9 - Villes
La capitale
La capitale Beyrouth
Beyrouth est une ville en chantier qui se relève de ses décombres. La capitale du Liban n?a rien d?exotique et d?immédiatement séduisant si ce n?est le site naturel sur lequel elle est construite, une vaste péninsule entre mer et montagne. Même avant-guerre, les plus anciens bâtiments du centre-ville ne remontaient qu?à la fin de la période ottomane et Beyrouth n?a donc jamais été l?archétype de la ville islamique telle que l?Occident la rêve, à l?instar de Damas ou du Caire. Bien au contraire, elle fut même pour les Arabes la porte de l?Europe, le symbole d?une modernité occidentale, le « Paris du Moyen-Orient », rôles qu?elle ambitionne de rejouer dans un avenir très proche. A bien s?y plonger, ce qui qualifie le mieux Beyrouth c?est une énergie débordante mise autrefois au service de sa propre destruction et aujourd?hui à celui de sa survie. En arrivant à Beyrouth par l?aéroport au sud ou par la route de Damas à l?est, on est d?abord saisi par la circulation fébrile et par l?état de délabrement des quartiers populaires que l?on traverse, situation moins due aux destructions de la guerre qu?au développement urbain anarchique qui a accompagné l?afflux de populations rurales dans la capitale durant tout le conflit. Le centre-ville dévasté, ou ce qu?il en reste, réserve un autre choc qui n?est pas atténué par le nombre d?images qu?on en a vu dans les médias. Là encore, ce qui frappe, plus que le spectacle de la désolation, c?est la détermination des réfugiés qui squattent les carcasses d?immeubles à se créer des conditions de vie acceptables au milieu d?une telle précarité. A ceux qui savent prendre leur temps, la capitale libanaise a plus à offrir que les stigmates de la guerre, qui sont pourtant une leçon à eux seuls. On peut goûter l?indolence méditerranéenne de Beyrouth le temps d?une promenade sur la corniche, se plonger dans l?ambiance des années 1920 parmi les villas luxueuses du quartier Sursock, vérifier que la réputation commerciale des Libanais n?est pas usurpée en parcourant le quartier de Hamra, se promener jusqu?au bout de la nuit en écumant les bars et les discothèques qui ne désemplissent pas. Tout simplement, c?est en flânant dans les différents quartiers de la ville, en bavardant avec des passants, des commerçants ou des voisins de table que l?âme de la ville se livrera peut-être et qu?aux oreilles du visiteur, Beyrouth ne sera plus seulement synonyme de chaos.
Un passé qui se dévoile à peine
La Beyrouth moderne a toujours été trop densément peuplée pour que l?on puisse s?y livrer à des fouilles archéologiques importantes. Aussi, l?histoire antique de la cité n?était connue que de façon très imparfaite grâce à des campagnes limitées menées dans les années 1940 et 1960. Depuis 1993, date de l?ouverture de chantiers de fouilles dans le centre-ville en prélude à sa reconstruction, on sait avec certitude que la Beyrouth antique se dressait dans un quadrilatère bordé par la place des Martyrs, les Beaux-Arts, la rue Weygand et la rue de l?émir Béchir et que le premier peuplement du site remonte à plus de 5000 ans. Beyrouth est en effet particulièrement propice à l?installation humaine, puisqu?elle se trouve à l?embouchure d?une rivière qui fournissait de l?eau douce aux populations préhistoriques qui y ont laissé des silex taillés. Les premières traces urbaines proprement dites sont cependant plus tardives : les fouilles du centre-ville ont permis de mettre à jour un site cananéen remontant à 1900 av. J.-C. Beruta, le nom de la ville, n?apparaît pour la première foi que 5 siècles plus tard dans des inscriptions cunéiformes trouvées en Egypte. On suppose que le mot vient d?une racine sémitique signifiant « puits » ou « citerne ». A la fin du Ier siècle av. J.-C., la cité phénicienne devient une colonie romaine qui abrite une Ecole de Droit n?ayant d?égale que celles de Rome et de Byzance. La gloire et le prestige de la cité, à présent christianisée, sombrent en 551 de notre ère lorsqu?elle subit une triple catastrophe : un tremblement de terre suivit d?un raz de marée et d?un incendie gigantesque. Au siècle suivant, la ville est occupée par les armées arabo-musulmanes. Comme les autres cités du littoral, elle bénéficie de la proximité de Damas, capitale de l?Empire omeyyade, à qui elle sert de débouché maritime. En 1110, Beyrouth passe aux mains des croisés qui la marquent de leur empreinte. Elle fait partie du comté de Tripoli, possède une liaison maritime régulière avec l?Italie, est érigée en siège d?évêché et se couvre d?églises. Elle est reconquise par les Mamelouks en 1291 puis demeure sous domination ottomane entre 1516 et 1918. Sa population, essentiellement sunnite et grecque orthodoxe comme ailleurs sur le littoral, est plutôt favorable au pouvoir d?Istanbul.
