9 - Villes
Les principales villes
Les principales villes Tripoli
Tripoli (Trablous, en arabe), en dehors des circuits touristiques, vous permettra d?aborder l?architecture islamique classique dont elle constitue un des fleurons à l?échelle régionale. Cette cité portuaire active, ouverte depuis toujours sur un arrière-pays rural et montagnard auquel elle sert de débouché, est la deuxième ville du pays par sa population et la capitale de la province du Nord-Liban. Une journée complète doit être consacrée à la visite de la ville. Vous pouvez bien sûr faire l?aller-retour depuis Beyrouth dans la journée, puisque les deux villes ne sont séparées que de 85 km. Si vous souhaitez musarder dans les collines du Akkar qui dominent le littoral au nord, prenez alors un jour de plus. Tripoli est également le point de départ d?une excursion à la vallée de la Kadicha.
Tripoli dans l?histoire
Des Phéniciens aux Arabes
Quoique les sources historiques et quelques vestiges archéologiques permettent d?affirmer qu?un établissement humain existait déjà 14 siècles avant J.-C., l?histoire de Tripoli ne peut être suivie avec précision qu?à partir du IXe siècle avant notre ère. C?est en effet l?époque à laquelle les Phéniciens établissent sur la pointe occidentale de la presqu?île un comptoir qui va devenir à l?époque perse le siège d?une confédération regroupant Sidoniens, Tyriens et Aradiens (de l?île d?Arouad, au sud de la Syrie), d?où le nom grec de la ville, Tripolis, c?est-à-dire « la ville triple ». Le site, doté d?anses naturelles et protégé par un chapelet d?îlots qui s?égrène face au rivage, commande l?une des voies militaires et commerciales les plus importantes de la région. Il semble cependant que Tripoli, dont on suppose que le nom phénicien était Kadytis, n?eut jamais l?importance des autres cités du littoral. Durant l?époque hellénistique, sous les successeurs d?Alexandre le Grand, Tripoli est un port important et accède à une certaine autonomie. Mais c?est surtout sous les Romains que la ville atteint l?apogée de son développement antique et se pare de nombreux monuments. Cette florissante cité ne résista malheureusement pas au tremblement de terre suivi d?un raz de marée qui toucha le littoral en 551. Au moment des conquêtes arabes du VIe siècle, contrairement à bien des localités de la région habitées par des chrétiens de diverses sectes hérétiques, les habitants orthodoxes de Tripoli n?accueillent pas volontiers les armées musulmanes et s?enfuient par la mer avec l?aide de l?empereur byzantin. La ville doit donc être repeuplée par les Omeyyades qui y installent une garnison et une communauté juive. En partie reconstruite, Tripoli devient alors une importante base navale à l?instar des autres ports côtiers qui servent d?arsenal à Damas. Sous les Fatimides, ses activités portuaires se doublent d?un rôle culturel majeur à l?échelle du monde islamique. Mais les croisés, commandés par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, l?assiègent durant 10 ans et finissent par l?occuper en 1109, brûlant de nombreux monuments dont sa fameuse Maison de la Science, une bibliothèque qui abritait 100 000 manuscrits d?une valeur inestimable. Après cette destruction initiale, les Francs font de la ville un port actif, ouvert sur l?Italie, qui développe et exporte un artisanat local de verrerie et de tissage. Capitale du Comté de Tripoli dotée d?une citadelle, le château Saint-Gilles, la ville est aussi siège d?évêché. Elle renoue avec sa tradition intellectuelle et redevient, cette fois-ci pour la chrétienté, un centre religieux et culturel où l?on enseigne la médecine et la philosophie. Les croisés doivent l?abandonner au sultan mamelouk Kalaoun en 1289. Ce dernier ordonne de raser la vieille ville établie sur la presqu?île d?el-Mina et d?en construire une nouvelle 3 km à l?intérieur des terres, au pied du château franc. C?est de cette époque que date le réseau urbain et la plupart des monuments qui donnent son cachet islamique à la ville. En effet, la basse extraction des sultans mamelouks, d?origine servile, les amène à chercher dans l?architecture une légitimation de leur pouvoir. Aux XIVe et XVe siècles, c?est dans leur capitale du Caire qu?ils mettent en ?uvre une politique d?aménagements prestigieuse. Mais seule Tripoli, entièrement détruite après qu?elle ait été reprise aux croisés, est une création entièrement mamelouke. Après 1516, la ville fut toutefois embellie par les Ottomans et ne cessa d?