10 -Régions Et Itinéraires
Eleuthera et Harbour Island
Eleuthera et Harbour Island Une île-virgule, un filament qui s'étire sur 170 km de long et à peine 6 km de large en moyenne, avec deux petits points au nord, Spanish Wells et Harbour Island, voilà Eleuthera. A Glass Window Bridge (« pont de verre »), l'île s'étrangle à la limite de la rupture. A terre, des forêts à perte de vue, quelques plantations d'ananas ou d'agrumes et d'immenses grèves roses ourlées de pins forment le paysage. La route file tout droit d'un bout à l'autre de l'île et n'offre une alternative qu'à son extrémité sud : la nageoire de gauche, vers East End Point, ou celle de droite, vers Powell Point. Tout au long de Queen's Highway, de rares maisons forment des hameaux entre l'aéroport de campagne et des églises immaculées. 11 000 personnes vivent sur Eleuthera où l'atmosphère est infiniment nonchalante. Les trois aéroports d'Eleuthera ' vers Rock Sound, Governor's Harbour et Upper Bogue ' sont desservis par Bahamasair à partir de Nassau et Freeport. Aux aéroports, des taxis ou des bateaux-taxis prennent le relais. Des loueurs de voitures proposent également leurs services. De Nassau, la navette-courrier qui part de Potter's Cay se rend directement à Harbour Island.
La plus ancienne colonie
Eleuthera (« liberté » en grec), qui s'est appelée Cigatoo, tient son nom des Eleutheran Adventurers, un groupe de dissidents protestants qui y débarqua vers 1647. La colonie s'étoffa d'autres émigrés et survécut grâce aux dons de frères et s'urs de religion de Virginie et du Massachusetts. En échange de nourriture, les émigrés renvoyaient du bois précieux. Puis, arrivèrent des Bermudes des esclaves un peu trop agités ainsi que des Noirs affranchis. Aux XVIIIe et XIXe siècles, ce fut au tour des loyalistes de s'installer à Eleuthera, notamment sur Harbour Island. Dunmore Town, sa capitale, prospéra. Les chantiers navals animaient alors la darse. Petits et grands navires sortaient des ateliers de Dunmore Town. Le plus grand bateau bahamien, le quatre-mâts Mary J. Thompson, y fut fabriqué en 1922. A Eleuthera, malgré un sol rocailleux peu fertile, les colons parvinrent à faire pousser des fruits et des légumes. Les plantations se concentraient au centre de l'île, dans la région la plus élevée. L'ananas d'Eleuthera a joui d'une belle réputation à une époque.
A voir
Sur Harbour Island : la Princess Street Gallery de Dunmore City présente des artistes bahamiens intéressants et vend des peintures et sculptures locales (notamment de Walter Bethel) mais aussi des tableaux haïtiens. Sur Eleuthera : la MacMillan-Hughes Art Gallery de Tarpum Bay et le Mal Flander' Art Studio de Governor's Harbour présentent les 'uvres de leur propiétaire respectif. Walter's Native Art and Gifts propose pour sa part des peintures sur bois flotté de l'artiste local Walter Bethel.
Spanish Wells
L'île de Spanish Wells (« puits espagnol ») fut baptisée ainsi car les caravelles et galions espagnols venaient s'y ravitailler en eau potable. Sur cette étroite bande de terre (3 km de long sur 400 m de large) vivent aujourd'hui quelque 700 habitants, descendants des premiers colons. Ici, comme aux Saintes en Guadeloupe, il n'y a pas eu de brassage de population et les mêmes familles se sont entremêlées de génération en génération. Le bourg, avec ses maisons posées les unes à côté des autres, n'a rien à envier aux grandes villes. Chacun est propsère ' grâce à la très lucrative pêche à la langouste ' et tranquille ' il n'y a ni vol ni de violence sur cette île où chacun rend grâce à Dieu de ses bontés. Les jolies maisonnettes d'Old Town valent le coup d''il, ainsi que le Spanish Wells Museum qui présente l'histoire de l'île à ses débuts.
Harbour Island
Surnommée « Briland » par ses 1 500 habitants, cette île est un vrai petit bijou, une entité à part, une survivance du passé. Dunmore Town, baptisée en l'honneur du gouverneur Dunmore qui y possédait sa résidence d'été, fait office de capitale. Au XIXe siècle, la coquette cité comptait environ 2 000 maisons, ce qui en faisait la deuxième ville des Bahamas, après Nassau. Aujourd'hui, les cottages de bois pastel bordés de clôtures soigneusement peintes semblent prêts pour un tournage de film. Les rues s'entrecroisent, montent et descendent paisiblement. Dans les jardins, bougainvilliers, poincianas et hibiscus rivalisent de couleurs. De la musique reggae s'échappe des fenêtres. Les églises, réparties dans toute la ville, se remplissent chaque dimanche de fidèles tirés à quatre épingles. St. John's Anglican Church, édifiée en 1768, est l'une des plus anciennes églises de l'archipel. A Dunmore Town, il fait bon flâner à pied le long des quais au soleil couchant lorsque la baie se nimbe d'or. Un des lieux célèbres de l'île s'appelle Vic-Hum Club and Museum. Il s'agit d'une grande case jaune banane. A l'intérieur, des pochettes de 33-tours de Janis Joplin, James Brown ou Marvin Gaye couvrent les murs. Il y a aussi des posters d'athlètes, comme Michael Jordan ou Magic Johnson. Derrière le bar se tient le maître des lieux, un certain Humphrey Percentie Jr. que tout le monde appelle' Hitler. Ce surnom serait dû à son mauvais caractère. Hitler sert une Kalik tout en exhibant une énorme noix de coco, le plus gros spécimen jamais recensé d'après lui, dont il est très fier. Certains Brilanders sirotent du rhum à toutes les sauces tandis que d'autres jouent au ping-pong dans la pièce voisine. Dehors, dans le patio, un échiquier géant s'inscrit sur le sol. De part et d'autre, des paniers de basket attendent les sportifs. Plus tard, une foule d'habitués se retrouve pour écouter de la musique et danser. La location d'une voiturette de golf ou d'un vélo s'avère idéale pour circuler dans cette île aux dimensions réduite (4,8 km de long sur 800 m de large). La plage aux reflets roses s'étend sur tout un flanc de la côte, ourlée à l'arrière par de hautes dunes. Les vagues de l'océan arrivent en rafales et transforment les bains de mer en tourbillons toniques. De loin en loin, des lignées de parasols uniformes et gais indiquent une plage privée. Sur le sommet des buttes de sable, quelques bars-restaurants proposent une carte alléchante. Tout au bout, vers le nord, un arbre isolé, sans vie, dessine comme une sculpture perdue dans un décor de début du monde. Au sud, après l'hôtel Romora Bay Club, se cache la marina d'Harbour Island. Le long de ses pontons, des yachts magnifiques sont au coude à coude. Sur le pont de beaucoup d'entre eux, une sorte de fauteuil de dentiste et tout son harnachement intrigue le touriste. Il s'agit du siège pour la pêche au gros, un défi sportif où il faut s'accrocher !