L’expansion de la Beyrouth moderne
Ce n?est qu?à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que Beyrouth décolle économiquement et devient une cité importante. Sa population double en 20 ans pour atteindre 100 000 habitants. Elle profite en effet d?une industrie de la soie en pleine expansion qui attire de nouveaux habitants dont de nombreux maronites fuyant les affrontements interconfessionnels qui touchent la Montagne vers 1860. A la même époque, des organisations missionnaires occidentales développent les institutions d?enseignement et font de la ville un centre intellectuel. Beyrouth est alors l?exemple même du port méditerranéen cosmopolite : Turcs, Grecs et Kurdes y commercent avec des Arabes de toutes confessions tandis que des Arméniens venus d?Anatolie et des juifs de vieille souche syrienne y servent d?intermédiaires aux marchands européens qui entretiennent leurs comptoirs dans cette « échelle » du Levant. A l?issue de la première guerre mondiale, Beyrouth devient la capitale du Grand-Liban sous mandat français. La bourgeoisie d?affaire prospère par le commerce avec la métropole et les maronites et s?occidentalisent de plus en plus au contact des Français qui finissent par évacuer la ville en 1946. Dès lors, deux Beyrouth se côtoient mais se rencontrent peu. D?un côté, le milieu du commerce international et de la haute finance enrichi par la gestion de l?argent du pétrole saoudien ou koweïtien. C?est autour de ce noyau que Beyrouth devient, jusqu?au milieu des années 1970, le centre économique du Proche-Orient. D?un autre côté, dans la périphérie, les réfugiés palestiniens de 1948 qui s?installent durablement dans des camps surpeuplés ainsi que les paysans chrétiens, druzes et chiites touchés par l?exode rural et qui ne bénéficient jamais du « miracle économique » symbolisé par les banques du centre-ville. Dès 1958, une ébauche de guerre civile ébranle la capitale. Entre 1975 et 1990, durant la véritable guerre, Beyrouth, où les zones d?habitat étaient multiconfessionnelles, est divisée par les milices adverses en deux zones, l?Est chrétien et l?Ouest musulman, de part et d?autre d?une « ligne verte ». Tout le centre historique, identifié à l?ordre ancien, est systématiquement bombardé par les Syriens, les Israéliens et les milices libanaises qui se disputent la ville. La paix est revenue en 1990 et les Beyrouthins peuvent depuis traverser la ligne verte sans risquer d?y laisser la vie. Avec l?afflux des réfugiés, la population de la capitale a plus que doublé durant le conflit et s?élève à un million et demi d?habitants.
La reconstruction
Depuis 1993, le gouvernement libanais a entrepris la réalisation d?un vaste projet de reconstruction qu?il a confié à la Solidere (Société libanaise pour le développement et la reconstruction), crée par Rafik Hariri. Le projet concernant le seul centre-ville couvre 1,8 million de m² sur lesquels ont déjà commencé à s?élever à vive allure des hôtels, des bureaux et des immeubles résidentiels de standing. Plus d?un demi million de m² gagnés sur la mer fourniront l?espace nécessaire pour l?implantation de deux ports de plaisance, d?une promenade de bord de mer et d?un parc. Ce projet est très controversé et fait depuis ses débuts l?objet d?une opposition active. Il est d?abord accusé de camoufler d?énormes intérêts financiers privés qui servent de ligne directrice au détriment d?une politique de service public. On lui reproche ainsi de faire peu de cas des centaines de milliers de réfugiés venus des campagnes dévastées et qui, faute de mieux, occupent les immeubles à moitié détruits du centre-ville. Une autre critique concerne la préservation des vestiges archéologiques qui se trouvent sous les ruines de la ville moderne. Les médias, l?opinion publique et les scientifiques ont du faire pression afin que les bulldozers laissent du temps aux archéologues et que les planificateurs s?engagent à préserver certains vestiges antiques.