être un centre prospère, favorable à la domination des Turcs qui l?ouvrirent à nouveau sur l?Occident et ses marchands français ou vénitiens. En particulier, elle accueillit une importante communauté de juifs séfarades fuyant l?Inquisition suite à la reconquête chrétienne de l?Espagne au XVe siècle. L?agglomération moderne, qui compte environ un demi-million d?habitants, s?est industrialisée : port de commerce, raffinerie de pétrole, etc. La zone portuaire d?el-Mina recouvre la ville antique sur la presqu?île et rend les fouilles archéologiques difficiles. Le centre commercial est toujours situé au pied du château croisé et s?est développé autour des structures médiévales dont la plupart sont conservées. Les vergers d?orangers qui séparaient les deux quartiers de la ville ont progressivement disparu. La ville s?est illustrée en 1958 lors de l?insurrection contre le gouvernement central de Beyrouth suite à laquelle les Marines américains vinrent prêter main-forte à l?armée libanaise. D?une population majoritairement sunnite, Tripoli a souffert de la guerre et des affrontements entre clans locaux, entre factions palestiniennes, entre Palestiniens des camps et armée syrienne, etc. Rachid Karamé, Premier ministre, enfant de la ville et membre de la famille dominante de la région, fut d?ailleurs assassiné en 1987
Tripoli, ville mamelouke
La société islamique a engendré certains éléments urbanistiques qui lui sont propres et en a hérité d?autres de l?Antiquité. La Tripoli mamelouke en est un excellent exemple. On note d?abord la prépondérance de la mosquée, soit simple oratoire soit grande mosquée où se tient le prône du vendredi qui a aussi une fonction politique puisque y est manifestée l?obédience au souverain. C?est autour des 9 mosquées de la ville que gravitent la plupart des activités publiques, religieuses et séculières. Les 16 madrasas, établissements d?Etat d?enseignement théologique ou profane, sont installées aux alentours et jouent un rôle important dans l?affirmation de l?orthodoxie sunnite dans une région à forte minorité chiite. Elles sont dotées par des membres de l?aristocratie, des associations religieuses ou des femmes et portent le nom de leur fondateur qui s?y fait enterrer dans un mausolée adjacent. 2 hôpitaux et 3 hammams sont aussi érigés dans les différents quartiers par des particuliers, témoignant que l?évergétisme en usage dans l?Antiquité se perpétue. Autour de ces bâtiments, le souk est le centre commercial et artisanal, lieu exclusivement masculin dont la zone d?habitat est séparée. Il est divisé entre corporations. Comme le bain, il est un héritage du monde antique méditerranéen où existent déjà les rues à échoppes, les cours intérieures à arcades ou les halles couvertes. Les khans sont concentrés dans la partie nord du souk, plus accessible aux routes de commerce avec la Syrie. Ce sont des monuments publics construits par les autorités qui peuvent servir de comptoir pour le commerce de gros ou de dépôt de marchandises, parfois d?auberge. Les forgerons, dinandiers (qui martèlent le cuivre), orfèvres, argentiers, graveurs, souffleurs de verre, artisans du cuir, menuisiers ont leurs échoppes dans le souk. Par contre, les tanneurs, teinturiers, tisserands ou potiers sont installés dans les quartiers périphériques bien que leurs réalisations soient vendues dans le souk. A Tripoli, ville de province, on ne trouve pas de palais. Les mamelouks sont une dynastie guerrière qui construit des casernes et renforce la citadelle. Tous les bâtiments publics sont en pierre de taille locale jaunâtre parfois agrémentée de pierre noire. Dans les mosquées et les madrasas, la coupole coiffant l?espace devant le mihrab (niche indiquant la direction de La Mecque) et celui de l?iouane (vaste niche ouverte sur un côté) sont d?influence persane et remplacent les salles basilicales omeyyades et abbassides héritées des Byzantins. Plusieurs motifs décoratifs sont typiquement islamiques comme les entrelacs géométriques en marqueterie de marbre ou les moukarnas (alvéoles de pierres). Polychrome, sculpté en bas relief, épigraphique ou en arabesques, le décor architectural n?est que rarement figuratif, dans la tradition sémitique qui se méfie de la représentation du vivant, surtout dans les édifices religieux. La calligraphie monumentale s?y substitue alors d?autant que l?écriture est valorisée en tant que vecteur de la parole divine.
