La capitale de la Jordanie a de quoi déconcerter. Il ne faut pas s’attendre à découvrir une ville arabe typique avec son souk animé, ses ruelles grouillantes et son architecture traditionnelle. Amman, qui n’était qu’un village bédouin au début du xxe siècle, a beaucoup changé.

La ville aux collines

De larges avenues bordées de palmiers, des buildings modernes, un tissu urbain qui s’étend sur 15 km d’est en ouest, pas de véritable centre piétonnier à l’exception de la Ville basse : Amman n’est pas une ville traditionnelle arabe, comme Le Caire, Damas ou Alep, où l’on peut flâner à pied. La capitale jordanienne s’organise autour d’une série de ronds-points, les « cercles », au nombre de huit, allant du centre vers la périphérie sud. Elle est aussi traversée de tunnels qui relient entre eux ses différents « djebels » (collines) sur lesquels elle fut construite à l’origine. En perpétuelle expansion et pénétrant le désert de jour en jour… Elle s’étend aujourd’hui sur 19 collines.

Ville basse

C’est le cœur d’Amman, sa partie la plus ancienne. La ville basse doit son nom à sa situation, au fond d’une cuvette dominée par le djebel al-Qala’a. Le wadi Amman, la rivière qui la traverse, a été recouvert pour faciliter la circulation. L’atmosphère y est parfois étouffante en raison de la chaleur et de la pollution ; la circulation y est intense. La ville basse est organisée autour de la mosquée du roi Hussein. De là, on peut se promener dans les marchés, à la recherche de bijoux, de keffiehs ou d’épices.

Mosquée du roi Hussein

Construite en 1924 sur l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien, lui-même probablement édifié sur le site de l’ancienne cathédrale byzantine, elle est de style néo-ottoman. Son accès est interdit aux non-musulmans. Le quartier des souks s’étend tout autour.

Le Nymphé
Adossé à l’arrière de la mosquée se tient le Nymphée, une fontaine monumentale d’époque romaine. Elle remonte au iie ou au iiie siècle. Les niches abritaient autrefois des statues.

 

Théâtre romain

Accès par la place hachémite. Entre la mosquée du roi Hussein et le palais royal. Ouvert tlj, sauf parfois vendredi, de 9 h à 17 h (jusqu’à 16 heures en hiver). Entrée payante. 
Le théâtre romain est adossé au djebel al-Taj. Construit sous le règne d’Antonin le Pieux (138-161), il pouvait contenir jusqu’à 6 000 personnes. Bien que restauré pour recevoir des spectacles, l’édifice a perdu son mur de scène. C’est aujourd’hui un lieu de promenade envahi par les vendeuses de rue irakiennes, qui étalent à même le sol des cigarettes et des chapelets d’ambre. Deux petits musées ont été aménagés dans les couloirs d’accès donnant sur l’orchestre.

Amman Citadelle - Temple d'Hercule © Tangka

Amman Citadelle – Temple d’Hercule © Tangka


Musée du Folklore jordanien
Situé dans l’enceinte du théâtre romain, sur la droite en entrant (entrée payante, même ticket que pour la visite du théâtre). Le musée du Folklore jordanienexpose des collections d’armes, d’instruments de musique, de tapis et de bijoux traditionnels. Une salle est consacrée à la vie bédouine avec la reconstitution d’une tente nomade séparée en deux parties (une consacrée aux hommes et l’autre réservée aux femmes).

Musée des Traditions populaires
Situé dans l’enceinte du théâtre romain, sur la gauche. Entrée payante (même ticket que pour la visite du théâtre). 
Ce musée fait lui aussi la part belle au patrimoine bédouin du pays : costumes des différentes tribus, bijoux, tatouages, selles de montures, etc. Il comporte en outre une collection de belles mosaïques byzantines provenant de Madaba.

Odéon
Situé au dos du théâtre romain. Entrée libre. 
Du côté oriental du Forum se trouve l’Odéon, un petit hémicycle romain du iie siècle. Il accueillait des récitals, des lectures et des concerts. Au contraire du Théâtre romain, les gradins ont quasiment disparu mais l’orchestre et la scène sont assez bien conservés. Il a été entièrement restauré.

Citadelle

Située au sommet d’une colline. Accès par une petite route à partir de Shabsugh St. Ouvert de 8 h à 17 h. Entrée libre. Surplombant la ville basse, elle offre un point de vue imprenable sur le théâtre romain et les collines environnantes. C’est là que se trouvait l’antique Rabbath Ammon, la capitale du royaume des Ammonites, un peuple apparenté aux Hébreux, issu du mariage de Lot, le neveu d’Abraham, avec sa fille cadette. Ce royaume fut en guerre permanente avec les Hébreux, notamment le roi David, puis les Assyriens, avant d’être détruit, en 587 av. J.-C., par Nabuchodonosor le Babylonien. Le site contient des restes archéologiques allant du bronze moyen à la période omeyyade. Il couvre donc plusieurs centaines d’années mais seul un œil exercé pourra y déceler les restes des différentes époques de peuplement du site. Il ne reste plus grand-chose du mur d’enceinte romain.

