4 - Histoire
Principales périodes
Principales périodes La Préhistoire (_150 000 à _1 500)
A l'arrivée de Christophe Colomb et des premiers conquistadors espa¬gnols, les terres très fertiles de l'île d'Hispaniola sont depuis déjà long¬temps habitées par d'importantes communautés amérindiennes. Com¬me tous les peuples autochtones d'Amérique, leurs ancêtres venant d'Asie septentrionale avaient franchi le détroit de Béring vers la fin de l'époque glaciaire avant d'occuper la presque totalité du continent améri¬cain, à la faveur de vagues migratoires successives. Dans ce long processus d'occupation du territoire, l'archipel des Antilles, en raison de son isolement géogra¬phique, est convoité plus tardivement. Il semblerait que les premiers habi¬tants seraient venus d'Amérique cen¬trale et du sud du Mexique. On ne connaît toutefois que peu de choses sur ceux-ci, car très tôt, soit au début de notre ère, ils sont rejoints puis conquis ou assimilés par les Taïnos (Arawaks) et les Caraïbes. Quittant les berges du fleuve Orénoque (Venezue¬la) ou la forêt amazonienne, ces deux groupes occuperont graduellement la plupart des îles de l'archipel des An¬tilles, y développant des sociétés structurées et prospères. L'île d'Hispaniola, sauf dans son ex¬trémité orientale peuplée par les Ca¬raïbes, devient principalement une terre d'adoption pour les Taïnos, qui se partagent, au moment de l'arrivée de Colomb, la plus grande partie du terri¬toire en cinq royaumes distincts (Ma¬rien, Magua, Jaragua, Maguana et Higüey). Regroupant plusieurs vil¬lages, chaque royaume taïno a alors à sa tête un grand chef. Les Taïnos vivent sous le modèle du caciquat qui relève du système de la chefferie. Pour le reste, ces sociétés sont divisées en trois strates sociales : un groupe de nobles assure toutes les hautes fonctions temporelles et spiri¬tuelles, tandis que le peuple, aidé d'esclaves, travaille la terre. D'ailleurs, les Taïnos tirent alors principalement leur subsistance de la culture des sols en maîtrisant des techniques sophisti¬quées d'irrigation et de drainage. C'est avec des Taïnos que l'explora¬teur Christophe Colomb noue les pre¬miers contacts sur l'île d'Hispaniola, des Indiens qu'il juge plutôt paci¬fiques. Il reste difficile d'évaluer le nombre d'Amérindiens peuplant l'île d'Hispa¬niola au moment des premières explo¬rations espagnoles. Les estimations les plus courantes sont de l'ordre de deux à trois millions d'individus Quoi qu'il en soit, moins de 50 ans plus tard, en 1535, l'île ne compte plus que quelques douzaines de familles. Ils succombèrent massivement aux ma¬ladies transmises par les Européens, leur système immunitaire ne pouvant les combattre. Puis, ils périrent en grand nombre dans les guerres colo¬niales menées par Christophe Colomb et ses successeurs avant d'être littéra¬lement anéantis lorsque les conquistadors leur imposèrent le travail forcé.