Visiter Tripoli
La vieille ville
La description qui suit ne se veut pas exhaustive ; il existe de nombreux khans, hammams et madrasas (écoles coraniques) d?importance secondaire et parfois difficiles à trouver qui ne seront pas cités ici. Toujours est-il que tous les monuments historiques, une trentaine au total, sont munis de plaques de cuivre qui indiquent leur nom et la date de leur construction et n?ont pas d?heures d?ouverture officielles. Si la porte est close, adressez-vous au commerçant le plus proche qui saura vous procurer la clé. Commencez plutôt la visite le matin par la vieille ville lorsqu?elle est toute bruissante de ses activités commerciales et artisanales. Ce quartier, qui s?ouvre sur la place de l?Horloge, construite en 1901, constitue le c?ur de Tripoli. N?hésitez pas, au détour des ruelles du vieux souk, à faire vos achats dans des boutiques parfois minuscules où s?accumulent les marchandises et les denrées les plus diverses. Les prix sont bien plus bas qu?à Beyrouth et la ville est réputée pour ses bijoutiers, son savon à l?huile d?olive, ses narguilés et ses objets en cuivre martelé. Prenez votre temps pour regarder et parler aux artisans, personne ne vous harcèlera et l?on vous offrira sans doute un café de bienvenue qui ne vous engage à rien. Tout le réseau de ruelles étroites et de venelles date de l?époque mamelouke, entre le XIVe et le XVe siècle. La plupart des monuments importants sont situés dans ce quartier ou à proximité. Débutons ce circuit par la grande mosquée, située à l?est du rond-point par lequel on entre dans la ville en venant de Beyrouth. Il vous faudra bien sûr la visiter en dehors des heures de prière et être décemment vêtus (foulard pour les femmes). Cette mosquée du tout début du XIVe siècle n?est pas la plus remarquable de la ville mais témoigne bien des préoccupations successives. Construit sur une cathédrale croisée antérieure, le bâtiment consiste en une vaste cour entourée de portiques donnant sur une salle de prière couverte de voûtes et d?une coupole. On y repère quelques éléments d?architecture occidentale parmi lesquels le portail nord et la tour du clocher de style lombard transformée en minaret. Les nombreuses plaques inscrites, incrustées dans les murs, fournissent des informations sur le monument autant que sur des détails de la vie quotidienne de l?époque mamelouke. Adjacente à la mosquée, à son angle sud-est, la madrasa Kartaouiya est de même époque. Elle compte parmi les monuments les plus décorés de Tripoli. Son portail d?entrée est orné de moukarnas et de panneaux de marbres polychromes et sa salle de prière est couverte d?une coupole ovale. Une partie du baptistère de la cathédrale croisée y a été réutilisé. Sur la rue principale sur laquelle ouvre la mosquée, vous remarquerez une série de cinq portails polychromes qui sont autant d?entrées de madrasas mameloukes. En continuant votre promenade vers l?intérieur du souk, à votre droite après la mosquée, le hammam Nouri fut construit vers 1330. Sur la rue, à gauche, la madrassa Touachiya, doublée d?un mausolée, a été construite durant la seconde moitié du XVe siècle. Le mur de façade, avec ses assises alternées de grès et de basalte noir, est dominé par la porte dont le sommet, en forme de coquille, est décoré de zigzags rayonnants, de pendentifs et de colonnettes torsadées presque baroques. Vous atteindrez ensuite le khan es-Saboun, ou caravansérail du savon, industrie pour laquelle Tripoli est réputée grâce à l?huile d?olive utilisée dans sa fabrication et qui est produite en grande quantité dans l?arrière-pays. Le nom de ce khan est assez récent car il fut originellement élevé au XVIIe siècle pour abriter une caserne. La cour fraîche et ombragée offre un agréable lieu de halte. A proximité, le hammam el-Aabd, construit à la fin du XVIIe siècle, est encore en activité (pour les hommes seulement). Avec ses coupoles à bulles de verre, il illustre la disposition et l?ambiance des bains publics mamelouks et ottomans. En bifurquant ensuite vers l?est, vous apercevrez au-dessus des toits deux minarets : l?un octogonal, appartient à la mosquée Aabd el-Ouahid de style mamelouk, l?autre, rond, est celui de la mosquée Ouayssiya d?