10 -Régions et Itinéraires
Le Chouf
Le Chouf Région montagneuse, le Chouf comptait une importante population chrétienne de grande ancienneté réduite à sa portion congrue depuis les affrontements intercommunautaires des années 1980. Il est aujourd?hui le fief des druzes. Parsemée de villages et de cultures en terrasses, la région offre des paysages spectaculaires de par son relief tourmenté. Surtout, le Chouf est le c?ur historique de l?émirat du Mont-Liban que Fakhr ed-Dine rendit indépendant au XVIIe siècle. A travers les bâtiments du village de Deïr el-Qamar et du palais de Beït ed-Dine, l?architecture locale a gardé la trace de cette époque de splendeur qui s?étendit jusqu?au XIXe siècle Très proches de Beyrouth, les sites principaux se visitent dans la journée, en comptant de 100 à 200 Km en fonction des variantes d?itinéraire. Si vous ne désirez pas retourner dans la capitale, vous pouvez alors continuer soit vers la Bekaa en passant par Sofar, soit vers le Sud en rejoignant la route du littoral au nord de Saïda.
Deïr el-Qamar
Sur l?autoroute du Sud, à 17 km de Beyrouth et à moins de 3 km au-delà du bourg de Damour, la route grimpe rapidement les 26 km qui longent le cours du Nahr ed-Damour. A Kfar Him, prenez à gauche la route de Deïr el-Qamar, pittoresque village maronite autrefois capitale de l?émirat du Mont-Liban.
La capitale de Fakhr ed-Dine
Depuis le Moyen Age, les diverses régions du Liban constituaient autant de fiefs gouvernés par des émirs ou des cheikhs héréditaires. Au début du XVIIe siècle, l?un d?entre eux l?émir Fakhr ed-Dine Maan, réussit à dominer les autres familles féodales et à étendre son pouvoir jusqu?à contrôler la presque totalité du territoire qui constitue le Liban actuel. La première capitale de Fakhr ed-Dine était Baaqline. Mais cette localité souffrait de problèmes chroniques d?approvisionnement en eau, aussi l?émir se vit-il forcé de la quitter pour Deïr el-Qamar, mieux pourvue en sources, qui devint le centre politique et économique de l?émirat du Mont-Liban. Cette période de l?histoire du Liban demeure celle de l?unification politique et religieuse : Fakhr ed-Dine n?avait-il pas fait construire dans son palais une église, une mosquée et un temple druze ? Cette convivialité fut mise à mal à partir de 1860 lorsque les Ottomans instaurèrent le confessionnalisme. La population maronite de la localité subit alors les pires massacres de la part des druzes, épisode sanglant qui s?est répété durant la récente guerre civile lorsque s?affrontèrent dans la région les milices druzes et celles des Phalangistes chrétiens venus soutenir l?occupation israélienne du Chouf en 1982-1983.
Visiter Deïr el-Qamar
De nombreux bâtiments encore en place témoignent du passé glorieux de la localité dont le nom signifie « couvent de la Lune ». Le motif lunaire est visible sur l?ancien portail de l?abbaye Notre-Dame-du-Tell, au-dessous d?un bas-relief de la Vierge. Cette curieuse association a donné lieu a plusieurs interprétations. L?une d?entre elles avance que le croissant de lune était un symbole religieux phénicien et que dans cette représentation le christianisme est présenté comme remplaçant les anciennes croyances. Au centre du village, le midan, place de la fontaine, s?ouvre sur la plupart des bâtiments historiques. Au sud, le sérail d?époque ottomane fait aujourd?hui office de mairie. Il n?est pas ouvert au public mais sa façade mérite l?intérêt. Vous pourrez aussi peut-être voir son liouan, ou salon d?été. Au nord de la place, une série de bâtiments publics fut construite par Fakhr ed-Dine : une garnison et des écuries ainsi qu?un khan destiné au commerce de la soie (le kaïssariyé) et qui abrite aujourd?hui un centre culturel français. A l?ouest, la petite mosquée au minaret octogonal date aussi de la même époque et est la plus ancienne du Mont-Liban. Enfin, à l?angle est de la place, une résidence privée, le palais Baz, date du milieu du XVIIIe siècle. Il faut se contenter d?admirer son portail polychrome et sculpté, car l?accès à l?intérieur est interdit. Le pavage des ruelles ainsi que les égouts sont d?inspiration italienne. Fakhr ed-Dine avait, en effet, résidé un temps à Florence pour fuir ses ennemis. En prenant derrière la mosquée, le palais des Maan apparaît orné d?un très beau portail, et en contournant le kaïssariyé, un autre palais dit el-Khangé, servait d?habitation aux mercenaires.
