également visiter la citadelle dans les vieux quartiers de la ville ainsi que l’église Sainte-Sophie (Ayia Sofia), située sur une colline à 2 km du centre-ville en direction de Samsun. Construite au milieu du XIIIe siècle par Manuel Ier Comnène pendant « l’intermède latin » de Constantinople, elle faisait partie d’un monastère. C’est une église à plan en croix grecque avec des porches en avancée sur trois côtés assez inhabituels et un chevet à trois absides. L’ensemble est coiffé d’une tour éclairée par douze fenêtres. Il reste encore des peintures murales d’un style plus achevé que celles de la Cappadoce. Les mieux préservées, celles du narthex (entrée), illustrent des scènes de la vie du Christ (les Miracles). De Trabzon, une excursion vers Rize et Hopa est possible.

Monastère de sumela,parc national d'Altindere - Trabzon

Monastère de sumela,parc national d’Altindere – Trabzon

La côte de Rize, au pied des montagnes de la chaîne pontique, est très humide et ses collines verdoyantes. Le climat subtropical prédomine dans cette région de vastes plantations de thé. Le circuit se poursuit à travers vallées boisées et prairies, en direction d’Erzurum. A Maçka (28 km de Trabzon), une petite route à gauche mène à Sumela. Dans un décor abrupte et reculé, l’extraordinaire monastère de Sumela, dédié à la Vierge (Meryemena monastiri), se tient littéralement accroché à la falaise. Il faut compter 3/4 d’heure d’ascension pour l’atteindre. Ce lieu difficile d’accès a attiré les moines dès le IVe siècle. Les vestiges actuels datent pour l’essentiel du XIVe siècle. Les moines l’abandonnèrent en 1922 et il fut ravagé par un incendie en 1929, ce qui explique l’état de délabrement des lieux. L’église renferme des peintures murales du XVIIIe siècle. La visite se poursuit par des bâtiments conventuels construits sur quatre niveaux contre la falaise et qui comprennent les cellules des moines.

La route asphaltée grimpe à travers un splendide paysage de montagne. La chaîne pontique se traverse au col de Zigana, à 2 025 m d’altitude. Au sud du col, la végétation devient rare et disséminée, à l’image des paysages anatoliens dénudés et sans arbre. Apres avoir traversé le col du Kop Oagl (2 390 m) qui offre un très beau point de vue, la route descend vers la plaine d’Erzurum. A Askale, au km 1 025, l’itinéraire laisse sur la gauche la route d’Erzurum pour prendre la direction d’Erzincan et Sivas.

Sivas

Après cette très longue route à travers l’austère et désolé plateau anatolien, Erzincan peut constituer une étape avant Sivas (232 000 hab.). Après avoir été une ville florissante sous les Seldjoukides, Sivas fut détruite en 1402 par le mongol Tamerlan et ses habitants massacrés. Aujourd’hui, Sivas est une petite ville industrielle dont les monuments seldjoukides demeurent parmi les plus beaux de Turquie. Pour lutter contre les mouvements islamiques hétérodoxes, les sultans seldjoukides construisirent en grand nombre des medrese, des écoles coraniques, aussi appelées madressa. Près de la place principale, le çifte minare (minaret double) de 1272 enlace un magnifique portail décoré d’entrelacs baroques, caractéristique des mosquées et medrese seldjoukides. Il appartenait à une medrese aujourd’hui complètement détruite. En face, la sifahiye medresesi, un ancien hôpital, est due au sultan Kaykaus Ier en 1217. A proximité se trouve la bürüciye medresesi de 1272.

Le plus bel édifice de Sivas est la gök medrese (medrese bleue), ainsi nommée en raison des briques d’émail bleu qui la décorent. Son portail d’entrée figure parmi les plus belles réussites de l’art seldjoukide et son architecture rappelle celle de la cifte medrese d’Erzurum. La gök medrese est ornée de reliefs gravés représentant l’Arbre de vie surmonté d’un aigle, symboles originaires d’Asie centrale. Ces motifs figurés demeurent très rares dans l’art islamique qui proscrit le plus souvent la représentation d’êtres vivants. L’aéroport se situe à 20 km de la ville. De Sivas, une excursion de 105 km vers Tokat (50 000 hab.) permet d’admirer une citadelle ottomane. L’édifice le plus intéressant de Tokat est la Gök Medrese aux superbes céramiques.

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