époque ottomane. Au nord de cette dernière, le khan el-Khayyatine date de la première moitié du XIVe siècle et fut construit sur les ruines d?un édifice plus ancien pour abriter les échoppes de tailleurs qui n?ont cessé d?y travailler depuis l?époque. Aujourd?hui restauré, il consiste en une longue allée couverte, bordée de boutiques et de chambres à l?étage. Juste devant l?entrée ouest se dresse une colonne de granit surmontée d?un beau chapiteau corinthien en marbre. En face, le hammam Eïzz ed-Dine fut offert à la ville par son gouverneur éponyme, mort en 1298, dont la sépulture se trouve dans un mausolée adjacent. Ce bain public occupe l?emplacement de l?église et de l?hospice Saint-Jacques datant de l?époque des croisades. Le porche conserve encore une plaque portant le nom du saint entre deux coquilles, tandis que le linteau de la porte est orné de l?agneau pascal. Partiellement détruit et hors d?usage, le hammam est en cours de restauration. Au nord-ouest du khan el-Khayyatine, le khan el-Misriyyine était utilisé par les commerçants égyptiens et paraît avoir été construit durant la première moitié du XIVe siècle. Il adopte la disposition classique des établissements similaires avec une cour à ciel ouvert, comprenant un bassin central et entourée de magasins au rez-de-chaussée et de chambres à l?étage s?ouvrant sous des portiques. Juste derrière, la mosquée Aattar (du Parfumeur) se reconnaît à son minaret mamelouk carré. Vous rejoindrez alors la limite est de la vieille ville pour vous diriger vers le nord en longeant la rive bétonnée et fort souillée du Nahr Abou Aali et atteindre le souk el-Haraj, un marché couvert du XIVe siècle occupé de nos jours par des matelassiers. Ses voûtes d?arêtes s?appuient sur 14 colonnes de granit qui semblent avoir appartenu à une structure plus ancienne. Dans le même quartier, se trouve également un ensemble constitué de deux mosquées, Taouba (XVIIe siècle) et Dabbaghine (XVe siècle), ainsi que du khan el-Aaskar, une ancienne caserne (XIVe siècle). En revenant sur nos pas, le long de la rivière, se trouve un remarquable édifice construit en retrait du souk. La mosquée-madrasa Bourtassiya, qui date du début du XIVe siècle, est couverte de coupoles soutenues par ces éléments typiques de l?architecture islamique, les moukarnas. Son mur sud est orné de marbres polychromes et comporte un mihrab richement décoré d?une mosaïque dorée. Le minaret carré, orné de baies géminées, est construit immédiatement au-dessus de la porte. Remarquez aussi l?élévation importante de sa coupole. Avant de continuer l?exploration des souks, vous pouvez visiter le château Saint-Gilles (kalaat Sanjil) qui domine la ville de sa masse (le château est ouvert tous les jours). Elevé par le comte Raymond de Saint-Gilles à partir de 1100, il a été l?objet de nombreux ajouts et réfections au cours de son histoire qui en font un véritable labyrinthe. Il reste donc peu de vestiges de l?époque croisée. Entre autres, on peut y voir une porte d?entrée mamelouke gravée d?inscriptions ottomanes, une construction octogonale d?époque fatimide, un pilier qui est le dernier témoignage d?une église croisée. Toutefois, l?état actuel de cette puissante forteresse de 140 m de long sur 70 m de large doit beaucoup aux grands travaux de restauration entrepris par le gouverneur ottoman de Tripoli au début du XIXe siècle. Enfin, des fouilles effectuées à l?intérieur du château ont révélé un certain nombre de vestiges remontant aux âges de bronze et de fer ainsi qu?aux époques romaine et byzantine. Cette position était donc occupée depuis la plus haute antiquité, ce qui ne surprend guère lorsqu?on admire la vue qu?elle offre de tous côtés. L?armée syrienne y était d?ailleurs installée jusqu?