Beït ed-Dine
A 5 km après Deïr el-Qamar, ce superbe palais, construit par l?émir Béchir II Chéhab, qui a gouverné le Mont-Liban durant près de 50 ans, constitue l?exemple type de l?architecture libanaise du XIXe siècle, c?est-à-dire tout ce que vous imaginez de l?Orient des Mille et Une Nuits ! L?extérieur apparaît certes très sobre mais l?intérieur recèle toute sa magnificence.
Un ouvrage ambitieux
Après l?extinction de la dynastie des Maan vers la fin du XVIIe siècle, leur territoire passa aux mains de leurs parents et successeurs de la famille Chéhab. L?émir Béchir II Chéhab décida de quitter Deïr el-Qamar pour se faire construire son propre palais à Beït ed-Dine, la « maison de la foi », un ermitage druze qui fait aujourd?hui partie du palais. Selon des plans conçus par des architectes italiens, la construction commença en 1804 et s?acheva en 1840. Pour approvisionner en eau sa nouvelle résidence, l?émir eut recours à la corvée en obligeant ses sujets à fournir deux journées par an de travail non rémunéré. La canalisation fut terminée en deux ans et nécessita 80 000 journées de travail. Le palais demeura la résidence de l?émir et de son gouvernement jusqu?en 1840, date de son exil. Après que les Ottomans eurent décrété la suppression de l?émirat en 1842, le palais devint le siège des gouverneurs ottomans puis des mutasarrifs du Mont-Liban qui l?occupèrent entre 1860 et 1915. Au lendemain de la première guerre mondiale, les autorités du Mandat français y abritèrent certains de leurs services administratifs. Classé monument historique en 1934, le palais fut soumis à de vastes travaux de restauration destinés à lui rendre son ancienne splendeur. En 1943, il devint la résidence d?été du président de la République libanaise et le premier président à l?avoir occupé, Béchara el-Khoury, y ramena les cendres de l?émir Béchir mort à Istanbul en 1850. Le palais fut en grande partie pillé durant l?invasion israélienne de 1982 puis restauré par le leader druze Walid Jumblatt. Depuis 1992, il est à nouveau administré par l?Etat.
Visiter Beït ed-Dine
Beït ed-Dine, ses palais, ses musées, ses terrasses et ses magnifiques jardins est, avec raison, l?un des sites touristiques les plus visités du Liban (site ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 8h30 à 18h. Des guides francophones sont disponibles ainsi qu?un plan du lieu). La première partie du palais est constituée des appartements publics (dar el-barraniyé). Une porte monumentale, ornée du lion emblème des Chéhab, donne accès à un long corridor voûté qui mène au midan, cour rectangulaire de 107 m sur 45 m dans laquelle se rassemblaient cavaliers, courtisans et visiteurs et où se déroulaient les grandes cérémonies. Depuis 1991, le bâtiment de l?entrée contient un musée regroupant des photographies, manuscrits et documents relatifs à l?histoire du leader druze Kamal Joumblatt, ancien député, ministre assassiné en 1977 et père de Walid Joumblatt. Le long coté du midan est occupé par la madafa, bâtiment réservé, à l?origine, à l?accueil et au logement des hôtes du palais. Le rez-de-chaussée servait d?écuries. Un escalier conduit à l?étage, occupé par des chambres qui s?ouvrent sous un portique et qui a été entièrement restauré en 1945 sur la base d?anciens documents. Il abrite un musée archéologique et ethnographique. Dans la première salle est exposée une maquette du palais qui permet de se faire une idée d?ensemble des dimensions et de l?organisation du complexe palatial. La partie centrale (dar el-ouasta) du palais domine l?extrémité ouest du midan où se dresse un buste de Kamal Joumblatt. On y accède par un escalier monumental à deux volées. On quitte alors l?austérité de la cour extérieure et de ses bâtiments pour pénétrer dans un domaine où le charme de l?architecture et des jardins ont valu à Beït ed-Dine son surnom d?Alhambra du Liban. A partir du portail d?entrée, un corridor voûté donne à droite sur les appartements des cheikhs qui étaient en charge de la garde du palais. A gauche, il ouvre sur les bureaux du vizir ou ministre et mène à une élégante cour ou les jets d?eau du bassin central accentuent la grâce des arcades qui en bordent les trois côtés. L?une de ces salles porte le nom de Boutros Karamé, ministre chrétien de l?