Christophe Colomb, le Découvreur
Le 3 août 1492, le navigateur génois Christophe Colomb, financé par les rois catholiques de Castille et d'Ara¬gon, quitte le port de Palos, en Es¬pagne, à la tête d'une flottille de trois caravelles, la Santa Maria, la Pinta et la Nina. Son but: trouver une nouvelle route pour l'Asie en naviguant vers l'ouest sur l'océan Atlantique. Plus de deux mois plus tard, son ex¬pédition aborde dans une île de l'ar¬chipel des Bahamas que les Amérin¬diens nomment Guanahani. Mar¬quant ainsi, le 12 octobre 1492, la dé¬couverte officielle de l'Amérique, Co¬lomb et ses hommes se croient alors au large de l'Asie du Sud-Est. Pendant quelques semaines, Guana¬hani et les îles avoisinantes sont explo¬rées, ce qui donne lieu aux premiers contacts avec les autochtones, avant que l'expédition de Colomb ne se dirige vers Cuba. Après en avoir longé les côtes, les trois caravelles naviguent vers une autre île que certains Amérin¬diens dénomment alors « Tohio ». Au matin du 6 décembre 1492, cette autre île est découverte par Colomb et baptisée « Isla espagnola » ou Hispa¬niola. Colomb est séduit par la beauté d’Hispaniola et Il en fait maintes fois l’éloge dans son journal de bord. Longeant lentement d’est en ouest la côte nord de l’île, d’où il lance quelques explorations du territoire, il prend contact avec les autochtones qu’il juge d’abord très pacifiques et accueillants. L’île d’Hispaniola lui apparaît propice dune première colonie espagnole sur le continent américain surtout depuis, qu’on a décelé sen ce de dépôts d’or dans certaines de ses rivières. Le naufrage fournit le prétexte à la fon¬dation d'un petit fort A l’aide des débris construisent une fortification qui est terminée le jour de Noël 1492 prend le nom de fort de la Nativité. Quelques semaines plus tard Christophe Colomb repart vers l’Espagne rendre des comptes aux souverains espagnols il laisse derrière lui 39 soldats sous le commandement de Diego de Arana. Cette première installation espagnole tourne rapidement au désastre. Un conflit éclate entre les deux groupes, dans lequel les autochtones ont aisément le dessus. Lorsqu'une dizaine de mois plus tard Christophe Colomb revient sur l’île avec 1 500 hommes, il ne reste aucune trace du fort et de ses 39 soldats. En guise de représailles, Colomb ordonne les premières expéditions punitives qui par la suite entraîneront la mort de milliers d'autochtones. Il impose plus tard le travail forcé et va même jusqu'à déporter des Indiens pour qu'ils y soient vendus comme esclaves. Le Découvreur lance lui-même le processus devant conduire, dans les décennies suivantes, à l'extinction complète des autochtones d'Hispaniola. Le deuxième voyage de Christophe ¬Colomb en Amérique a pour but de fonder une véritable cité sur Hispaniola. Colomb et ses 1 500 hommes pourvus en matériel, semences et animaux de ferme choisissent un site non loin de l’actuelle ville de Puerto Plata pour fonder en 1493 La Isabella, première ville espagnole en Amérique. Elle reste pendant quelque temps le centre de la colonie avant d'être abandonné à la suite de famines et d’épidémies. Petit à petit, quelques forts sont érigés plus au centre du pays pour contrôler l'installation de l'exploitation des gisements d'or. Puis, en 1496, Bartolomé Colomb le frère cadet de Christophe fonde Santo Domingo qui devient le siége de cette jeune colonie. En 1500, Christophe Colomb est destitué de ses fonctions de vice-roi des Indes lorsque Francisco de Bobadilla, chargé d’enquêter par la reine Isabelle¬, l’accuse de mal administrer la co¬lonie, de tuer inutilement les Amérindiens et de favoriser la traite des esclaves.
De l’or et du sucre
Pendant le premier quart de siècle de la colonisation espagnole, l’exploitation des gisements d’or est à la base de l’économie d'Hispaniola. Bien que le système des « encomiendas » doive servir à les protéger des abus, les Amérindiens sont utilisés comme main-d’œuvre servile dans ces mines. Leurs conditions de vie sont à tel point pénibles qu'ils succombent en grand nombre et que les Espagnols doivent même avoir recours à d’autres esclaves dans les îles voisines. Christophe Colomb avait introduit sur l’île des troupeaux de bovins qui s’étaient depuis multipliés et différentes semences, dont des plants de canne à sucre qui s'adaptent remarquablement bien au climat de l’île. La canne à sucre devient alors le plus im¬portant produit d'exportation d'Hispaniola et de fait le coeur de son éco¬nomie. Les exploitations sucrières exigent une main-d’œuvre abondante, dont l'île est complètement dépourvue. Les Espa¬gnols ont alors largement recours à des esclaves provenant d'Afrique, si bien que, déjà vers le milieu du XVIe siècle, la population africaine d'Hispa¬niola s'élève à près de 30 000 personnes. La prospérité engendrée par la canne à sucre ne dure cependant pas très longtemps dans les dernières décen¬nies du XVIe siècle, la part des produc¬tions sucrières de l'île commence à décliner sur les marchés européens à la faveur des exploitations brési¬liennes. Un second exode de colons espagnols s'ensuit tout naturellement. La canne à sucre et l'élevage de bo¬vins demeurent néanmoins les pivots de l'économie d'Hispaniola, devenue une colonie d'une importance margi¬nale pour l'Espagne.