à une époque récente. Située à environ 200 mètres au sud du château, dans l?actuel cimetière maronite de Saint-Jean, l?église Saint-Jean du Mont?Pèlerin est un des rares vestiges d?époque croisée. Il s?agit d?une église double dont la plus grande chapelle se termine par une abside semi-circulaire et la plus petite par une abside rectangulaire. Le chemin qui fait face au château permet de rejoindre le souk. Plusieurs monuments islamiques de premier plan sont concentrés dans le quartier sud de la vieille ville. Située peu après la mosquée Tahham (XVIIe siècle), la mosquée Mouaallak, à minaret octogonal, fut construite par les Ottomans vers le milieu du XVIe siècle. Elle tient son appellation de « mosquée suspendue » au fait qu?elle a été aménagée à l?étage. Pratiquement en face, le hammam el-Jadid, « le nouveau bain », construit en 1740, est le plus vaste ensemble de ce genre à Tripoli. Il est malheureusement hors service depuis son expropriation et sa restauration au début des années 1970. Dans le même quartier, la mosquée Taynal fut construite en 1336 sur l?emplacement de l?église croisée des Carmes par l?émir Sayf ed-Dine Taynal dont le mausolée se trouve accolé à la seconde salle de prière. Certains éléments de l?ancienne église, dont des colonnes de granit et des chapiteaux de marbre d?époque romaine tardive, ont été réutilisés dans la première salle. La porte monumentale qui sépare les deux salles de prière est un exemple de la richesse du décor architectural d?époque mamelouke. A proximité du rond-point d?où vous avez débuté votre visite, on peut aussi mentionner deux madrassas mameloukes, la Khatouniya et la Sakraouiya, ainsi que la mosquée Arghoun Chah du XVe siècle.
Le quartier d?el-Mina
On accède à la presqu?île d?el-Mina en prenant vers l?ouest sur le rond-point par lequel se fait l?entrée dans la ville. A l?est du nouveau port, près de la ligne de chemin de fer désaffectée, la tour des Lions constitue un exemple d?architecture militaire islamique assez unique. Alors que la plupart des tours et fortins qui protégeaient les rivages tripolitains à l?époque mamelouke ont disparu ou ont été incorporés dans des constructions ultérieures, la tour des Lions reste remarquablement bien conservée depuis le milieu du XVe siècle, date de sa construction. Elle doit son nom actuel aux lions sculptés jadis au-dessus de son entrée. Elle est dotée d?une porte ou alternent les assises de pierres blanches et noires et se compose de deux étages voûtés. L?intérieur était décoré de fresques et de bas-reliefs. Ses murs extérieurs montrent la réutilisation des fûts de colonnes romaines. Les amateurs d?ambiance portuaire seront déçus : le port industriel ne s?est pas encore relevé des dommages de la guerre et ses installations gisent pour la plupart inutilisées, tout comme le chemin de fer et la gare qui y donnaient accès. Sur la presqu?île proprement dite, les vestiges antiques de Tripoli n?ont pas été soumis à des fouilles archéologiques systématiques du fait qu?ils gisent sous les constructions modernes. Seule une partie des quais de l?ancien port sud et d?une nécropole de l?époque hellénistique ont pu être mis au jour, mais il est difficile d?y accéder. Le quartier recèle quelques jolies maisons traditionnelles et des bâtiments publics islamiques en mauvais état de conservation, dont un khan près du vieux port, non loin de l?Hôtel Hayek, et une autre tour mamelouke très ruinée. Le petit port de pêche offre une halte agréable avec ses terrasses de cafés et de restaurants et le paysage de ses bateaux colorés. Face au rivage s?égrène un chapelet d?îlots dont le plus important est l?île des Palmes. Protégée par l?Unesco depuis 1992, c?est aujourd?hui une réserve naturelle fréquentée par les tortues de mer et les oiseaux migrateurs et qui recèle quelques vestiges romains et croisés. Sa visite nécessite un permis à obtenir à l?Office du tourisme local ou à celui de Beyrouth. Pour se rendre dans les îles, les petits bateaux se louent sur le port de pêche.