émir Béchir. Le quatrième côté orienté au sud de la cour s?ouvre sur la vallée. Les salles qui entourent cette cour, dont deux angles sont occupés de balcons en boiseries, sont richement décorées de mosaïques et de marqueteries de l?époque ainsi que de panneaux de calligraphie arabe. Des fontaines de marbre y sont ingénieusement disposées afin d?en assurer la fraîcheur en été, tandis que des brasiers chauffaient les pièces en hiver. L?angle sud-est de la cour est occupé par le bureau du ministre de l?émir et l?aile nord-est par ceux des secrétaires (dar el-kataba) et donne sur une arrière cour. Le coté nord-ouest de la cour est occupé par une façade et une porte monumentale qui compte parmi les plus belles ?uvres de l?architecture orientale. Derrière cette façade se développe l?aile appelée Dar el-Harim ou haramlik qui regroupe les appartements privés. Cette aile se compose de la façade, du harem supérieur, d?un hall de réception, du harem inférieur, des cuisines et des bains. A gauche de la porte se trouve l?aile des réceptions constituée d?une antichambre et d?un hall. La voûte de l?antichambre, supportée par une seule colonne, est appelée « Salle à la colonne ». Le hall de réception, proprement dit Salamlik, est construit sur deux niveaux et comporte une décoration unique de sculptures, de mosaïques de marbre polychromes et de plaques ornées de maximes calligraphiées. L?émir se tenait au fond de cette salle dans la partie surélevée (le diwan) et recevait les dignitaires du Palais ou les visiteurs de marque. A droite de l?entrée monumentale se trouve le harem supérieur, avec la « Chambre de Lamartine » (qui fut hôte de l?émir) et une autre salle importante qu?une inscription identifie comme un tribunal (mahkamé). Le corridor mène directement au harem inférieur qui comprend les appartements privés de l?émir et de sa famille. Ceux-ci sont disposés autour d?une cour à ciel ouvert, fermée sur ses quatre côtés et sur laquelle s?ouvrent de grandes arcades déterminant des niches (liwan) où l?on s?asseyait pour profiter de la fraîcheur. L?angle compris entre les deux harems est occupé par les cuisines où l?on préparait quotidiennement de quoi nourrir les 500 personnes qui habitaient le palais. Les balcons de cette aile offrent la vue la plus spectaculaire sur les environs du palais et sur l?ensemble de la vallée aménagée en terrasses. A l?extrémité nord du Dar el-Harim et des cuisines attenantes se trouvent les bains (hammam), complexe monumental qui compte parmi les plus beaux du monde arabe. Suivant la tradition des thermes romains, ces bains comportent une salle froide ou frigidarium qui sert de vestiaire et de salle de repos. Vient ensuite la salle tiède ou tepidarium, où l?utilisateur se faisait masser et s?habituait progressivement à la chaleur avant d?entrer dans la salle chaude ou caldarium. Le dallage de cette dernière est soutenu par des piles de briques et de petites voûtes. Les parois sont traversées par des canalisations afin de permettre à l?air chaud de circuler. Les bains donnent sur un jardin au fond duquel se trouve un mausolée surmonté d?une coupole qui abrite la tombe de Sitt Chams, première épouse de l?émir. C?est là aussi que furent placées les cendres de l?émir rapportées d?Istanbul en 1947. Dar el-Ouasta et Dar el-Harim sont construites au-dessus de belles salles voûtées qui servaient jadis de logements et d?écuries pour les 600 cavaliers et chevaux de l?émir et ses 500 fantassins. Restaurées et aménagées, ces grandes salles abritent aujourd?hui un musée des mosaïques proposant l?une des plus belles collections de mosaïques byzantines du Liban dont la plupart proviennent d?églises découvertes durant la récente guerre sur le site de Jiyyé, au sud de Beyrouth, et que Walid Joumblatt fit transporter ici pour les préserver du pillage. Des mosaïques provenant d?autres sites sont exposées dans les jardins alentour. Juste à côté du musée des mosaïques se trouve une grande salle de réunion des religieux druzes (kaloué) qui existait avant la construction du palais.