North Eleuthera
Au nord, l'île d'Eleuthera forme un triangle. C'est là, à l'emplacement de l'un des trois aérodromes d'Eleuthera, que commença la colonisation des Bahamas, à l'abri de Preacher's Cave (« grotte du prédicateur »), après le naufrage des Eleutheran Adventurers. En 1992, une expédition archéologique découvrit des restes humains et des vestiges de cette première occupation. Quelques communautés vivent dans les environs. The Current est un village de pêcheurs, The Bluff, The Upper Bogue et Lower Bogue cultivent des citronniers. Après l'aéroport, Glass Window Bridge (« pont de verre ») figure parmi les lieux mythiques de l'île : d'un côté, l'océan sauvage, houleux et sombre ; de l'autre, la mer tranquille, presque immobile, turquoise. Le contraste laisse rêveur' A Gregory Town, les surfeurs sont à la fête. Le spot, très réputé, permet également aux badauds d'admirer ces beaux blonds décolorés et musclés glisser sur les rouleaux. Cachées à l'intérieur des terres, les plantations d'ananas s'étendent à ras du sol. Il faut dix-huit mois pour produire ce fruit qui pousse près du sol. Un festival de l'ananas célèbre tous les ans, au mois de juin, la star éleuthéréenne des desserts. A côté d'Hatchet Bay, une ancienne ferme bovine, The Cave, sert de refuge à des milliers de chauves-souris. Dans la cavité longue de 1,5 km, stalagmites et stalactites se laissent contempler. Un peu plus loin, les falaises plongent vers l'océan.
Governor's Harbour
Après James Cistern, la route conduit à Governor's Harbour, capitale insulaire perchée au faîte d'une colline. Ses maisons anciennes descendent en pente douce vers la baie. Une péninsule, Cupids Cay, s'évade dans les flots et protège le port. Fondée par les Eleutheran Adventurers, la cité s'épanouit après la venue des loyalistes. Sur les quais du port, des cargaisons de fruits exotiques étaient chargées en direction des jeunes Etats-Unis tandis que les dockers prenaient livraison des tonnes de marchandises made in USA. La Haynes Library, construite dans les années 1880, servit de bibliothèque. A peine restaurée, elle demeure un bel exemple d'architecture coloniale.
South Eleuthera
Face à Savannah Round et reliée par un pont, l'île de Windermere fut longtemps un havre de paix pour la jet set mondiale. Si le Windermere Club est aujourd'hui fermé, de luxueuses demeures parsèment toujours l'île. Le joli village de Tarpum Bay offre une église blanche à l'orée des flots. Rock Sound propose l'unique golf d'Eleuthera, le Cotton Bay Golf Course. Ocean Hole forme une sorte de mer intérieure saturée de poissons tropicaux presque apprivoisés : touristes et enfants de l'île viennent les nourrir. Plus loin vers le sud, la route traverse d'autres localités toutes plus nonchalantes les unes que les autres.
La plongée à Eleuthera
Eleuthera offre plusieurs sites sous-marins exceptionnels. Au large de Spanish Wells, Devil's Backbone (« colonne vertébrale du diable ») abrite des épaves plus ou moins récentes, dont un empilement de trois navires assez surprenant. Du côté de Harbour Island, le Plateau s'étale entre 13 et 30 mètres de profondeur. Langues de sable et coraux y alternent. A proximité, l'Arche forme une sorte de grotte quasi secrète où des bancs de poissons semblent paître à l'abri des regards. Current Cut constitue, pour les amateurs de sensations, la plongée la plus amusante. Une étroite ouverture entre deux îles génère un courant de 3 à 8 n'uds qui entraîne les plongeurs. The Pinnacles (« les sommets ») gisent à 30 m de fond sur une crête corallienne. Des éponges s'y épanouissent. Encore plus surprenante, la descente vers Eleuthera Train Wreck. A une dizaine de mètres, des roues de train sont ensevelies sous les flots. Cette épave, vestige de la guerre civile américaine, provient d'un train versé d'une barge un jour de tempête. L'épave du Carnavon, un cargo qui a sombré en 1919 à 10 mètres de profondeur, gît également là.