Visiter Beyrouth
Depuis 1993, le gouvernement libanais a entrepris la réalisation d?un vaste projet de reconstruction qu?il a confié à la Solidere (Société libanaise pour le développement et la reconstruction), crée par Rafik Hariri. Le projet concernant le seul centre-ville couvre 1,8 million de m² sur lesquels ont déjà commencé à s?élever à vive allure des hôtels, des bureaux et des immeubles résidentiels de standing. Plus d?un demi million de m² gagnés sur la mer fourniront l?espace nécessaire pour l?implantation de deux ports de plaisance, d?une promenade de bord de mer et d?un parc. Ce projet est très controversé et fait depuis ses débuts l?objet d?une opposition active. Il est d?abord accusé de camoufler d?énormes intérêts financiers privés qui servent de ligne directrice au détriment d?une politique de service public. On lui reproche ainsi de faire peu de cas des centaines de milliers de réfugiés venus des campagnes dévastées et qui, faute de mieux, occupent les immeubles à moitié détruits du centre-ville. Une autre critique concerne la préservation des vestiges archéologiques qui se trouvent sous les ruines de la ville moderne. Les médias, l?opinion publique et les scientifiques ont du faire pression afin que les bulldozers laissent du temps aux archéologues et que les planificateurs s?engagent à préserver certains vestiges antiques.
Le Centre-ville
Avant-guerre, le c?ur économique et administratif de la ville était localisé autour de la place des Martyrs au milieu de laquelle s?élève une statue. A l?origine, cette dernière commémorait l?exécution de rebelles par les Turcs en 1915. Mais, durant le dernier conflit, le monument est aussi devenu le symbole de la destruction et de la survie. Ce quartier, appelé al-Borj en arabe, fut en effet le plus touché par la guerre : immeubles brûlés, effondrés, zone minée et grand dépotoir à ciel ouvert dont les images ont fait le tour du monde. C?est cette zone qui est en voie de reconstruction prioritaire. On peut facilement se faire une idée de l?état du quartier avant la guerre grâce aux posters vendus par les enfants sur la place. On peut aussi se projeter dans l?avenir : Solidere a érigé un immense panneau où le futur centre-ville est représenté. Quant à un certain aspect du présent, il est très visible pour peu que l?on se promène un peu à l?écart de la zone de reconstruction, parmi les ruines qui servent encore d?habitat informel. Depuis 1993, quatre chantiers de fouilles sont ouverts dans le quartier : au sud et au nord de la place des Martyrs, au nord de l?immeuble Rivoli et au nord de la cathédrale maronite. Une bonne partie des vestiges exhumés a été transportée hors du site, d?autres éléments ont été recouverts par les nouvelles constructions. On donne ici la liste des principaux bâtiments ou éléments que l?on peut voir in situ, sachant que le palais de la municipalité constitue un bon point de départ pour la visite du centre-ville. Une série de structures romaines et byzantines avait été mise à jour dès les années 1960. Tout d?abord, un groupe de cinq colonnes, situé à gauche de la cathédrale Saint-Georges, et qui appartenait à une grande colonnade d?époque romaine. Des éléments d?exèdres, édifices semi-circulaires, qui furent découverts à l?ouest de la cathédrale ont été déplacés le long du boulevard Charles Hélou, près de l?entrée est du port. Derrière la rue des Banques, des thermes romains avaient été remblayés durant la guerre et ont été récemment fouillés. Vous verrez d?autres colonnes romaines avec leur architrave face au Parlement. Les archéologues cherchent encore l?Ecole de Droit. Il reste peu de vestiges d?époque médiévale : quelques portions de murs du château croisé qui se dressait près du port et, surtout, la mosquée al-Omari, rue Weygand. Cet édifice était à l?origine la cathédrale Saint-Jean, construite par les croisés entre 1113 et 1150, qui fut transformée en mosquée par les Mamelouks en 1291. Plus près de nous, le grand sérail ottoman, construit en 1853, servit d?abord de caserne avant de devenir le siège du Haut Commissaire Français durant le Mandat puis celui de la présidence du Conseil des ministres du Liban indépendant. En face du sérail, l?hôpital militaire date de 1860. De l?époque du Mandat aux années 1960, il abrita le Palais de Justice. Aujourd?hui rénové, il est le siège du Conseil du développement et de la reconstruction. La tour de l?horloge, construite en 1897 et restaurée en 1994, est située à proximité. Le quartier compte également un certain nombre d?églises construites à l?époque ottomane. Chaque communauté, d?ancienne souche orientale ou issue des mouvements missionnaires occidentaux, possède ainsi son lieu de culte. La cathédrale grecque-orthodoxe Saint-Georges fut élevée en 1767 sur des structures croisées et byzantines. C?est la plus ancienne église de la ville encore en activité mais ses fresques ont bien souffert de la guerre. La cathédrale grecque-catholique Saint-Elie date du milieu du XIXe siècle et est dotée d?une très belle iconostase en marbre. L?église Saint-Louis fut consacrée en 1863 par l?ordre des capucins pour répondre aux besoins de la communauté de rite latin (ou catholique romain) de Beyrouth. L?église évangélique fut construite en 1876 par des missionnaires protestants anglo-américains. Enfin, la cathédrale maronite Saint-Georges est la plus récente, puisque cette construction néoclassique date de 1888.