Les environs de Beït ed-Dine
Vous avez le choix : soit continuer votre route par les petits villages du Chouf au sud de Beït ed-Dine, soit remonter vers le nord-est en direction de la plaine de la Bekaa et, éventuellement vers Beyrouth en rejoignant Sofar. Dans ce dernier cas, vous pourrez passer à Barouk, célèbre pour ses cèdres qui n?ont d?équivalent que dans le nord, à Bcharré. Cette forêt de 400 arbres est une réserve naturelle et fait l?objet de reboisement. Si vous voulez y accéder, il vous faudra marcher trois quarts d?heures depuis le village. Même si vous n?êtes pas adeptes de la marche, la route de Barouk offre un magnifique panorama sur le Chouf et évite de prendre le même chemin qu?à l?aller pour rentrer à Beyrouth. Vous rejoignez alors Sofar et l?axe Damas-Beyrouth. Si vous préférez prendre au sud et prolonger la balade dans la région, plusieurs possibilités s?offrent à vous. Cependant il vous faudra une bonne carte car cet itinéraire implique quelques détours. Depuis Beït ed-Dine, prenez la route du sud-est qui traverse Moukhtara, à 7,5 km. C?est dans ce village que se trouve l?actuelle résidence de la famille des Joumblatt dans un château datant du début du XIXe siècle restauré récemment. Il ne se visite pas mais est intéressant de l?extérieur. En continuant la route vers Jezzine, vous traverserez deux villages druzes aux belles maisons anciennes, Aamatour et Baadarane. Au-delà, la paroi rocheuse du Jebel Niha est creusée de grottes aménagées qui furent utilisées comme forteresse par les croisés. On aperçoit Jezzine depuis les grottes. La ville, autrefois aux mains de l?Armée du Liban-Sud, a été reprise en 1999 par l?armée libanaise régulière mais évacuée et rendue inaccessible. Depuis la libération du Sud, ses habitants qui avaient fui surtout à Beyrouth la repeuplent peu à peu. De Niha, vous pourrez rejoindre Barouk directement par une route qui passe par Maasser ech-Chouf. Vous pouvez aussi revenir sur vos pas jusqu?à Moukhtara. Peu après le village, une route prend à gauche vers Mazraat ech-Chouf que vous traverserez en suivant la direction de Joun, une trentaine de kilomètres au sud-ouest. Ce n?est pas pour ses monuments anciens que Joun mérite une visite mais plutôt pour avoir été la résidence d?une aventurière britannique qui a laissé son empreinte dans l?histoire du Liban du XIXe siècle. C?est dans ce gros village isolé entouré d?oliviers que lady Hester Stanhope, fille d?aristocrate, nièce et conseillère du Premier ministre William Pitt, s?installa en 1818 à l?âge de 42 ans. Mais avant d?en arriver là elle avait eu une vie mouvementée et fort originale pour son temps, ayant vécu parmi les bédouins de Palmyre, protégée du sultan ottoman, meneuse d?homme à bien des sens du terme. Sa biographie mérite lecture ! Toujours est-il qu?elle s?installa sur les hauteurs de Joun pour être proche de l?émir Chéhab. Elle incita plus tard la population druze du village à s?insurger contre lui. Se livrant à l?astrologie et à la sorcellerie, elle perdra la raison et mourra en 1839. Vous pouvez voir les ruines de sa maison et sa tombe sur la « colline de la Dame » (dahr es-Sitt) qui domine le village, à présent occupée par un couvent. De Joun, vous rejoindrez le littoral à une quinzaine de kilomètres au nord de Saïda.


