8 -Art Et Culture
Les Arts
Les Arts Les grands courants artistique du Vietnam
Le Vietnam possède une double culture : chinoise au nord et indienne au centre et au sud. De cette dernière naquirent, au début de l'ère chrétienne, deux empires : le Châmpa qui comprenait la Cochinchine et la partie méridionale de l'Annam et le Fou-Nan qui s'étendait sur toute la partie occidentale de la péninsule indochinoise en incluant le Cambodge. Les Châms (ou Câms), habitants du Champa, considérés comme les « Vikings de l'Asie » étaient de grands marins. Ils avaient mis au point une agriculture perfectionnée grâce à un système ingénieux de rizières en escaliers. Ils construisirent des monuments en brique (kalan) en forme de tours dédiées au culte de Shiva. Le site de Mi-Sôn, à une cinquantaine de kilomètres de Danang, offre le spectacle éblouissant de ruines entourées de hautes collines, datant de la fin du VIe siècle. Elles sont orientées à l'est et à l'ouest et précédées d'un vestibule, à l'image des temples hindous. Les ruines de Mi-Sôn ont livré une grande quantité d'inscriptions en sanskrit et en châm, gravées sur des stèles en grès ou des piédestaux. Les sculptures, exposées au musée de Danang (l'ancien musée Parmentier), représentent la vie d'ermites au milieu de montagnes boisées, peuplées de sangliers et de tigres. Parfois apparaissent des porteurs d'offrandes et des génies célestes ; ici, nous assistons à un concert de musiciennes, à une démonstration de danseuses, kà, à un sacrifice auprès d'un arbre' La cité sacrée de Mi-Sôn représentait un haut lieu de pèlerinage ; on sait à présent qu'elle n'était habitée que par les Brahmanes (première caste sacerdotale hindoue) et les serviteurs du dieu. Vers la fin du IXe siècle, sous le règne d'Indravarman II (875-880), un nouveau centre religieux fut construit. Il s'agissait d'un monastère bouddhiste placé sous la protection du bodhisattva Lokeçvara (Avalokiteçvara). Sur ce site, à Dông Duông (province de Quang-nam), les temples sont de proportions plus imposantes. Le Châmpa atteint son épanouissement entre le VIIe et le IXe siècle. Face à la mer, le temple de Pô-Nagar servit souvent de repaire aux pirates chams qui, de retour des mers de Java et de Chine, croisaient au large. La déesse, qui siégeait dans ce sanctuaire, était « la dame de la Cité » que les textes sanskrits nomment Bhagavati. Les Chams la vénèrent toujours car elle représente Uma-Parvati, l'énergie féminine du dieu destructeur Shiva. Vers la fin du Xe siècle, le Châmpa fut inexorablement repoussé vers le sud, au Binh Dinh et sa capitale s'appellait Vijaya. Autour des nouveaux sanctuaires s'élevaient des tours dites « d'argent », « de cuivre », « d'ivoire » et « d'or ». Les temples demeurèrent fort beaux, mais ils faisaient penser à des tours de guet, la parure sculptée devint plus conventionnelle, se schématisa ; le rinceau se transforma en arabesque. L'art Cham entamait son déclin. La culture chinoise demeure au Vietnam, la plus riche, en raison de la longue occupation de « l'Empire du Milieu » durant plus de dix siècles. Les premières véritables manifestations artistiques sont les tambours de bronze du Musée de Hanoi (Musée Finot). Leur décoration évoque la vie des peuplades de chasseurs et des marins voguant sur de grandes barques qui pourraient bien être à l'origine des jonques que l'on peut toujours voir naviguer dans la baie d'Halong. A cette civilisation du bronze, on peut opposer les tombeaux en briques des fonctionnaires chinois établis au Tonkin dès le Ier siècle de notre ère. On y a retrouvé des miroirs, des fonds de bassins sur lesquels sont gravés des poissons et des oiseaux, des poteries recouvertes d'une matière vitrifiée de couleur crème. Certaines tombes du Tonkin, nous ont révélé des modèles réduits de maisons (le musée Guimet à Paris en possède plusieurs), ou de fermes du plus haut intérêt pour l'histoire de l'architecture de la Chine antique. Au Xe siècle, les ambassadeurs chinois des Song décrivent le Vietnam aux villes percées « de portes monumentales en forme de pavillons ». Hanoï est fondée, le palais du souverain comporte quatre étages sculptés de dragons et de cigognes peints en rouge et laqués, les sols sont revêtus de dalles de terre cuite ornementées. Le pays se couvre de pagodes parées de poteries émaillées à motifs floraux et animaux. Sous les Lê postérieurs (1428-1788) sont érigées les plus belles pagodes et maisons communes (Dinh). A cette époque, Hanoï reçoit son « temple de la culture littéraire », aux cours dallées ou gazonnées et aux petits bâtiments abritant tablettes et autels. Auprès d'un bassin carré « où se reflète l'éclat pur du ciel », se dressent sur d'immortelles tortues de pierre, les stèles commémorant les examens littéraires. Avec la dynastie des Nguyên, s'ouvre une ère nouvelle dans l'art du Vietnam. Sous le règne des premiers empereurs, les Français construisent des citadelles « à la Vauban », comme celle de Hué qui influencent l'architecture religieuse. On ressent, dans l'ordonnance des sépultures impériales de Hué, l'influence de la Chine des Qing (1644-1911) et le grand siècle de Louis XIV, dans un décor orientaliste de fleurs et d'arbres exotiques. Le Vietnam excelle dans la sculpture sur bois doré, mais rares en sont les témoignages. Seul demeure l'art de la céramique. C'est sans doute les Chinois qui apprirent aux habitants du delta du Fleuve Rouge à façonner leurs premières poteries au tour, à les revêtir d'une couverte brillante et à les décorer de motifs incisés ou en relief. A l'époque Song, vers le Xe siècle, apparaissent de grands vases cylindriques, à couvercle représentant un motif animalier, décorés de rinceaux brun rouge se détachant sur un fond maïs ou blanc crème. Au milieu du XVIe siècle, les fours de Bat-Trang, produisent une belle qualité de faïences fines qui se déclinent en théières, brûle-parfum, chandeliers et vases de pagodes. Finalement, au XIXe siècle, les Vietnamiens préfèrent faire venir leurs céramiques de Chine et les célèbres « bleus de Hué » proviennent pour la plupart des grandes manufactures chinoises de Fou-Nien ou de Jingdezhen. Le travail de la laque demeure aujourd'hui le plus important. Il s'exprime à travers meubles, panneaux incrustés de nacre ou d'ivoire. La laque peut être noire ou rouge par addition d'oxyde de fer. Une vingtaine de couches sont indispensables pour obtenir une surface lisse et douce au toucher. L'or ne s'emploie que pour des pièces de choix et il est, le plus souvent, remplacé par de l'argent qui, à travers la dernière couche de laque transparente et l'huile d'abrasin prend un ton mordoré.
Les principaux éléments symboliques de l'art du Vietnam
Les Animaux
Le Dragon est représenté entouré de nuages. Il est moitié tigre, moitié serpent et symbolise l'empereur. Il préside aux eaux et à la pluie en temps de sécheresse. Il représente la force des éléments célestes Le Phénix est le symbole de l'impératrice et de tout ce qui est féminin. La Licorne, « cheval dragon », représente la force. La Tortue incarne la longévité et la solidité. Elle soutient les stèles funéraires. Le Poisson est signe d'abondance. La Chauve-souris symbolise le bonheur. Le Lion est le défenseur de la loi bouddhique et protecteur des édifices sacrés. Au nord, il symbolise la clémence. Le Tigre symbolise la force terrestre.
Les Huit Fruits
Huit fruits font partie de la symbolique dans les arts vietnamiens : la pêche (porte-bonheur), la grenade, la prune, la poire, « main de Bouddha » (au goût de pamplemousse, symbole de fécondité), la pomme-cannelle, leraisin et la courge.