Pirates et boucaniers
Comme la Couronne espagnole se désintéresse de l'île et paye très mal pour l'achat des produits locaux, les habitants d'Hispaniola se tournent alors vers les contrebandiers pour écouler leur marchandise, une situa¬tion qui a tôt fait de déplaire aux auto¬rités de la métropole. Afin de reprendre le contrôle de l'île, tous les colons es¬pagnols sont obligés de se regrouper dans l'est, aux abords de Santo Do¬mingo, et d'abandonner le reste du pays. Cette mesure radicale est impo¬sée par l'armée espagnole en 1603 et en 1604. L'extrémité occidentale de l'île, dès lors complètement laissée à elle ¬même, attire quelques années plus tard des flibustiers d'origine française, dont plusieurs décident de s'y installer en permanence afin de tirer profit des grands troupeaux de bovins sauvages peuplant ces régions. Un commerce très profitable s’établit entre les flibus¬tiers, les boucaniers, qui abattent les bovins pour transformer leur peau en cuir, et les pirates, qui s'occupent d'acheminer cette marchandise jusqu'en Europe. Malgré plusieurs expéditions puni¬tives, jamais l'Espagne ne parvient à mettre fin à ce commerce. Profitant de cette activité, la France réussit gra¬duellement à s'imposer sur cette par¬tie de l'île, qui devient officiellement possession française en 1697, lors de la signature du traité de Ryswick. Demeurant sous la gouverne de l'Es¬pagne, l'est de l'île traverse, pour sa part, plusieurs décennies de grandes difficultés économiques avant de re¬trouver une relative prospérité vers le milieu du XVIIIe siècle. Ce partage de l'île entre l'Espagne et la France est à l'origine de la naissan¬ce des deux nations distinctes qui for¬ment actuellement l'île d'Hispaniola, la République Dominicaine et la Répu¬blique d'Haïti.
La marche vers l'indépendance
L'an 1789 est marqué par la Révolution française, dont les échos parviennent jusque dans l'île d'Hispaniola. En 1791, stimulée par ce vent de renou¬veau et par l'effritement du contrôle de la France, une révolte d'esclaves, conduite par Toussaint L'Ouverture, éclate dans la colonie française de l'ouest de l'île. Á Santo Domingo, les colons espagnols s'engagent du côté des insurgés. Mais les choses chan¬gent radicalement lorsqu'en 1794 la France abolit officiellement la pratique de l'esclavage. Du coup, les troupes de Toussaint L'Ouverture font volte-face pour s'allier aux Français afin de combattre la colonie espagnole de l'est de l'île. Complètement débordée, l'Espagne doit céder Santo Domingo à la France en 1795, qui devient maître de l'ensemble de l'île pour quelques années. Dans les années suivantes, la France, dirigée par Napoléon Bonaparte, com¬bat l'autonomisme affiché par le gou¬vernement de Toussaint L'Ouverture. Une expédition militaire française est envoyée dans l'île en 1802, faisant prisonnier Toussaint L'Ouverture pour l'amener en Europe. Mais la lutte pour l'autonomie ne s'ar¬rête pas ainsi dans l'ouest de l'île. En fait, elle reprend de plus belle, cette fois-ci sous le commandement de Jean-Jacques Dessalines. En peu de temps, les forces françaises sont mises en déroute par les rebelles, alors qu'est proclamée en 1804, la République d’Haïti. Les Français conservent d'abord le contrôle de l'ensemble de l'île, mais aidés de troupes britanniques en guerre contre la France de Napoléon, les colons espagnols redonnent Santo Domingo à l’Espagne en 1809. Les autorités espagnoles se désintéressent du développement de cette lointaine colonie et devant cette situation, les colons de Santo Domingo proclament leur indépendance en 1821. L’année suivante, l’armée d’Haïti traverse la frontière pour envahir Santo Domingo. Pendant plus de 20 ans soit jusqu’en 1844, les Haïtiens prennent le contrô¬le de l'ensemble d’Hispaniola. La domination haïtienne commence à fléchir à la fin des années 1830, lorsqu’une