7 - Art et Culture
     LES GRANDES PÉRIODES ARTISTIQUES



Depuis le plus haut Moyen-Âge, les différents styles de l'art français, architecture, peinture, sculpture, mobilier, ont rayonné sur toute l'Europe. Le roman ou le gothique en architecture, les styles Louis XV ou Empire en mobilier, l'impressionnisme en pein­ture sont de purs produits de l'art français. Les premiers témoignages artistiques découverts en France remontent à la Préhistoire, avec les peintures rupes­tres retrouvées dans les grottes du Périgord, les plus connues sont celles de Lascaux (15000 à 10000 av. J.C.). Les invasions celtes en 1500 av. J .C. laisseront leurs traces dans les alignements de menhirs ou de dolmens en Bretagne. Puis Grecs (600 av. J.C. autour de Marseille) et Romains (à partir du Il' siècle av. J.C) laisseront de magnifiques témoignages de leur occupation. Quelques-uns des monuments érigés par les Romains sont parmi les mieux préservés d'Europe (en dehors de ceux d'Italie) : théâtre d'Qrange, arè­nes de Nîmes, aqueduc sur le Gard... Les invasions des Germains, Francs et Goths, du Ve siècle au VIIIe siècle, vont détruire l'ordre romain et pro­gressivement installer un nouveau système politique, le féodalisme, d'où la culture française proprement dite, va émerger (au début du Xe siècle).

L'époque Romane



Le Xe siècle est une date importante en Europe. Le Christianisme est bien implanté, les grandes migrations et invasions ont cessé, de nouveaux pouvoirs politiques se sont mis en place dans des provinces, l'idée de Nation avec à sa tête un suzerain commence à naître, de grands pèleri­nages religieux sont organisés vers les reliques des Saints. Le plus fameux des pèlerinages est celui de Saint-­Jacques, mort à Santiago de Compos­telle (au nord de l'Espagne) Des dizaines de cathédrales sont érigées le long des routes vers l'Espagne pour héberger les pèlerins: Notre Dame (au Puy), Saint-Sernin (à Toulouse), Sainte-Foy (à Conques), Saint-Mar­tin (à Tours)... Ces cathédrales sont les premiers édifices à être construits en pierre depuis l'époque romaine. Elles partagent certaines caractéristi­ques : grands murs en pierre, fenêtres en plein centre, voûtes et arcs en berceau soutenus par des piliers et renforcés par des contreforts, clochers s'appuyant sur des transepts et cha­pelles contenant des reliques de Saints locaux Inspirés par les sculp­teurs antiques, des bas-reliefs repré­sentent des scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testament.
Les plus célèbres églises romanes sont celles de Tours, Clermont-Ferrand, Caen, Poi­tiers. D'immenses abbayes (Fonte­vrault. Saint-Benoît. Cluny) sont érigées pour abriter les ordres monasti­ques, aux règles de vie très strictes. De puissants châteaux forts, aux lourds donjons construits pour protéger les seigneurs, symbolisent l'importance des pouvoirs politiques régionaux. Sur le plan pictural, c'est aussi la très fameuse tapisserie de Bayeux (70 m de long) qui relate l'invasion de l'An­gleterre par Guillaume le Conquérant (1066)


L'époque Gothique



C'est à la fin du XIIe siècle que, saisie d'une intense ferveur religieuse et d'un élan bâtisseur inégalé, la France médiévale érige les grandes cathédra­les qui ornent, jusqu'à aujourd'hui, presque toutes les villes L'architec­ture gothique se caractérise par un sens de l'élégance qui contraste avec les structures massives des construc­tions romanes. C'est grâce à la croisée d'ogives, qui permet des portances plus longues, que ce style architectural a trouvé son épanouissement: emploi de l'arc brisé, piliers en fais­ceaux, hautes voûtes, ch?urs aux dimensions impressionnantes, murs largement percés de hautes baies, recherches de légèreté et d'élévation. Parmi les plus célèbres cathédrales gothiques, citons celles de Saint-Denis, Notre-Dame de Paris, Beauvais, Chartres, Troyes, Rouen, Bourges, Sens... L'architecture monastique élève son chef-d'?uvre au Mont­Saint-Michel. Quant aux construc­tions militaires ou civiles, elles se caractérisent par d'impressionnantes forteresses englobant les cités, murail­les d'Aigues-Mortes et de Carcas­sonne, château de Tarascon, château de Chinon, palais des Papes à Avi­gnon ou hôtel Jacques-C?ur de Bourges Sculptures et vitraux ornent les gran­des constructions gothiques, statues, chapiteaux, fresques animent faça­des, portes, colonnes, linteaux. Les maîtres-verriers rivalisent de talent pour décorer les vastes ouvertures laissées dans les murs, de roses, ver­rières, et baies qui sculptent la lu­mière. Peinture, orfèvrerie, tapisserie s'épanouissent et de nombreux ate­liers réalisent de magnifiques ?uvres d'inspiration religieuse à des fins li­turgiques ou décoratives. L'art de l'en­luminure atteint ses sommets dans les manuscrits bibliques. C'est dans le riche duché de Bourgogne que va s'épanouir l'art gothique. Beaucoup d'artistes flamands, encouragés par les ducs, vont produire les chefs-d??uvre de l'époque comme les por­tails de la chartreuse de Champmol à Dijon ou le « Jugement dernier» du peintre Van Der Weyden sur les murs de l'Hôtel Dieu de Beaune (1443). L'art de la Renaissance est annoncé.