Temple d’Hercule
Situé face au musée archéologique, sur la gauche en arrivant au sommet de la colline. Ouvert de 8 h à 19 h (jusqu’à 16 h en hiver) ; de 10 h à 16 h les vendredis et jours fériés. Entrée payante. 
Edifié au iie siècle sous Marc-Aurèle, sur le site d’un sanctuaire ammonite dédié au dieu Melkoum,le temple d’Herculeabritait une statue du dieu gréco-romain haute de 9 m : on ne la verra, hélas, pas ; il n’en reste que des fragments. Seules deux belles colonnes donnent une idée de la taille du monument pour lequel les bâtisseurs romains ont aplani la colline. Les prêtres étaient les seuls autorisés à pénétrer dans le sanctuaire lui-même.

Palais (el-Qasr)
Situé derrière le musée. 
Ce palais remonte à la période omeyyade, en 720. Il s’agit d’un vaste complexe palatial, comportant neuf résidences donnant toutes sur une cour intérieure. La partie la mieux conservée est la salle d’audience du calife Hicham, avec son décor entièrement sculpté. Le Qasr accueille parfois des concerts en raison de son excellente acoustique. Sur la terrasse inférieure du site, on remarque une tour fortifiée qui date de l’âge du fer (900-500 av. J.-C.). La ville antique était ceinte d’une cinquantaine de ces tours. On peut aussi voir les restes du plan d’une basilique byzantine du ve ou vie siècle, dont une partie (les colonnes corinthiennes) a été construite avec les restes du temple d’Hercule, comme c’était fréquemment le cas. A l’extrémité de la citadelle, on peut apercevoir, sur une autre colline, les palais royaux de Raghadan en de Basman. C’est là que se trouve le tombeau du roi Abdallah, assassiné en 1951.

Musée archéologique

Dans la citadelle. Ouvert tlj sauf mardi de 8 h à 17 h, vendredi et jours de fête de 10 h à 16 h. Entrée payante (même ticket que pour la citadelle). 
La préhistoire est représentée par des silex bifaces. On remarque, chose très rare dans l’art funéraire de la région, des crânes recouverts d’argile provenant de tombes collectives de Jéricho, dont l’une (prévue pour 13 personnes !) a été reproduite, et des statues anthropomorphes remontant à 8 000 ou 6 000 av. J.-C. Les stèles exposées dans la salle centrale rappellent la tradition d’échanges entre la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Egypte, dont les divinités sont ici réutilisées : c’est le cas des têtes à double visage rappelant la déesse égyptienne Hathor. Il faut aussi admirer les sarcophages à formes humaines dont le dessin du visage est étonnamment moderne. 
Une copie de la stèle de Mesha, couverte d’une longue inscription dans une langue phénicienne proche de l’hébreu biblique, est exposée. L’original reconstitué – les Bédouins l’avaient détruite en pensant qu’elle recelait un trésor vu l’intérêt que lui portait les explorateurs occidentaux – est au Louvre. Une salle est consacrée aux fameux manuscrits de la mer Morte, découverts par hasard par un jeune Bédouin à Qumran, sur la rive occidentale du Jourdain, en 1947. Le rouleau exposé à Amman (les autres sont à Jérusalem) fait état d’un fabuleux trésor, dans lequel certains n’hésitent pas à voir celui du Temple de Jérusalem. La traduction et l’interprétation de ces textes attribués aux Esséniens (une secte juive du iie siècle av. J.-C.) font l’objet d’âpres controverses : certains veulent y voir des textes écrits par les premiers chrétiens. On peut aussi admirer dans ce musée quelques objets byzantins et des sculptures islamiques.

La ville moderne

Amman s’est développée à partir de ses trois djebels historiques : le djebel Hussein, facile à repérer grâce au dôme bleu de la mosquée du roi Abdullah ;le djebel Weibdeh et le djebel Amman, le plus chic, où l’on trouve les ambassades et les grands hôtels.

