10 -Régions Et Itinéraires
Bimini
Bimini Toute petite, concentrée sur ses deux bras de terre, Bimini résume à elle seule l'art de vivre des Family Islands, ce mélange de désinvolture et d'opportunisme qui sait en toutes circonstances embellir l'existence. Les Américains, suivant les traces d'Hemingway, grand pêcheur de haute mer, abondent dans les parages et transmettent leur sens des contacts simples et rapides. Une nuit à Bimini suffit pour se sentir l'âme d'un insulaire. Apparue il y a 27 000 ans, Bimini tient son nom des Indiens Lucayens. Certains pensent qu'il s'agit de la légendaire Atlantis décrite par Platon et qui aurait été détruite par un tremblement de terre et des inondations. En 1968, de gros blocs de pierre alignés sur un peu moins d'un kilomètre évoquant une ancienne route furent effectivement découverts au large de North Bimini. Toutes les hypothèses demeurent permises' Les Indiens colonisèrent l'île au début du deuxième millénaire puis les Espagnols utilisèrent le lieu comme simple escale lors du transport des Indiens vers Hispaniola. Le capitaine Ponce de León, à la recherche de sa fontaine de jouvence, explora l'île en profondeur. Il avait entendu dire par les Tainos de Puerto Rico qu'une source miraculeuse y jaillissait. En 1586, le corsaire élisabéthain sir Francis Drake jeta l'ancre à proximité de Bimini. En 1835, lorsque les premiers colons arrivèrent, ils durent d'abord débarrasser l'entrée de la rade du fatras laissé par les pirates. Quatre canons remontés à la surface furent rachetés par Helen Dunmore qui les exposa au Compleat Angler. Aujourd'hui, deux se trouvent devant le Blue Water Resort et deux devant le Blue Marlin Cottage, ancien réfuge d'Hemingway.
Le port et la pêche
Le port constitue la première vision du voyageur qui arrive à Bimini par avion. L'aéroport se situant sur South Bimini, il faut effectivement emprunter un bateau-taxi pour se rendre sur l'île principale, North Bimini. Le long des pontons, du côté du Bimini Big Game Fishing Club, les yachts se serrent les uns contre les autres. La saison de pêche s'étend de mars à septembre. En mars, a lieu un premier tournoi, The Annual Bacardi Billfish Tournament. Puis The Annual Bimini Break Rendezvous se tient en avril. Il est suivi en mai par The Annual Bimini Festival of Champions. Trois temps forts ponctuent le mois d'août : The Annual Native Fishing Tournament, The Big Game Family Tournament et The Boating Flings. En septembre, le Bimini Open Angling Tournament précède The Annual Wahoo Tournament d'un mois. Lors de ces concours, les prises sont pésées puis accrochées à un clou à la vue de tous. Il y a de gros lots à gagner : jusqu'à des centaines de milliers de dollars ! A chaque époque de l'année, une cible différente attire la convoitise des pêcheurs. En mai-juin, c'est le temps des thons géants (jusqu'à 900 kilos). En juin et juillet, le marlin bleu est à l'honneur. Jusqu'à l'automne, c'est au tour du tarpon de figurer en ligne de mire. Dès avant l'aube, une procession de bateaux défile dans le chenal. Pour attraper du gros, il faut se lever tôt et avoir des muscles d'haltérophiles. Rien à voir avec la pêche à la truite ! Quand le poisson est repéré, une course s'organise, puis le bras de fer, une fois la bête ferrée, sollicite tout l'équipage. En cas de déveine, il faut alors apprendre la patience' En dehors de la pêche au gros, Bimini est également réputés pour le bonefishing. La technique consiste à sillonner la mangrove à bord d'une barque à la recherche de poissons transparents et rapides qui se laissent prendre au bout d'une canne après de nombreuses tentatives. En avril a lieu le Bimini Bonefish Off.
Alice Town
Au sud de North Bimini, langue de terre longue de 11 km sur 650 m de large, s'étend Alice Town, une petite ville qui longe la plage, traversée de part et d'autre par son artère principale, King's Highway, et son double, Queen's Highway. Ici, nul besoin d'avoir le sens de l'orientation pour se repérer. L'agglomération n'est qu'un ruban coincé entre deux mers et joliment décoré de bars aux enseignes colorées, d'églises coquettes, de vieilles demeures officielles et de boutiques. Tout au bout se trouve la piste d'amerrissage des hydravions qui amènent les visiteurs. Plus loin, quelques restaurants donnent directement côté mer. Il y a également un Straw Market, petit marché artisanal, coloré et chaleureux. Les amateurs de musées apprécieront la petite collection du Musée de Bimini qui témoigne du temps passé. Sur Queen's Highway s'égrènent les maisons et les églises face à l'océan. L'église méthodiste, élevée en 1858, est surmontée d'un adorable clocher. A Alice Town, il convient de prendre son temps. Il n'y a pas grand-chose à visiter, juste des endroits où il fait bon vivre. Le End of the World Bar (« bar de la fin du monde »), qui sert la meilleure salade de conques, mérite bien son nom pour sa douceur de vivre étalée face à la mer. Le congressman américain Adam Clayton Powell fréquenta assidument cette institution anticonventionnelle. Au Red Lion Pub, le service est assuré par un ancien ingénieur aéronautique de la British Airways qui eut un jour le mal du pays.