La Renaissance



Rapportés d'Italie par François 1er, les arts de la Renaissance ont trouvé leur application dans tous les domaines. François 1er a été le premier souverain français à être passionné par l'archi­tecture et les beaux-arts Sa cour était un vivier où accouraient tous les grands artistes européens. Le style Renaissance trouve sa plus belle ex­pression dans les châteaux de la Loire Chambord, Chenonceaux ou Azay-le-Rideau (entièrement construits dans ce nouveau style où importe plus le plaisir d'y vivre que de s'y retrancher). Il apporte un éclat somptueux aux salles des châteaux de Chaumont et de Langeais. A Amboise ou à Blois, des ailes Renaissance viennent agrandir les châteaux plus anciens. La Renaissance est égale­ment l'époque des jardins sophisti­qués « à la française» comme à Vil­landry. La place des Vosges à Paris ou le château de Fontainebleau sont eux aussi placés sous le signe de ce re­nouveau architectural. Le médiéval château du Louvre à Paris est détruit e, à sa place, Pierre Lescot com­mence à construire un palais dans le style classique italien (1546) Peinture et sculpture puisent leur ins­piration dans l'Antiquité, se séparant des thèmes strictement religieux qui représentent des scènes de l'Ancien ou Nouveau Testament en laissant libre cours à l'imagination des artistes La « découverte » de la technique de la perspective révolutionne les formes de la peinture. Les plus éminents sculpteurs de cette époque sont Ligier Richier et Jean Goujon. Jean Clouet est l'un des plus grands peintres; l'école de Fontainebleau (Rosso, Fio­rentino, le Primatice) introduit le maniérisme italien en France.


Baroque et Rococo



A la fin du XVIe siècle, et tout au long du XVIIe siècle, l'art en France prend un nouveau tournant. Après une pé­riode de transition, où le classicisme puisait son inspiration dans les modè­les antiques, le baroque français s'af­firme. L'apogée de ce style coïncide avec le long règne de Louis XIV (62 ans, de 1643 à 1715) Ce style exubérant et ostentatoire applique à la sculpture et à la peinture un dyna­misme théâtral servi par de savants effets de lumière. La France devient le centre culturel de l'Europe. En pein­ture, architecture, sculpture, littéra­ture, orfèvrerie, art des jardins, mode... de grands artistes deviennent des modèles universels. Nicolas Poussin (1594-1665), Claude Gellée dit le Lorrain (1600-1682), Georges de la Tour (1593-1652), Louis le Nain (1593-1648) imposeront en peinture un style idéalisé et grandiose Les principes de l'architecture baroque sont mis en place par François Man­sart (1598-1666), Claude Perrault (11613-1688), Louis Le Vau 1612-1670) et Charles Le Brun 1619-1690) achevant la construc­tion du Louvre à Paris selon des proportions harmonieuses et trans­formant le manoir de Versailles en un gigantesque palais Jules Har­douin-Mansart (1646-1708) conçoit la façade, et un immense parc est dessiné et planté par Le Nôtre (1613-1700) devant le château Parmi les grands sculpteurs, citons François Girardon, Antoine Coysevox et Pierre Puget. Fondée en 1648, l'Académie Royale de Peinture, dirigée par Poussin et Le Brun, supprime, au début du XVIIIe siècle, tout dirigisme en matière de style. Sous la Régence et Louis XV, le classicisme de la période précé­dente laisse la place au raffinement et à l'élégance. La peinture Rococo est intimiste, de petite dimension et sou vent érotique. Watteau (1684­1721), Fragonard (1772-1806), Boucher (1703-1770) et Chordin (1699-1779) sont les peintres les plus représentatifs de l'art rococo. Après les fastes du style Louis XIV, l'architecture devient « aérienne» sous Louis XV; le lourd stuc des plafonds fait place à des décors raffi­nés, les cartouches guerriers sont remplacés par les armes de l'amour, les flèches de Cupidon transperçant les c?urs. Le Rococo, par sa miniatu­risation, est un style qui se prête peu à l'architecture extérieure. La place Stanislas à Nancy fait une heureuse exception à cette règle. Le style Louis XV qui intègre à partir de 1750 des éléments exotiques, les « turque­ries» et les « chinoiseries», n'est que grâce et élégance qui se retrouvent dans les miroirs et la porcelaine, les tapisseries et les meubles raffinés, Le salon de l'hôtel de Soubise à Paris est l'exemple du style décoratif rococo.