organisation secrète lance ses premières attaques contre l'armée d'Haïti. Cette organisation, connue sous le nom de" La Trinitaria " est di¬rigée par trois hommes Juan Pablo Duarte, Ramon Mella et Francisco del Rosario Sànchez. Après quelques années de combats, l'armée haïtienne se retire de l'est de l'île, qui peut enfin proclamer sa souveraineté Le 27 février 1844. Ce nouveau pays indépendant prend le nom de" République Dominicaine " Les années d'incertitude (1844-1916) Avec la fin de la guerre d'indépendan¬ce, les rebelles de La Trinitaria doivent bientôt faire face à l’opposition, au sein même du pays, de plusieurs groupes armés désirant prendre le contrôle de la nouvelle république. Á ce jeu, les membres de La Trinitaria sont rapidement perdants, si bien que déjà en septembre 1844, ils sont exclus du pouvoir. Les luttes se poursuivent par la suite, opposant principalement les fidèles du général Pedro Santana à ceux du général Buenaventura Bàez. Pendant plus d’un quart de siècle, ces deux chefs militaires s’échangent le pouvoir à la faveur de sanglantes guerres civiles. La République Dominicaine perd même son indépendance pendant quelques années, lorsqu’en 1861, le général Santana remet le contrôle du pays à l’Espagne. Pour les Dominicains la suite de mal chances se poursuit avec l'arrivée du général Ulisses Heureaux à la présidence de la République en 1882 ins¬taurant un terrible régime dictatorial. Heureaux demeure au pouvoir jusqu'à son assassinat, en 1899. Sa gestion des affaires internes s'avère à tel point mauvaise qu'elle est à l'origine d'une cascade de crises économiques. Les difficultés économiques du pays s’accentuent un peu plus avec l’instabilité et le chaos politique provoqués par la succession rapide de plusieurs gouvernements à la suite de la mort du général Heureaux. C’est alors que les Etats-Unis interviennent pour la première fois directe¬ment dans l'arène politique dominicaine, un précédent qui se répétera à plusieurs reprises par la suite. Craignant qu'une nation européenne ne profite de l'anarchie économique pour reprendre pied dans l'île, les Etats-Unis, nouvelle puissance impérialiste dans les Antilles s’arrogent un droit de regard sur la gestion économique et les douanes dominicaines
L'occupation américaine (1916-1924)
Les tentatives des Etats-Unis pour accroître leur contrôle sur l'économie do¬minicaine conduisent à une impasse politique : en novembre 1915, les autorités légales du pays font clairement savoir aux Américains quelles n’ont pas l’intention de céder à leurs pressions. La réplique américaine ne se fait attendre. En mai 1916, le gouverne¬ment des Etats-Unis ordonne l'invasion de la République Dominicaine. Rapidement les marines américains occupent Santo Domingo et les princi¬pales villes du pays, puis imposent le démantèlement de l'armée dominicaine et le désarmement de la population. Sous l’occupation américaine, qui dure huit ans, la structure de l'écono¬mie dominicaine est remaniée afin de répondre aux attentes des occupants. Ainsi, comme la Première Guerre mon¬diale fait craindre aux Américains une pénurie en sucre, la République Dominicaine est poussée à accentuer sa spécialisation dans l'exploitation de la canne à sucre au détriment d'autres produits. Les Américains lèvent les barrières commerciales restreignant l'entrée de leurs produits sur les mar¬chés dominicains, ruinant ainsi plu¬sieurs petites entreprises locales inca¬pables de subir cette concurrence. L'occupation a cependant certains as¬pects positifs, entre autres l'extension des réseaux routiers et ferroviaires du pays, et l'amélioration du système d'éducation. Les Américains quittent finalement le territoire dominicain en 1924, laissant derrière eux comme récompense à leurs alliés un semblant de légitimité politique et une puissante Garde na¬tionale.