Saïda
L?histoire de la Sidon antique demeure en bonne partie mystérieuse autant par manque de fouilles archéologiques systématiques qu?à cause des pilleurs de trésors qui ont dispersé son patrimoine depuis le XIXe siècle. De nombreux chefs-d??uvre d?origine sidonienne font aujourd?hui partie des collections de musées étrangers. Du reste, il est malaisé d?entreprendre des fouilles en zone urbaine. Ce que vous verrez de l?histoire de Sidon se rapporte ainsi plutôt aux époques arabes et croisées. Pour les périodes plus anciennes, il vous faudra faire quelques efforts d?imagination. Aujourd?hui capitale du Liban Sud, troisième ville du pays, Saïda est un centre commercial très actif qui n?a pas perdu l?atmosphère des villes côtières traditionnelles. Dominée par une citadelle, elle continue d?être entourée de jardins potagers, de bananeraies et de vergers d?agrumes. Ses vieux quartiers sont encore tout emprunts d?une atmosphère médiévale.
La principale cité phénicienne
L?ancienne agglomération de Sidon s?élevait sur un promontoire en face d?une île. Les plus anciennes traces d?occupation du site remontent au vie millénaire av. J.-C., mais ce n?est qu?à l?époque phénicienne qu?elle atteint une importance majeure, ses activités commerciales s?étendant jusqu?à l?Egypte et à la mer Egée. Sa prééminence commerciale sur les autres cités-états phéniciennes était à ce point assise que les Grecs nommaient tous les Phéniciens « Sidoniens » et que la ville est fréquemment mentionnée chez les auteurs anciens. Son rôle est particulièrement important à l?époque perse (550-330 avant J.-C.) où elle fournit les Achéménides en bateaux et marins pour combattre les puissances égyptiennes et grecques. En récompense de ses services, les Perses dotent la ville de constructions monumentales, y font aménager un jardin royal et financent peut-être la construction du grand temple d?Echmoun, qui est contemporaine. En 351 av. J.-C., la ville est tellement riche qu?elle aspire à l?indépendance et se révolte contre les Perses. Le roi Artaxerxès II réprime durement l?insurrection et la ville est ravagée par un incendie. Sidon sort très affaiblie de cette épreuve et ouvre grande ses portes aux armées d?Alexandre le Grand 18 ans plus tard. Au cours des époques hellénistique et romaine, Sidon jouit d?une certaine autonomie et bat sa propre monnaie. Elle est dotée de monuments importants dont il ne subsiste que quelques vestiges. A ses activités portuaires et marines, Sidon adjoint une industrie du verre florissante et se fait connaître grâce à la pourpre, teinture extraite d?un coquillage (le murex) qui vit en abondance sur ses côtes. En 551 de notre ère, Sidon subit, comme toutes les autres villes de la côte, les effets d?un grand tremblement de terre. Son nom arabisé en Saïda après la conquête musulmane de 636, la ville demeure prospère mais secondaire, servant de port à Damas, la capitale omeyyade. Ce n?est qu?au moment des croisades, entre 1110 et 1291, qu?elle acquiert un nouveau prestige en devenant sous le nom de Sagette une seigneurie du Royaume franc de Jérusalem. A nouveau très périphérique sous les Mamelouks et les Ottomans, Saïda fut réaménagée et reprit de l?importance au XVIIe siècle sous l?impulsion de l?émir Fakhr ed-Dine. Les murailles de la ville furent restaurées et plusieurs bâtiments construits : palais, khans et bains. Mais la ville ne retrouva pas sa prépondérance commerciale, vivant surtout de la pêche. Saïda est actuellement chef-lieu du Liban Sud et peuplée majoritairement de sunnites. Elle compte aussi de nombreux réfugiés palestiniens ainsi qu?une importante minorité de chiites originaires des villages, fuyant la pauvreté des campagnes et les combats. Très touchée par la guerre civile, elle fut le théâtre d?affrontements entre forces syriennes et palestiniennes, entre milices chiites d?Amal et du Hezbollah, et souffrit aussi des invasions israéliennes de 1978 et 1982. Rafik Hariri, Premier ministre, est originaire de la ville où il a entreprit de nombreuses rénovations.