Néo-classicisme et Romantisme



Les mouvements révolutionnaires de l'après 1789 sont peu portés aux frivo­lités du Rococo ou du Baroque. Le Néo-classicisme qui émerge dans l'art est inspiré directement des découver­tes archéologiques de Pompéï; les vertus républicaines qui ont fait la Grèce et Rome sont ainsi opportuné­ment flattées. Les peintres David (1748-1825) et Greuze (1725-1805) représentent Iyriquement des scènes de l'Antiquité grecque ou romaine ou des exemples de vie morale. Après l'époque troublée de la Révolution, le style de gouvernement de Napoléon imprime sa marque aux beaux-arts toujours inspirés de la grandeur et de la rigueur de l'Antiquité. C'est l'épo­que des péristyles à la manière des temples grecs (la Madeleine, le Pan­théon) et des arcs de triomphe (arc de triomphe de l'Ëtoile et arc de triomphe du Carrousel). La ligne droite reprend ses droits dans le mobilier. Les sphinx et les aigles en bronze en sont les principaux éléments décoratifs. Les peintres les plus remarquables du style Empire sont David et son élève Ingres (1780-1867). La fin de l'Empire et la Restauration vont accentuer le sentimentalisme, la poésie, la nostalgie d'un âge d'or antique. La littérature, dominée par les grandes épopées de Victor Hugo ou de Chateaubriand, va influencer l'art dit romantique. C'est surtout en pein­ture qu'il va s'exprimer: compositions dramatiques de Géricault, tableaux riches en couleurs de Delacroix ou ?uvres plus sereines de Corot.


Réalisme et Impressionnisme



Les soubresauts de la vie politique tout au long du XIXe siècle vont in­fluencer les mouvements d'art vers le Réalisme. L'architecture si brillante jusqu'alors perd sa vitalité. L'art re­flète l'arrogance et la futilité des nou­veaux riches et de la bourgeoisie d'affaires. L'Opéra de Paris et le ca­sino de Monte-Carlo conçus par Charles Garnier sont des exemples typiques de ce style pompier. De la tour Eiffel (1889) émane cependant quelque chose d'avant-gardiste. Avec ses 300 mètres, elle préfigure l'ère des édifices qui rivaliseront bientôt de hauteur. A Fontainebleau, Corot, Daubigny, Rousseau, Millet fondent une école de peinture paysagiste d'un poignant réalisme. Gustave Courbet (1819-1877) est le principal peintre de cette époque. Il impose l'idée que l'art doit représenter la vie telle qu'elle est. Edouard Manet (1832-1888), son successeur, est considéré comme le premier peintre moderne, il puise son inspiration dans des scènes contemporaines. Claude Monet, Au­guste Renoir et Edgar Degas lancent le mouvement dit impressionniste en peignant des scènes de loisirs popu­laires, ou en proposant des instanta­nés saisis sur le vif. Monet était spé­cialement obsédé par les couleurs de la nature, la lumière et les sensations optiques. Le plus grand sculpteur de l'époque est Auguste Rodin (1860-1917) qui traduit lui aussi les sentiments réalistes de son époque. Ses thèmes interprètent le corps hu­main avec un aspect psychologique.


Post-Impressionnisme



Paul Cézanne (1839-1906) prolonge le mouvement impressionniste en y ajoutant le subjectivisme du peintre. Georges Seurat, Paul Gauguin relè­vent leur peinture de couleurs non naturelles pour mieux traduire leur sentiment. Les tableaux de Van Gogh traduisent sa vie tourmentée. Les mouvements symbolistes prônent de plus en plus l'abandon de thèmes extérieurs pour seulement exprimer des symboles ou des sentiments. Ils annoncent déjà le XXe siècle et ses abstractions.


Le XXe siècle



André Derain, Henri Matisse, Maurice de Vlaminck introduisent avec le Fau­visme de violentes distorsions dans la peinture, par les formes et les couleurs qu'ils peignent. Le Cubisme lancé par Georges Braque et Picasso, puis re­pris par Fernand Léger et Juan Gris cherche à analyser l'essence de la forme par l'étude de l'objet dans l'es­pace. Chagall compose un univers extraordinaire proche des rêves. Le Cubisme a également influencé l'art statuaire, Picasso et Matisse ont pro­duit eux-mêmes de nombreuses sculptures.En architecture, la découverte de nouveaux matériaux, l'acier, le béton, le verre, va produire un style dit Inter­national Parmi les grandes ?uvres du XXe siècle, citons les constructions de fer et de verre de Tony Garnier ou les réalisations d'Auguste Perret, chargé de la reconstruction du Havre après la Seconde Guerre, ou encore le centre Georges Pompidou à Paris. Les villes nouvelles construites autour de Paris donnent un fidèle reflet de l'architec­ture contemporaine. Les immeubles conçus dans un style classique, un peu pompeux par Ricardo Bofill à Marne-la-Vallée et à Saint Quen­tin-en-Yvelines ont soulevé de vives réactions quant à leur conception architecturale.