Les Huit Joyaux
Les « huit précieux objets » sont placés devant les génies des pagodes et devant les décorations artistiques : ailes du chapeau de mandarin symbolisent le grade de docteur ès lettres ; les deux pinceaux, symboles du trait ; les livres et épée car la connaissance des armes était exigée lors des concours. Le livre est parfois symbolisé par un rouleau de papier car avant l'invention du papier, on roulait les feuilles d'arbres sur lesquelles on écrivait ; la gourde à alcool car le lettré composait des poésies sous l'effet de l'alcool. Cette gourde représente l'abondance de biens ; la corbeille de fleurs car les fleurs sont recueillies en promenade, placées sur la table elles deviennent une source d'inspiration pour le docteur ; les instruments de musique avec cithare et flûtes ; le Kim-Kanh ou pierre sonore qui sert de presse-papiers ; l'éventail, réservé aux lettrés.
Les Plantes
Les plantes des saisons : le prunier ou hiver, la pivoine ou printemps, le lotus ou été, et le chrysanthème ou automne. Les plantes amies : le pêcher, arbre de vie du Paradis ; le lotus symbole de pureté ; la pivoine qui représente la richesse ou le bonheur ; le pin toujours vert, symbole de vigueur ; le bambou ou arbre de la vie terrestre qui incarne la philosophie, la sagesse qui aide à supporter la vie. Une branche de bambou figure en tête de tout enterrement et est l'image de la vie détruite.
L'architecture
L'étude de l'architecture dans la péninsule indochinoise est très complexe du fait de la diversité des religions. La rareté des monuments anciens, la précarité des matériaux employés, la fréquence des intempéries et les destructions dues aux guerres, rendent les recherches difficiles. Le Nord possède peu de monuments élevés par les Chinois en dehors de quelques tombeaux composés de chambres souterraines. Seules les réductions en terre cuite de maisons, exposées dans les musées, donnent une idée de l'architecture aux temps les plus reculés. Beaucoup de palais ont disparu ; ceux qui sont conservés sont restitués par la piété des fidèles, à proximité des temples (comme à Co-Loa ou à Hué). Colonnes et charpentes sont les bases de la construction. Les encadrements de cloisons et panneaux sont peints ou incrustés de nacre ou de métal ; on y remarque l'abondance de poésies et de sentences ainsi que deux grands caractères : « bonheur » et « longévité ». L'arête faîtière est formée de deux dragons polychromes dont les queues se redressent aux extrémités du faîtage tandis que les têtes s'affrontent au centre, séparées par un disque solaire. Le stuc (mélange de chaux et de papier) est abondamment utilisé. Parfois, on y incruste des tessons de faïence ou de porcelaine (à Hué). Devant chaque palais (comme devant tout édifice religieux) s'élève un écran destiné à interdire l'entrée du bâtiment aux esprits malfaisants. Tous les édifices sont orientés vers le Sud. L'architecture religieuse est plus abondante. A la différence de l'architecture occidentale qui s'élève vers le ciel, le génie de l'architecte se déploie ici sur un plan horizontal dans le décor naturel d'un grand jardin aux espaces verdoyants et ombragés. Les plus beaux monuments funéraires sont les Tombeaux des empereurs qui se succèdent sur « la Rivière des Parfums », à Hué. Les édifices sont entourés d'un mur d'où un portique monumental s'ouvre sur une grande cour d'honneur dallée. La sépulture non visible, repose sous terre, à l'abri des mauvais génies. On retrouve, surtout dans le Nord, l'influence du tombeau chinois des Ming ou des Qing où l'équilibre harmonieux entre l'homme et son environnement est essentiel. Cette « civilisation de l'au-delà » nous rappelle qu'en Asie, la mort est un grand voyage qui exige une longue préparation. L'architecture civile est simple. Dans les campagnes, au Nord, l'habitat des minorités non sinisées est juché sur pilotis tandis que la maison chinoise est construite à même le sol. Elle est constituée d'une ossature en bambou, recouverte de chaume et réunit tous les membres d'une même famille, de génération en génération. Avant de construire la maison, il fallait choisir un jour faste et un emplacement propice grâce à un géomancien ou un astrologue. Cette demeure devait obligatoirement comporter une salle d'honneur pour le visiteur et l'autel des ancêtres ; elle avait généralement peu de mobilier, un métier à tisser, quelques coffres, un pilon à décortiquer le riz et un petit grenier à l'extérieur. Le jardin était planté de légumes et d'arbres fruitiers. Ce type d'habitation subsiste dans le Nord du pays qui est encore peuplé de nombreuses minorités.
