8 - Art Et Culture
     Les Arts



Un art traditionnel bien vivant



La musique figure au premier rang des modes traditionnels d'expression pour tous les natifs des Caraïbes. Impossible d'imaginer une île antillaise sans son groupe de musique. Aux Bahamas, la musique populaire s'appelle le goombay, ce qui en bantou signifie « rythme ». En effet, les esclaves africains ont apporté avec eux leur sens de l'improvisation. Les rake and scrape bands (« groupes aux râteaux et grattoirs ») jouaient alors avec des instruments de bric et de broc : un tambour fait dans une barrique avec une peau de chèvre tendue, une scie de charpentier sur laquelle ils frottaient un bout de métal, des maracas, un violon bricolé façon cubiste et des bâtons, puis, plus tard, des bouteilles en plastique remplies de sable ou de gravier. Bientôt, ces orchestres noirs donnèrent le tempo aux quadrilles et à la polka des bals de la bonne société. Un étrange amalgame naquit. Aujourd'hui, les joueurs utilisent également des saxophones et des guitares électriques à la place des anciens banjos. Cette musique, mélodieuse et dansante, ne doit pas se confondre avec le calypso


Jump-in-dance



La jump-in-dance constitue un autre héritage d'Afrique occidentale. Son principe évoque un peu notre danse du tapis : les danseurs forment un cercle autour d'une personne évoluant seule au milieu. Tout le monde tape des mains et chante. Au bout d'un moment, la personne centrale choisit quelqu'un dans le cercle (généralement du sexe opposé) pour prendre sa place. Les concours de jump-in-dance sont toujours l'occasion de grandes fêtes.


La danse du feu



Dans son livre The Land of the Pink Pearl (Media Publishing, Nassau, 1996) qui retrace la vie aux Bahamas à la fin du XIXe siècle, L.D. Powles décrit une coutume locale qui n'est pas sans évoquer les premiers pas du blues, la danse du feu : « Les gens formèrent un cercle, et un feu fut allumé au milieu. La musique consistait en deux tambours qui n'auraient pas marché s'ils n'avaient été fréquemment réchauffés par le feu. Le groupe tapait des mains tout en dansant et chantant une sorte de rengaine monotone ennuyeuse, « Oh kindoiah ! Kindoiah ! ». Vers le milieu de la danse, le refrain changea soudain et devint un lancinant et monotone « Viens ici-bas, viens ici bas ! ». De temps en temps, un homme ou une femme, ou encore un couple se propulsait vers le centre du cercle et dansait de façon échevelée. Il ne semblait pas qu'il y eut de pas ou de figure précise dans les performances, le but des danseurs, si on pouvait le deviner, était simplement d'évoluer près du feu sans se brûler. C'était en résumé une danse africaine sauvage exécutée en vêtements européens. »


Le junkanoo, rendez-vous incontournable



Chaque année, du 26 décembre au 1er janvier, a lieu aux Bahamas un festival spectaculaire. C'est le temps du junkanoo et de ses parades ahurissantes. Pendant ces quelques jours de liesse, les rues de Nassau et des autres villes de l'archipel se couvrent d'une foule compacte, bruyante et aux couleurs éclatantes. Chacun joue, qui des percussions, qui du tambour, qui des cloches, ou, plus simplement, siffle. Il s'agit d'une sorte de Mardi Gras bahamien avec musique et défilés. La tradition du junkanoo remonte à l'époque de l'esclavage. Les esclaves avaient alors trois jours de congé à cette période de l'année. Ils en profitaient pour faire la fête, portaient des masques terrifiants et se promenaient librement. Les règles établies, comme dans tout carnaval, étaient pour un temps bousculées. Le terme junkanoo reste d'origine inconnue. Certains étymologistes lancent l'hypothèse d'une dérive à partir de John Canoe qui aurait été un esclave réclamant le droit de festoyer, d'autres pensent que junkanoo est une déformation de « gens inconnus » (en français). Les masques camouflant effectivement les visages et donc l'identité des participants. Après l'abolition de l'esclavage, le rite du junkanoo fut oublié et faillit disparaître. Grâce à quelques énergies voulant à tout prix retrouver les racines ancestrales de la nation bahamienne, il a finalement ressuscité. Aujourd'hui, des groupes pouvant rassembler jusqu'à 1 000 personnes paradent les uns après les autres dans la rue. La concurrence entre les groupes est rude, aussi le secret autour du thème choisi demeure-t-il précieusement gardé jusqu'au jour J. Les participants confectionnent des costumes en papier crépon coloré dans un hangar, le shack, tandis que musiciens et danseurs répètent inlassablement. La garde-robe festive se compose d'une coiffe monumentale, d'un haut et d'une jupe. En dehors de la période des manifestations, un hommage à cette cette tradition est rendu dans un musée de Nassau.