La dictature de Trujillo (1930-1961)
Horacio Vâsquez gagne en 1924 la première élection libre à se tenir en sol dominicain. Cet épisode démocra¬tique n'est que de courte durée, car, en 1930, le chef de la Garde nationale du pays, le général Rafael Leonidas Trujillo, prend le pouvoir par les armes et devient le maître d'oeuvre de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire du pays. Tout au long de son règne, Trujillo, secondé par la Garde nationale et par un solide réseau d'espionnage, impo¬se une dictature absolue basée sur l'utilisation constante de la violence, d'intimidations, de meurtres poli¬tiques, de la torture, de déportations et d'élections truquées. En fait, le régime de Trujillo est certainement l'une des plus terribles dictatures de l'histoire de l'Amérique latine. Trujillo parvient à conduire les affaires du pays comme s'il s'agissait de ses propres affaires, et la République Do¬minicaine en vient au bout d'un temps à ressembler littéralement à son fief personnel. Le dictateur exerce ainsi un contrôle quasiment total sur le développe¬ment de l'industrie dominicaine. Par¬tout dans l'île, fleurissent des portraits et des statues célébrant la grandeur du Generalissimo Trujillo. La capitale du pays, Santo Domingo, est même rebaptisée « Ciudad Trujillo » en 1936. Avec Haïti, les relations sont extrême¬ment tendues sous Trujillo, car le rejet d'Haïti et de son appartenance à la cul¬ture noire est alors l'un des éléments centraux du nationalisme domi¬nicain. En fait, pour Trujillo, le peuple dominicain a en quelque sorte une mission civilisatrice sur l'île. Les re¬lations entre les deux pays se détério¬rent davantage lorsqu'en 1937 environ 20 000 Haïtiens habitant la République Dominicaine sont massa¬crés par la Garde nationale sur ordre de Trujillo. Malgré cela, le dictateur parvient à conserver longtemps d'excellents rap¬ports avec les Etats-Unis, en offrant de bonnes conditions aux investisseurs américains et en se faisant un cham¬pion de la lutte contre le communisme. Vers la fin des années cinquante, Tru¬jillo devient cependant un allié beau¬coup trop encombrant pour les Améri¬cains, car, à Washington, on com¬mence à craindre que l'extrême bruta¬lité de son régime n'ait pour effet de sti¬muler et de donner plus de crédit aux révolutionnaires communistes de l'en¬semble de l'Amérique latine. Puis, Tru¬jillo s'aliène définitivement les Améri¬cains en 1960 à la suite de la tentative avortée d'assassinat du président vé¬nézuélien Romulo Bétancourt. Dès lors, ses jours sont comptés. Le 30 mai 1961, après plus de 30 ans, cette terrible dictature prend fin par l'assassinat de Trujillo. A sa mort, le général est considéré comme l'un des 10 hommes les plus riches du monde, possédant environ 600 000 ha de terres productives et une fortune personnelle évaluée à 500 millions de dollars américains
La seconde invasion américaine
Après la mort de Trujillo, le vice-prési¬dent du pays, Joaquîn Balaguer, prend les commandes du gouverne¬ment. Il doit cependant céder sa place à un Conseil d'Etat, qui organise une élection présidentielle le 20 décembre 1962, que remporte Juan Bosch du Parti dominicain de libération. Le man¬dat du nouveau président est de très courte durée, car, voyant que Bosch va très loin dans le rétablissement des libertés civiles, l'armée le renverse par un coup d'Etat en septembre 1963. Le 24 avril 1965, après deux ans d’une gestion économique désastreuse, les classes populaires de plus en plus insatisfaites aidées d'une faction dissidente de l'armée se soulèvent pour rétablir l'ordre constitutionnel. Inquiet de la tournure des événements et prétextant que le mouvement des insurgés est infiltré par les communistes, le gouvernement américain réagit en envoyant ses marines à la rescousse des militaires dominicains pour mettre fin à cette « révolution ». Les combats s’engagent faisant de nombreux morts mais bientôt les rebelles doivent baisser pavillon. Peu après, un gouvernement provisoire dirigé par Hector Garcia Godoy est instauré. Puis, à la suite d’une élection manipulée en juin 1966 Joaquin Balaguer ancien compagnon d’armes de Trujillo est élu président du pays.
L'époque contemporaine