La littérature vietnamienne
Au cours de sa longue histoire, la littérature vietnamienne a dû être rédigée en trois langues : chinoise, vietnamienne et française, car l'occupation directe ou indirecte par la Chine jusqu'à la fin du siècle dernier, puis par la France, ont influencé la pensée, l'idéologie et les divers moyens d'expression des lettrés.
La littérature vietnamienne en langue chinoise
Les textes les plus anciens datent du XIe siècle, ce sont des poésies ou des fragments d'annales. Puis, apparaissent jusqu'au XIVe siècle, les 'uvres de bonzes ou de lettrés des cours des dynasties des Ly et des Trân. Elles développent les thèmes de la pensée bouddhique : fragilité de la vie humaine, alternance de la vie et de la mort, louange de la nature' A la fin du XIIIe siècle, les premiers ouvrages historiques du pays voient le jour. Tout le XIVe siècle s'attachera à publier des textes historico-légendaires. Les XVe et XVIe siècles affichent la suprématie intellectuelle des lettrés sur les religieux. Sous le règne de l'empereur Lê Thanh Tôn s'ouvrent les premiers « salons » avec un nouveau genre littéraire : le « vinh su » (chanter l'histoire). Aux XVe et XVIe siècles, la littérature s'enrichit de contes, de légendes et de textes d'histoire non officiels, elle restera très florissante jusqu'au début du XXe siècle. Le grand chef-d''uvre du XVIIIe siècle demeure La Complainte de la Femme du Guerrier de Dang Trân-Côn, composé en vers chinois. Tous les lettrés vietnamiens connaissent le « Kim-Van-Kiêu » de Nguyên Du (1765-1820) ; miroir de l'âme du Vietnam et comportant 3 254 vers. C'est l'histoire d'une jeune fille qui jure fidélité à celui qu'elle aime mais qui doit sauver son père, selon les rites confucéens, en devenant une « fille aux entrailles déchirées », c'est-à-dire une courtisane.
La littérature en langue vietnamienne
Elle s'écrit selon deux modes de transcription : l'utilisation de caractères chinois pour noter les sons vietnamiens c'est un système de rédaction en « nôm » ; l'autre moyen est l'utilisation de caractères romains ou « quôc-ngu ». La littérature en nôm s'est développée du XVIe au XIXe siècle par le biais de la poésie, la prose, la chanson et du roman en vers aux sujets puisés dans les romans chinois. La chanson est le genre littéraire le plus typiquement vietnamien : chants d'aveugles entendus sur les marchés et les places des villages, berceuses, chants de sampaniers' Le genre « hat-noï » (chant parlé) est le plus répandu ; son origine est peut-être sacrée. Lorsque les chansons sont anonymes, elles entrent dans le genre « ca-dao » et sont transmises de génération en génération.