Visiter Saïda
Depuis la corniche, vous ne pourrez manquer le château de la Mer (ouvert de 9h à 18h tous les jours), forteresse construite par les croisés au XIIIe siècle sur un îlot qui commandait le port et était relié au rivage par un pont mobile. Seule la pile nord, la plus proche du château, est d?origine. Cette construction faite de matériaux récupérés sur des monuments antiques fut réalisée en plusieurs étapes entre 1227 et 1291, date de la prise de Saïda par les Mamelouks. Ces derniers y effectuèrent des rénovations particulièrement visibles sur la tour ouest. La petite mosquée attenant à la chapelle croisée date de l?époque ottomane postérieurement à 1840 lorsque la marine britannique bombarda le château. Situés dans la vieille ville, entre le château de la Mer et le château de la Terre, les souks de Saïda conservent leur cachet médiéval tant dans l?architecture que par les petits métiers qu?on y exerce. Accordez-vous y une promenade et n?ayez pas peur de vous y perdre, il y aura toujours quelqu?un pour vous remettre sur le droit chemin pour rejoindre le Khan el-Franj. Ce « Caravansérail des Français » est l?un des nombreux établissements hôteliers construits par Fakhr ed-Dine au début du XVIIe siècle pour l?accueil des commerçants étrangers et le stockage des marchandises. Avec sa cour intérieure rectangulaire, son bassin, ses galeries voûtées et ses chambres, il fut le centre de l?activité commerciale de Saïda jusqu?au XIXe siècle. En continuant vers l?ouest de la vieille ville, vous arriverez à la Grande Mosquée, située en bord de mer. Edifice rectangulaire à quatre travées, muni de puissants contreforts, la tradition veut qu?il s?agisse d?une ancienne église. Plus vraisemblablement, c?était une salle de l?hôpital Saint-Jean des Hospitaliers construit au XIIIe siècle. Son état actuel résulte d?une combinaison de structures médiévales et de restaurations suite à une tempête en 1820. Le vestibule nord qui abrite la fontaine aux ablutions montre le réemploi de matériaux antiques (visite en dehors des heures de prière). Au sud de la vieille ville, le château de la Terre, ou château Saint-Louis, est très ruiné et totalement abandonné. Il semble avoir été construit par le roi de France, Louis IX, qui mena une campagne de réfection des ouvrages militaires au cours de la septième croisade qu?il dirigea entre 1248 et 1254. Cette forteresse occupe le sommet de l?ancienne acropole de Sidon et domine toute la ville. Le plan de l?enceinte forme un arc de cercle avec, au milieu, le donjon. Au sud du château, un monticule artificiel d?une centaine de mètres de long et d?une cinquantaine de mètres de haut est formé des débris des coquillages de murex dont on se servait à l?époque phénicienne pour l?extraction de la pourpre. Quelques fragments de mosaïques découverts au sommet de cette colline semblent attester de son occupation à l?époque romaine. Elle est aujourd?hui envahie par des constructions modernes et utilisée comme cimetière. Sidon possédait autrefois deux ports. Le premier, orienté vers le sud et appelé pour cette raison le port égyptien, était situé en face du château de la Terre. Il est aujourd?hui complètement ensablé. Quant au port nord, remblayé au XVIIe siècle par Fakhr ed-Dine avec du sable, des pierres et des carcasses de bateaux pour empêcher la flotte ottomane d?y entrer, il continue d?être utilisé de nos jours comme port de pêche.



