3 - Géographie
Population
Population Qu’est-ce que la « libanité » ?
Le Liban semble être un pays fragmenté en entités géographiques qui ont connu une histoire différente, en communautés confessionnelles aux aspirations divergentes, en groupes sociaux et politiques traversés par de profonds clivages. Certains groupes ont des velléités sécessionnistes, d?autres souhaitent leur rattachement à la Syrie, d?autres encore préfèreraient une solution fédérale. Pourtant, malgré la guerre, le pays ne s?est pas désintégré et son unité a été réaffirmée dans le document de Taëf. Vu la complexité du problème, on se contentera ici de souligner certains points de convergence entre groupes sociaux et confessionnels. D?une part, le Liban compte 65 % de population urbaine et un taux d?alphabétisation qui atteint 95 %. Le Libanais est cultivé et tient à l?image de son pays comme berceau de la littérature arabe contemporaine et comme forum où toutes les opinions s?expriment. Car le Liban est le seul pays arabe de la région où la censure est tellement légère que tous les ouvrages interdits dans les autres pays arabes peuvent y être publiés. D?ailleurs, les intellectuels et les artistes n?ont jamais été des cibles durant la guerre. En France, on connaît surtout les chrétiens, comme Amin Maalouf ou Andrée Chédid. Mais les romanciers, les cinéastes, les plasticiens et les musiciens appartiennent à toutes les communautés et leurs ?uvres sont appréciées au-delà des différences religieuses. D?ailleurs, dans Beyrouth, les lieux de mixité confessionnelle sont partout et en particulier dans les cafés et les discothèques où les jeunes portent le même uniforme vestimentaire et dansent sur la même musique tout en affirmant leur identité communautaire par un pendentif. Dans le même temps, les Libanais sont remarquablement conservateurs sur un certain nombre de points. A l?exception d?une frange d?intellectuels occidentalisés, ils tiennent fort au communautarisme et n?aspirent pas à la laïcité. L?introduction du mariage civil a été rejetée en 1996 par une majorité de députés et par toutes les instances religieuses du pays. Egalement, le Liban est un pays profondément patriarcal et il ne faut pas se laisser abuser par les vêtements des filles chrétiennes : elles ne sont guère plus émancipées que leurs cons?urs musulmanes portant ou non la tenue islamique. Lorsqu?il s?agit de faire des choix éducatifs ou de se marier, c?est encore le père qui a le dernier mot. Quant aux femmes sur le marché du travail et en politique, elles ne sont pas très nombreuses.
Les libanais “hors Liban”
Le Liban, c?est aussi une diaspora de 6 millions d?expatriés dont 200 000 en France. Le courant d?émigration démarre dans les années 1840-1860 lors des premiers affrontements communautaires et se dirige d?abord vers les Amériques. Dans les années 1930, une autre vague part vers l?Afrique de l?Ouest française. Durant la guerre civile, 800 000 Libanais quittent leur pays. Toutes les communautés sont touchées et les clivages se maintiennent dans l?émigration : les chiites sont en Afrique de l?Ouest, les sunnites dans le Golfe persique, les chrétiens en Europe. Chacun garde des liens très forts avec sa région, son village, son clan, envoie de l?argent et commence à revenir passer l?été au pays.
Les Palestiniens
Enfin, il ne faut pas oublier les 300 000 Palestiniens qui, bien que ne formant pas une communauté confessionnelle (ils sont majoritairement sunnite avec 5 % de chrétiens), représentent cependant un groupe constitué doté de ses propres institutions et d?une forte identité. Les Palestiniens ont quitté leurs terres à la suite de la création de l?Etat d?Israël en 1948 et sont des réfugiés au regard du droit international. Ils ne bénéficient pas de la nationalité libanaise et sont sous la juridiction de l?UNWRA, une agence spécialisée des Nations-Unies mise en place en 1950. Celle-ci gère des camps de réfugiés, une aide alimentaire, un réseau scolaire et médical mais ses fonds ne cessent de s?amenuiser. L?afflux des Palestiniens a fait pencher la balance confessionnelle en faveur des musulmans et c?est une des raisons qui explique le mécontentement maronite à leur égard. Egalement, à partir de la défaite arabe de 1967 face à Israël, les Palestiniens se radicalisent en mouvements armés et prennent de plus en plus d?autonomie sur le territoire libanais. A l?heure actuelle, les Palestiniens du Liban sont les grands oubliés des accords israélo-palestiniens d?Oslo signés en 1993 et risquent de voir leurs aspirations au retour définitivement enterrées. Leur avenir au Liban est une grave question qu?il faudra résoudre.