La littérature contemporaine
Lorsqu'en 1862, la France s'installe en Cochinchine, elle apporte sa culture occidentale. L'adoption généralisée du « quôc-ngu » (alphabet latin) n'empêche pas certains lettrés confucéens d'écrire des poésies emplies des regrets de l'indépendance perdue. En 1906, apparaît une formation politique modérée, composée de lettrés confucéens et réformistes. Ce parti a pour ambition d'éduquer la masse vietnamienne et de faire connaître aux lecteurs la traduction des 'uvres de Rousseau, Voltaire, Diderot, etc. Entre 1914 et 1940, la culture française est largement diffusée par la presse et les revues littéraires (telles Dông Duong Tap Chi ou Nam Phong). Le plus grand poète de cette période est Tan-Da, pionnier de la « Nouvelle Poésie ». Après l'occupation japonaise, le Vietnam entre dans la phase dramatique d'une longue guerre de libération. Les écrivains sont enrôlés dans les unités combattantes de la Résistance tandis que la France se retire du Vietnam, en 1954, avec la division du pays en deux zones, Nord et Sud. Entre 1954 et 1964, la littérature des minorités, due à une alphabétisation, se développe dans le nord, ce qui permet de recueillir de nombreuses littératures populaires (contes, chansons). L'année 1964 donne naissance à une littérature de résistance anti-américaine dans le Nord et à une littérature « désespérée » dans le Sud. Les grands thèmes en sont l'héroïsme révolutionnaire, et la vie des paysans des rizières. A la même époque, les 'uvres de grands écrivains (Hemingway, Faulkner, Mark Twain) sont traduites en vietnamien pour la première fois. En 1975, détruit matériellement et moralement, le Vietnam aura beaucoup de mal à trouver une littérature objective. Bon nombre d'auteurs seront déchirés entre l'idéologie communiste et le monde occidental. Certains, comme Toanh Anh, Vuong Hong Xen, Gian Chi, appartiennent à une nouvelle génération de l'espoir.
Le théâtre au Vietnam
Le théâtre vietnamien se divise, selon les anciennes traditions, en deux catégories : hât tuông (théâtre traditionnel) et hat chèo (théâtre populaire). S'y ajoutent deux genres modernes hat cai luong (théâtre réformé) et kich noi ou thoai kich (théâtre parlé). Le hat tuong, dit classique, issu du théâtre chinois, est né au XIIIe siècle. L'origine du hat chèo reste inconnue. Le thème principal des pièces du théâtre classique est tiré de l'histoire de la Chine alors que le théâtre populaire compte dans son répertoire des pièces ayant trait à l'histoire du Vietnam. Le hât tuong a ses auteurs renommés tels Daô Tân, tandis que les pièces du théâtre populaire sont, pour la plupart, anonymes. En 1918 est née une nouvelle forme théâtrale écrite en langue populaire, le hat cai luong. Le thème des pièces évoque aussi bien l'histoire du pays que la vie quotidienne. Le théâtre parlé vit le jour en 1920 ; il eut du mal à s'imposer auprès d'un public asiatique qui ne conçoit pas une représentation théâtrale sans chants et danses.
Les marionnettes sur l'eau (mua nuoc)
C'est l'un des rares spectacles authentiquement vietnamiens auquel on peut assister lors d'un séjour à Hanoï ou au Musée d'Histoire de Saïgon. Cet art, né sous le règne de la dynastie des Trân (1225-1400) est spécifique du delta du Fleuve Rouge. Le spectacle se joue sur un plan d'eau ; les manipulateurs sont cachés derrière un rideau en bambou. Les poupées fabriquées à partir d'un bois léger sont peintes de laque ou décorées de feuilles d'or et d'argent. Elles sont actionnées au moyen de perches ou de fils par un manipulateur placé continuellement dans l'eau. Le spectacle s'accompagne de cris et sons forts pour scander le rythme, au moyen de tambours et de crécelles. Le répertoire est varié : chants du travail dans les rizières, rites religieux, légendes, faits historiques'
Le cinéma vietnamien
A l'époque de « l'Indochine française », les principales salles appartenaient à des Français alors que les salles populaires étaient aux mains des Chinois. Ces derniers produisirent vers 1940, à Hong Kong, Le Cimetière hanté (Canh dong ma) interprété par des acteurs vietnamiens. Pour la première fois, le public put entendre sa langue nationale au cinéma. Entre 1945 et 1954, pendant la guerre, beaucoup de films furent mis en scène au Vietnam et en France, ainsi Ni daù ne noi fut tourné en Camargue dans les rizières aménagées dès 1940, par des travailleurs vietnamiens. En 1948, au nord Vietnam, un service cinématographique est organisé dans les régions contrôlées par le gouvernement Ho Chi Minh. Beaucoup de films d'actualités et courts-métrages de propagande sont présentés par des cinémas ambulants. En 1951, le premier documentaire long-métrage réalisé par des cinéastes vietnamiens et chinois, Le Vietnam combattant, montre à la fois la vie quotidienne ponctuée par la guerre et la lutte des maquisards. En 1959 est projeté sur les écrans de Hanoï, le premier grand film nord-vietnamien, Sur la rivière commune, qui montre deux jeunes amants séparés par la frontière qui coupe leur pays en deux. En 1965, Joris Ivens tourne Le Ciel et la Terre, un de ses meilleurs films dans un Vietnam quotidiennement bombardé. A Saïgon seront réalisées diverses productions en collaboration avec la France ou les Etats-Unis : Un Américain bien tranquille de Mankiewicz ou Mort en Fraude de Marcel Camus. Depuis 1975, le Vietnam produit une vingtaine de films par an et une dizaine de courts-métrages. Le cinéaste le plus connu est Trân Van Thuy pour son film Vivre comme il faut.