North Bimini et South Bimini
La route continue vers le nord et mène à Bailey Town et son église catholique en forme de pyramide, puis à Porgy Bay, un village de pêcheurs qui s'anime chaque après-midi autour d'un marché de poissons fraîchement débarqués. Plus loin, après le complexe touristico-immobilier de Bimini Bay, la route s'arrête et laisse l'île aux crabes et autres moustiques. A East Wells, sur la côte orientale, une source sulfureuse, Healing Hole, se perd au milieu de la mangrove. Certains lui attribuent des pouvoirs guérisseurs. Pour y accéder, il faut emprunter un kayak ou une barque et se frayer un chemin entre quelques hérons et aigrettes ou même de très jeunes requins. De l'autre côté d'un étroit chenal, South Bimini demeura longtemps une terre agricole. Aujourd'hui, un hôtel et quelques résidences flambant neuves accueillent les touristes. La liaison avec North Bimini se fait par taxi-bateau. C'est sur sa côte sud que se trouve le Shark Lab, un centre d'études sur les requins, dirigé par un scientifique américain. Dans ce chalet tropical, quelques étudiants venus des quatre coins du monde suivent de près les requins-citrons indigènes et pratiquent un mode de vie entre camp scout et communauté hippie. Le centre propose des visites guidées frissonnantes. La côte nord offre une curiosité : la fontaine de jouvence aux vertus régénératrices soi-disant découverte par l'explorateur espagnol Ponce de León en 1513. Enfin, au sud de Bimini, les nombreuses cayes constituent des escales merveilleuses pour yachts et voiliers. Cat Cay est l'îlot le plus grand. Il abrite un parc résidentiel privé.
Sur les traces d'Hemingway
L'auteur du Vieil Homme et la mer savait assurément apprécier les lieux exceptionnels. Bourlingueur autant qu'écrivain, il avait un don inné pour dénicher les paradis terrestres. En 1935, lorsqu'il découvrit Bimini à bord de son bateau Pilar, il fut ébloui. Obligé de s'aliter après une blessure aux jambes pendant une chasse au requin, il passa plusieurs mois entre sa chambre et le bar, tantôt devant sa machine à écrire, tantôt devant un verre de rhum. Il peaufina le manuscrit d'En avoir ou pas, s'inspira des lieux pour écrire Iles à la dérive, puis, quand il alla mieux, prit le temps de capturer dans les eaux de Gun Cay un thon de 230 kilos, un requin mako de 355 kilos et un énorme marlin bleu. Il initia également une nouvelle méthode de pêche, la pêche au palan, qui fit école. Réputé pour son talent de pugiliste, Hemingway avait également pris l'habitude d'offrir 250 USD à tout challenger qui restait plus de trois minutes face à lui sur le ring. Sur King's Highway, The Compleat Angler servit de résidence à Hemingway. Son souvenir y est de nos jours cultivé, sans pour autant tomber dans la nostalgie. Le soir, jeunes et moins jeunes se retrouvent dans ses salles sombres le temps de quelques Kalik et d'une salsa. Sur les murs, des clichés en noir et blanc illustrent des épisodes de la vie d'Hemingway. Assis sur des tabourets, les étudiants du centre de recherche sur les requins voisin trinquent alors que des pêcheurs américains s'amusent à viser un clou fiché dans le mur avec un anneau de rideau. A leurs côtés, un groupe de septuagénaires joue des standards du jazz et quelques variations caribéennes. Des couples dansent sur une piste improvisée. Le fantôme d'Hemingway plane.
La plongée à Bimini
La vie sous-marine autour de Bimini, par sa grande densité, permet aux plongeurs de croiser des tas d'espèces différentes, des bancs de chevesnes, de poissons barbus, de snappers, des processions de raies tachetées, etc. Au sud, le long du récif Victoria et de Tuna Alley, le spectacle vertigineux du détroit de Floride et de ses colonies de coraux multicolores et d'éponges s'offre à la vue. Dans les tombants, The Bimini Wall s'enfonce à des centaines de mètres de profondeur et des grottes de 10 à 25 m de profondeur protègent des tribus de poissons coralliens. Parmi les sites de plongée les plus intéressants, la Barge de Bimini se trouve échouée sur un fond sablonneux à une vingtaine de mètres de profondeur ; Bimini Road, tout près du port, offre 7 m de profondeur ; les Little Caverns forment une constellation de coraux creusés de tunnels posée sur les fonds ; Rainbow Reef (« récif arc-en-ciel ») et ses 7,5 à 10,5 m de fond accueillent des tortues majestueuses, des poissons tropicaux et des requins-nourrices ; enfin, les Bimini Steps évoquent à certains les restes de la civilisation mythique d'Atlantis, engloutie il y a 9 500 ans.