Les autres quartiers
Depuis la guerre, la rue Hamra et la zone autour ont remplacé la place des Martyrs comme centre commercial et administratif de la cité. On y trouve la plupart des hôtels, les restaurants et cafés, les banques et agences de voyage, un grand nombre de boutiques et une partie des ministères. Adjacente au quartier de Hamra, l?Université américaine est une institution à l?échelle du Proche-Orient. Fondée par des missionnaires protestants en 1863, des générations de personnalités arabes y ont été formées. L?atmosphère des rues environnantes fait une peu penser au Quartier Latin avec des librairies, des cafés et des clubs de jazz très animés le soir. De là, on peut se diriger vers la mer en traversant l?ancien quartier bourgeois de Mreissé où se trouve l?ambassade de France récemment restaurée. L?hôtel Saint-Georges, autre institution du Liban d?avant-guerre où se côtoyaient hommes d?affaires, journalistes et courtisanes de haut vol, vient lui aussi d?être réouvert. Au nord et à l?ouest, la corniche du front de mer s?étend sur 5 km. Le soir et le dimanche, c?est le lieu où flânent familles et couples d?amoureux. A Ras Beyrouth (le cap de Beyrouth), on peut passer des heures à la terrasses des cafés à fumer un narguilé ou bien encore aller se baigner dans un des « bains » privés. La fameuse « Grotte aux Pigeons » est accessible en bateau depuis Raouché, un district de luxe où s?élèvent les hôtels internationaux avec leurs plages privées. On peut encore suivre le tracé de l?ancienne « ligne verte », ce no man?s land soumis aux francs-tireurs qui séparait les quartiers Est (chrétien) et Ouest (musulman) de la ville. Cette saignée commençait à l?ouest du port et se prolongeait au sud-ouest du Musée national en passant tout le long de la rue de Damas. Même si les immeubles sont en voie de restauration, nombreux sont ceux qui portent encore les traces du conflit. En se dirigeant vers Beyrouth Est, il ne faut pas manquer le quartier Sursock et ses ruelles ombragées, bordées de villas et de jardins épargnés par les bombardements. C?est presque tout ce qui reste de l?architecture du début du XXe siècle. Enfin, la colline d?Achrafiyé, ancien quartier populaire, s?est embourgeoisée depuis la guerre en devenant le centre commercial de la zone chrétienne. On y trouve de nombreux restaurants, des galeries d?art et des boutiques de luxe. Mais Beyrouth, c?est aussi et surtout des quartiers périphériques et populeux. A l?est, Borj Hammoud où vivent de nombreux Arméniens ; à l?ouest, Basta où se trouve le marché aux puces et d?agréables cafés de quartier ; au sud, les 6 camps de réfugiés palestiniens (Tell al-Zaatar, Sabra, Chatila, Borj al-Brajné, etc.) dont les noms sont tristement célèbres depuis la guerre où leurs habitants eurent à subir toutes les exactions. Toujours dans la même zone, pour aller du centre-ville à l?aéroport, on traverse aussi la banlieue sud autrefois zone d?habitat mixte (musulman et chrétien), aujourd?hui peuplée presque exclusivement de réfugiés chiites misérables.
Les musées
Le Musée national se visite du mercredi au dimanche de 10h à 17h. Il a ouvert ses portes en 1942 pour abriter les trésors archéologiques du Liban et est situé rue de Damas, en plein sur la « ligne verte ». Le bâtiment néoclassique a terriblement souffert des affrontements et a dû être fermé dès 1975. Des projets visant à le restaurer sont en cours d?exécution et en attendant il n?a réouvert que partiellement. La collection du musée, qui s?étend de la préhistoire au XIXe siècle, est l?une des plus importantes du Moyen-Orient et ne manquera pas d?être enrichie à la suite des fouilles du centre-ville. Durant le conflit, les objets durent être mis en sûreté : certains expédiés à l?étranger, d?autres enfermés dans les coffres de la Banque centrale, d?autres encore coulés dans le béton et enfouis sous terre. Le Musée archéologique de l?Université américaine est ouvert du lundi au jeudi de 10h à 16h sauf durant les vacances scolaires. L?entrée est gratuite. Il est de petite dimension mais de grande qualité et c?est l?un des plus anciens musées de son genre au Moyen-Orient (1868). Il possède une belle collection de poterie, de sculptures, de bronzes et de monnaies qui va de la période néolithique aux époques islamiques. Le Musée Sursock d?art moderne, situé dans le quartier du même nom, n?est ouvert que pour des expositions bien qu?il possède aussi une collection permanente. Il est donc recommandé de téléphoner à l?avance (Tél. 01 33 41 33). Même si les galeries sont fermées, la villa qui les abrite mérite le détour. C?est un des plus beaux exemples de l?architecture levantine du début du XXe siècle.