Djebel Hussein
Mosquée du roi Abdallah
Achevée en 1989, la mosquée du roi Abdallah se voit de loin grâce à son dôme bleu. Elle a été construite par le roi Hussein pour rendre hommage à son aïeul assassiné. L’enceinte peut contenir 7 000 fidèles et la cour intérieure 3 000. Un espace de 500 places est réservé aux femmes. La famille royale y dispose aussi d’un carré réservé. Le dôme de 35 m de haut de la salle de prière offre l’originalité de n’être soutenu par aucun pilier. La couleur bleue du sommet représente le ciel et les lignes dorées le soleil éclairant les 99 noms d’Allah. Cette mosquée est la seule d’Amman que les non-musulmans peuvent visiter (en dehors des heures de prières). Les femmes doivent se couvrir les cheveux et les visiteurs doivent se déchausser. Le ticket d’entrée donne accès à un petit musée islamique (ouvert tlj sauf le vendredi), dans l’enceinte de la mosquée.

Djebel Weibdeh
C’est sur cette colline que se trouvent la plupart des galeries d’art contemporain de la ville.

Darat al-Funun
Nadeem Al-Mallah St. Ouvert mercredi et samedi de 10 h à 19 h (jusqu’à 20 h le jeudi). Fermé de fin juillet à fin août. Entrée libre. 
Il s’agit d’un magnifique complexe consacré à l’art contemporain avec galerie de peinture, bibliothèque, salle de projections et ateliers d’artistes. Le bâtiment, qui avait hébergé Peak Pacha, le commandant britannique de la Légion arabe, a été rénové et transformé en fondation par le banquier Khaled Shoman. A l’entrée se trouvent les ruines d’une église byzantine du vie siècle où se tiennent des concerts et des pièces de théâtre en été. Les jardins en surplomb offrent un magnifique point de vue sur la ville.

Galerie nationale des Beaux-arts
Ouvert de 9 h à 17 h. Fermé les mardis et vendredis. Entrée payante. 
Les vastes salles présentent la poterie, la peinture et la sculpture d’artistes jordaniens contemporains. Une petite boutique vend des objets de qualité.

Tour ammonite
C’est aussi sur le djebel Weibdeh que se trouve l’un des plus anciens monuments d’Amman, la tour ammonite, construite vers 800 av. J.-C. Cet imposant monument de pierre faisait partie du système de défense de Rabbath Ammon, la capitale des Ammonites.

Shmeisani
Ce quartier résidentiel vaut le détour pour l’extravagance de ses villas, construites, comme l’impose la municipalité, en pierres blanches. C’est là que la jeunesse dorée vient s’amuser dans les cinémas et les nombreux cafés et restaurants branchés du quartier.

Djebel Amman
C’est sur cette colline, la plus vaste, que se trouvent la plupart des ambassades, des banques et hôtels de luxe. Le hammam Al-Pasha, très prisé, offre une précieuse diversion à l’agitation de la ville. Le Musée rétrospectif du règne de Sa Majesté l’ancien roi Abdallah propose un intéressant résumé de la vie politique de la Jordanie au début du xxe siècle.

Chemin de fer du Hejaz
Vestige de la ligne construite par les Anglais, un train relie Amman à Damas deux fois par semaine, les lundis et jeudis à 8 h. Il faut compter près de dix heures de trajet et un changement de train à la frontière. En fait, les taxis collectifs sont bien plus rapides. La gare, charmante et surannée se trouve dans la rue du roi Abdallah Ier. Elle accueille un petit musée (ouvert de 9 h à 16 h) qui revient sur l’histoire de la ligne du Hejaz.

« Royal glamour » 
Le jeune roi Abdallah, arrivé sur le trône à la surprise générale en février 1999, dispose d’un atout de taille : sa femme Rania, belle jeune femme d’origine palestinienne et roturière. Les magazines féminins occidentaux voient volontiers en elle une Lady Di arabe, le drame en moins. Elégante, photogénique, elle a presque éclipsé son mari. Ce dernier, fils d’une Anglaise et du mythique roi Hussein n’est pas très à l’aise dans son nouveau costume royal : son arabe est teinté d’un fort accent anglais ; son Royaume est dans une position difficile, coincé entre le conflit israélo-palestinien et la guerre en Irak. Au début de son règne, il avait surpris ses sujets en se promenant incognito dans les rues d’Amman, déguisé à l’aide d’une barbe postiche, afin de savoir ce qui se disait.

Kan Zaman, escale touristique
A 15 km au sud du 8ème Cercle se trouve Kan Zaman, un complexe touristique de luxe avec auberge, restaurants et boutiques d’artisanat. L’ensemble est clairement destiné aux touristes mais l’architecture et l’ambiance sont une réussite. La musique live résonne agréablement sous les plafonds voûtés tandis que l’on sirote un verre de sefiha (boisson à base de menthe et de citron), que l’on dîne ou déambule à la recherche de souvenirs.

 

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