La musique vietnamienne
Musicalement, le Vietnam se rattache à une grande famille regroupant la Chine, la Corée et le Japon. Ces pays sont largement influencés par la Chine. Cependant, par sa situation géographique et son contact avec la civilisation indienne (venue par la mer), le Vietnam s'est enrichi de « modes » et de rythmes élaborés. La langue vietnamienne comporte des inflexions tonales proches du Thaï, un vocabulaire courant appartenant au groupe môn-khmer et jusqu'au Xe siècle une écriture chinoise (chu han). Cette dernière sera remplacée au XIVe siècle par une autre, chu nôm, puis romanisée trois siècles plus tard. La musique ethnique des minorités utilise des instruments (cithare, xylophone, orgue à bouche, gong, flûte) et des échelles à quatre ou cinq sons. La musique populaire du peuple Viêt (ou Kinh) liée à l'âge et aux événements importants de la vie, est essentiellement vocale sans accompagnement instrumental et à rythmes simples. La musique de cour, de tradition savante, était autrefois en usage à la cour des souverains du pays. Il existait huit musiques de cour : musique pour l'esplanade du ciel, musique des temples, musique des cinq sacrifices, musique des grandes audiences, musique des simples audiences, musique du palais, musique des banquets et musique pour porter secours au soleil et à la lune en cas d'éclipse. Ces musiques étaient exécutées par de grands ensembles de danseurs et musiciens, aujourd'hui disparus depuis 1945. Dans les grandes familles, les fêtes étaient enrichies de musiques et de chants : le ca tru (chant et distribution de tablettes de bambou avec lesquelles on récompensait la chanteuse à chaque phrase musicale et qui étaient échangées contre de l'argent à la fin du concert) ; le ca Hué, musique et chants du centre ; le ca tai tu traditionnellement du Sud. Cette musique de la cour transmise par tradition orale est toujours enseignée dans les conservatoires (Hanoï, Hué et Saïgon). La musique « moderne » regroupe la chanson « révolutionnaire » et l'opéra. La musique vietnamienne utilise la voix qui oblige une technique particulière de vibrato : do hôt, devant imiter fidèlement le bruit d'une perle rebondissant sur un plateau. Les instruments sont variés et classés en plusieurs catégories : aérophones (flûte traversière, flûte droite, orgue à bouche), cordophones (cithare à 16 cordes, luth à 4, à 3 ou à 2 cordes, vièle à 2 cordes), membranophones (tambour en sablier, tambour horizontal), idiophones en bois (bloc de bois, tambour en bois à fente, cloches, cymbales). Le langage musical doit obéir à la hauteur des sons, au respect des intervalles, aux échelles allant de deux à cinq sons. Le rythme est binaire (à deux temps). La musique vietnamienne est monodique (on chante à l'unisson) tandis que la polyrythmie se rencontre dans la musique de théâtre et la musique de cérémonie. Trois grandes lignes se détachent de l'histoire de cette musique : des origines au Xe siècle : instruments en bronze et en pierre ; pendant la période historique : adoption des instruments chinois, diversité des formes musicales (musique de cour, chants de travail) ; période contemporaine : musique de chambre, apport d'instruments occidentaux (mandoline, violon, guitare), musique occidentale (symphonie).