Balaguer demeure à la tête du pays pendant 12 ans en étant réélu en 1970 et en 1974 lors d’élections encore une fois manipulées où l’opposition renonça même à présenter des candidats. Tout au long de ces années, il gouverne de façon autoritaire en ayant largement recours à l’intimidation pour asseoir son pouvoir. Les choses commencent à changer avec l'élection de 1978. Alors que le Parti révolutionnaire dominicain, le PRD, présente Antonio Guznmàn pour affronter Balaguer, le peuple do¬minicain est prêt au changement. Mais Balaguer n'a pas l’intention de laisser lui échapper le pouvoir sans ré¬agir. Le jour de l’élection comme les résultats semblent largement favoriser Antonio Guzmân, Balaguer tente un nouveau coup de force en mettant fin au dépouillement des votes. La ma¬noeuvre faillit réussir, mais à la suite des pressions de l’extérieur provenant notamment des Etats-Unis, Balaguer doit finalement s’avouer vaincu. Antonio Guzmàn demeure au pouvoir jusqu’en 1982. Sa présidence se termine toutefois sur une note tragique lorsqu'il se suicide en apprenant que certains de ses plus proches collaborateurs ont été impliqués dans des détournements de fonds publics. Après un intérim de quelques mois le renouveau chef du PRD, Salvador Jorge Blanco est élu président et le demeure jusqu’en 1986. Au cours des mandats de Guzmân et de Blanco les libertés civiles sont largement restaurées au pays, ce qui contribue à la popularité des deux hommes. Avec l'effondrement des marchés du sucre et la haus¬se vertigineuse des prix du pétrole, la République Dominicaine traverse une période une crise économique sévère conduisant à une très grande insatisfaction de la population. Mais le coup de grâce est donné à la crédibilité du PRD lorsque son président, et pré¬sident du pays, Salvador Jorge Blanco est personnellement reconnu coupable de corruption. Les Dominicains désabusés face à un vide politique inouï, choisissent en 1986 de réélire l'ancien dictateur dé¬sormais octogénaire, Joaquin Balaguer. Celui-ci gagne également l’élection en 1990 face à une opposition complètement désorganisée et divisée. Il garde une nouvelle fois le pou¬voir en 1994, mal¬gré les accusations d'avoir trafiqué les résultats de l'élection en sa faveur. La victoire lui est finalement concédée mais il doit promettre de tenir une élection anticipée, après un mandat de deux ans. Au cours de ces derniers mandats de 1986 à 1996, Balaguer dirige le pays de façon beaucoup moins autoritaire qu'auparavant. L’élection de 1996 devait être l'affaire de José Francisco Pena Gômez du Parti Révolutionnaire Dominicain, tendance social démocrate dont tous prédisaient la victoire. Une alliance inattendue au deuxième tour des présidentielles entre le Parti Réformiste Social ¬Chrétien et le Parti Dominicain de Libération devait toutefois permettre au candidat du PDL, Lionel Fernàndez de remporter une courte victoire devant Pena Gômez. Ce dernier, princi¬pal leader de l'opposition décède le 10 mai 1998, une semaine avant de nouvelles élections.
La République Dominicaine aujourd'hui
Depuis le premier voyage de Chris¬tophe Colomb en Amérique, en 1492, plus de cinq siècles se sont écoulés, ayant permis l'émergence d'une na¬tion dominicaine indépendante. Mais comme la majorité des peuples de l'Amérique latine, les Dominicains doi¬vent toujours continuer à se battre pour gagner une véritable émancipation politique, économique et sociale. Ils doivent également toujours faire face aux nombreuses incertitudes pla¬nant sur l'avenir de leur pays. Quels que soient les choix qui seront faits dans l'avenir, le pays devra d'abord savoir tenir et tirer profit de l'extraordinaire jeunesse de sa population
Les balbutiements de la démocratie
Au cours des dernières années, la vie politique au pays a été surtout mar¬quée par l'impatience croissante des classes populaires, de plus en plus exaspérées par la corruption générali¬sée qui touche les plus hautes sphères de l'appareil gouvernemental et par l'imposition d'un plan d'austérité éco¬nomique qui réduit leur pouvoir d'achat. Á l'automne de 1990, puis en Juillet 1991, la population manifeste son mécontentement en déclenchant une série de grèves, brutalement ré¬primées par le gouvernement de Bala¬guer, qui, bien que moins autoritaire qu'auparavant, n'hésite pas à utiliser l'armée. Ces troubles sociaux, qui secouent ré¬gulièrement la vie politique de la Ré¬publique Dominicaine, prennent leur source dans un profond malaise propre à plusieurs sociétés d'Amérique latine : l’immense fossé qui sépare les riches des pauvres. Actuellement, en République Dominicaine une minorité d'individus jouit de fabuleuses conditions matérielles, tandis que la majori¬té vit dans une très grande pauvreté. Cette marginalisation d'une grande partie de la population constitue un frein puissant à toute tentative réelle de démocratisation. D'autre part, le gouvernement de la République Dominicaine était encore tout récemment accusé sur la scène internationale d'être complice de la terrible exploitation des braceros (cou¬peurs de canne à sucre) haïtiens. Dans bien des cas, encadrés par des gardes armés, ces milliers d'Haïtiens travaillaient pour des revenus déri¬soires leur permettant à peine de sub¬venir à leurs besoins. Le gouverne¬ment dominicain promit à maintes reprises de régulariser leur situation, puis décida, en Juin 1991, d'expulser tous les travailleurs illégaux vers Haïti. La situation actuelle est assez floue, et le gouvernement actuel soutient que ce type d'exploitation n'existe plus, mais un grand nombre d'Haïtiens sont néanmoins restés en République Do¬minicaine.




